Le Jardin extraordinaire

Verdun ou quand la nature reprend ses droits

Verdun nature en bataille
23 févr. 2014 à 19:45Temps de lecture4 min
Par muriel

La bataille de Verdun, épisode célèbre de la Première Guerre Mondiale, a marqué la physionomie de la contrée, et bouleversé son écosystème. Les terres agricoles, déstructurées et polluées par les vestiges de la guerre,ont été désertées après la guerre. Elles ont laissé la place à une forêt de feuillus, plantée suite au rachat par l’Etat de ces terres devenues incultes et dangereuses.

Les trous d’obus accueillent une concentration unique de quelques amphibiens rares, comme le sonneur à ventre jaune. Les chiroptères occupent en nombre les fortifications. Des plantes, inconnues dans la région jusqu’au conflit, se sont implantées au départ des positions des soldats qui, dans leur paillasse ou le fourrage des chevaux, ont importé sans le vouloir des semences d’Allemagne, ou des E-U. Les paysages portent aussi les stigmates de la bataille, symboles vivants du lien entre histoire et nature. Ils sont témoins de la résilience écologique

 

L'équipe du Jardin Extraordinaire tient particulièrement à remercier :

- le Musée royal de l'Armée et d'Histoire mililtaire de Bruxelles, son Directeur général, Monsieur Dominique Hanson et Madame Sandrine Spmets, Attachée Première Guerre mondiale, pour ses précieuses recherches d'images d'archives concernant des animaux et pour leur mise à disposition dans le cadre de l'émission.

- Monsieur et Madame Houzeau de Lehaie pour la mise à disposition de leurs archives familiales

- la ville de Mons pour la mise à disposition de photos d'archive du cimetière de Saint Symphorien et de documentation au sujet de ce lieu de mémoire.

- Monsieur Christophe Beck, pour les images de mulets issues de sa collection personnelle.

Quelques infos intéressantes

Verdun
Verdun
Verdun
Verdun
sonneur à ventre jaune
+1

La zone rouge de Verdun a une longue histoire. Avant le conflit, des zones boisées et d'autres, dégagées, étaient soigneusement entretenues par l'armée tant pour des besoins de dissimulation des troupes que de la nécessité d'avoir des champs de vision pour l'observation des tirs et de l'approche de l'ennemi. Durant le conflit, c'est simple, tout fut rasé, abattu, brûlé, gazé, hyper pollué par des métaux lourds tels le plomb des shrapnells ou le mercure des amorces et des étoupilles. Cela se chiffre en tonnes à raison de 3 g de fulminate de mercure par douille et 80 millions d'obus tirés, certains avec des fusées ayant, elles-aussi leur propre charge de fulminate... Le plomb est encore plus présent avec un pourcentage non négligeable de ce chiffre en obus ayant de 1 à plus de 10 kg de ce métal sous forme de billes antipersonnelles. Sans parler des autres joyeusetés qu'étaient le phosgène, le sulfure d'éthyle dichloré (ypérite), les explosifs nitrés, etc.Des témoignages d'anciens font état de leur étonnement devant la capacité de la nature à récupérer. Même les oiseaux chantaient parfois sous les obus. Les premières fleurs furent naturellement des coquelicots. Ce sont surtout eux qui ont marqué les imaginations, comme si le sol saignait. Au lendemain de la bataille, il était aisé de repérer les cadavres faiblement enfouis car ils nourrissaient l'herbe au-dessus d'eux.

 

Les agriculteurs ont récupéré des parties de zones initialement classées rouges. Ils en ont parfois payé le prix fort. Sinon, l'ONF fit des essais avec plusieurs essences d'arbres de façon à rentabiliser autant que faire se peut ces zones dangereuses. A ce propos, les parcelles entre le fort de Douaumont et l'ouvrage de Bezonvaux sont très significatives.Au niveau des plantes obsidionales, la plus remarquable est sans doute le Galega officinalis, arrivé avec les troupes US en 1918, troupes qui ont combattu plus au sud, pour réduire le saillant de Saint-Mihiel. Cette plante, arrivée ainsi dans la plaine de la Woëvre, y a bien prospéré. Les stations de Galega, entre le village de Vaux-devant-Damloup et l'étang d'Amel sont très aisément repérables dans les fossés en bord de route.

 

Nous avons aussi des pelouses calcaires avec une flore caractéristique (orchidées) et variée. La politique d'entretien des champs d'entonnoirs, pratiquée avec savoir-faire, permet des cortèges floristiques fabuleux. Dans les sous-bois les entourant, on trouve des végétaux avec d'autres exigences de lumière, mais toujours avec une diversité étonnante.

 

 

 

Au niveau des batraciens, le sonneur à ventre jaune, par exemple, est même très commun dans certaines zones, telle le bois des Caurres. La rainette arboricole est également présente, ainsi que de nombreux autres reptiles.

 

 

 

 

Les souterrains des ouvrages militaires de la fortification permanente et les sapes de la fortification de campagne durable, constituent des abris hautement appréciés des chauves-souris. Rien que pour le grand rhinolophe, 1800 spécimens ont été dénombrés l'hiver dernier sur le champ de bataille de Verdun, soit environ neuf fois plus que toute la population belge.

Paysages en bataille

Isabelle Masson-Loodts
Paysages en bataille

Ce reportage n'est qu'un volet d'un travail plus large sur les séquelles environnementales de la première guerre mondiale réalisé par Isabelle Masson-Loodts.Son enquête sur le thème des séquelles environnementales de la Grande Guerre, initiée en 2010, avec le soutien du Fonds pour le Journalisme peut être découverte sur :

- Le blog www.paysagesenbataille.be (et sur les pages Facebook et Twitter du même nom)

- au travers du livre "Paysages en bataille" (Editions Nevicata)

- au cours de conférences dont la prochaine à lieu à Naast, le 21 mars 2010 (infos et agenda complet sur le blog)

Plusieurs projets émanent de cette enquête préliminaire :

- un web documentaire en cours de développement, à découvrir et soutenir via www.paysagesenbataille.be

- une série de 50 capsules vidéo sur les sites et paysages belges de 14-18, à destination du site internet de la RTBF dédié aux commémorations de la Première guerre mondiale, www.rtbf.be/14-18

- un feuilleton estival sur la Première : "Dernières nouvelles du front" proposera aux auditeurs une randonnée dans 9 régions belges et françaises de l'ancien front, à la rencontre de ceux qui vivent dans ces régions encore marquées par la guerre...

Articles recommandés pour vous