Retour aux sources

Vietnam, une guerre civile: Élodie de Sélys reçoit Tuyêt Nga Nguyên et Hữu Đào Lê.

Cette semaine, dans " Retour aux sources ", Élodie de Sélys reçoit deux personnalités nées au Vietnam et qui, chacune, de façon différente, ont vécu les horreurs de la guerre civile : Tuyêt Nga Nguyên et Hữu Đào Lê. Tous deux vivent depuis longtemps en Belgique, mais les souvenirs demeurent vivaces…

Les blessures causées par le conflit vietnamien, opposant le nord et le sud du pays, ne sont pas totalement cicatrisées et se ressentent à travers diverses activités de nos deux témoins.

Tuyêt Nga Nguyên et Hữu Đào Lê entourent Élodie de Sélys dans le studio de "Retour aux sources".
Tuyêt Nga Nguyên et Hữu Đào Lê entourent Élodie de Sélys dans le studio de "Retour aux sources". Tous droits réservés

Tuyêt Nga Nguyên est arrivée en Belgique au milieu des années 1960 et a fait ses études à l’ULB. Elle est diplômée en sciences politiques, sciences européennes et droit international. Mais, au-delà, c’est à travers ses écrits qu’elle évoque son pays martyrisé. Elle est l’auteure d’une trilogie à ce propos…

"Le journaliste français"

Le journaliste français, Luc Pire, 2007.

Une grenade qui explose. Un bonze en torche vivante. 1963, Saigon suffoque. Tuyêt aussi, dont les " pourquoi " ne trouvent aucun " parce que ". Mais ça ne fait rien : elle n’a que dix ans. Plus tard, elle comprendra tout. C’est écrit dans le ciel depuis que le ciel existe. Il faut juste attendre. Très vite cependant, elle n’est plus une, mais deux. L’une rêve encore de poussins, l’autre sait qu’il n’y en a plus. La passerelle ? Un monde où réel et imaginaire s’entrelacent, où l’on croise des personnages étranges. Un pays en marche vers son destin, où flotte la douceur d’un sourire, celui du journaliste français, son héros (au fait, ce dernier existe-t-il vraiment ?). Un roman où les questions surgissent, bruyamment ou en silence, à l’image des bombes qui éclatent ou des souffrances qu’on tait. Une histoire douce-amère narrée sur un ton tendre et drôle par une enfant éprise de fous rires, de glace parfumée à la solitude et de métaphores. Un ouvrage couronné par le Prix Soroptimist en 2008 et le Prix des Lycéens en 2009.

"Soleil fané"

Soleil fané, Luc Pire, 2009.

" Sans pays, sans famille, des projets réduits à néant, un avenir laminé par les tanks et mouliné par les rotors, que me reste-t-il ? Le vide que je ressens est absolu, terrifiant. Je n’ai que vingt-deux ans ", ainsi parle Tuyêt ce 30 avril 1975, date de la victoire communiste clôturant vingt ans de lutte fratricide au Viêt-Nam. Une semaine plus tard, le pays sombre dans la dictature. Entre révolutions sanglantes et histoires d’amour sublimes, Soleil fané dit la douleur des illusions perdues et le chagrin de la guerre, posant la question de l’utopie égalitaire. Tendre et poignant, il s’inscrit dans la continuité du Journaliste français.

"Les guetteurs du vent"

Les guetteurs du vent, La Renaissance du Livre, 2013.

Ce soir, mon père est mort et je ne pleure pas. Je me répète cela comme une mélopée, une incantation, le refrain d’une chanson triste dont je suis l’auteur, le compositeur et l’interprète, et que je suis la seule à écouter. Séparés par la guerre du Viet- Nam, un père et sa fille se retrouvent trente ans plus tard. Happy end. Mais qu’est ce qui les lie encore, après tant d’années ? Les liens du sang suffiront – ils à rapprocher ces deux êtres aux histoires si éloignées ? Avec la Grande Histoire et les petites en toile de fond, la guerre qui tue et la paix qui assassine, Les Guetteurs de vent conte la quête d’un père et la douleur de retrouvailles impossibles. A moins que. Car la vie, si elle nous flanque par terre, nous ramasse aussi à la petite cuiller. Pas tout le temps. Parfois.

Arrivé en Belgique en 1970, Hữu Đào Lê a étudié est licencié en administration des affaires de l’ULiège. Il est président de la Communauté vietnamienne de la Cité Ardente et, outre le fait qu’il chante parfaitement, qu’il est grand amateur de bonsaïs, Hữu Đào est aussi poète… hélas il n’écrit qu’en vietnamien !

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Cependant, sa sœur, Hånh-Quÿnh, est aussi poétesse… en français cette fois. Elle est l’auteur de Viêt-Nam, par le sang et par les larmes, édité par l’asbl Communauté Belgo-Vietnamienne de liège et Prix de Poésie de la Renaissance Française, décerné par Maurice Schumann en 1992. En voici un poème :

A mon fils

 

Quand tu reviendras là où tu n’es pas né,

Quand tu reviendras faire ce pèlerinage à ma place,

Ne pleure pas, ne crie pas ta haine.

Ne laisse pas sur ces chemins que tu n’as jamais vus

Ces larmes que j’ai versées toute ma vie.

 

Quand tu verras ce Pays que tu ne connais pas,

Quand tu verras ces gens qui sont ton sang,

Ne demande pas comment j’ai grandi,

Ne demande pas qui m’a montré

La souffrance que je t’ai donnée

En te donnant la vie.

 

Quand tu vivras là où j’ai vécu

Et mon adolescence avortée, et mon enfance perdue,

Quand tu auras compris

Que je n’ai pas choisi,

Ni mes illusions, ni mes rêves,

Ne te retourne pas.

Surtout, ne te retourne pas :

Regarde devant toi, comme je n’ai jamais pu le faire.

 

Je te lègue l’héritage des enfants de la guerre.

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À voir dans " Retour aux sources ", samedi 23 avril à 21h05, le documentaire Vietnam, une guerre civile ", suivi de l’entretien mené par Élodie de Sélys avec Tuyêt Nga Nguyên et Hữu Đào Lê.

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Par Ouï-dire

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