La passion selon...

Venus et Adonis de John Blow, la première pièce anglaise entièrement chantée

Venus et Adonis d’Antonio Canova
13 mai 2022 à 10:09Temps de lecture3 min
Par Céline Scheen

Vous avez toujours pensé que l’opéra anglais était né avec Didon et Enée de Purcell ? Eh bien détrompez-vous, car six ans avant Prucell, John Blow composait Venus and Adonis, un masque pour le divertissement du Roi. Céline Scheen nous en dit plus dans sa chronique La passion selon. 

La Passion selon Céline

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John Blow et Henry Purcell, amitié et influence

Avant de plonger dans la musique de Blow, il convient de rappeler ce qu’est un masque. Forme de spectacle de Cour, de divertissement aristocratique, le masque fait son apparition en Angleterre sous le règne d’Élisabeth 1er. C’est une forme que l’on retrouve également en France avec notamment Lully.

Le masque est un spectacle baroque qui mêle tous les arts scéniques : musique, chant, danse, poésie, costumes, théâtre, même parfois pyrotechnie. Souvent le masque n’était représenté qu’une seule fois, ce qui renforçait le caractère exceptionnel.

Et le Venus and Adonis de Blow réunit déjà tous les traits d’un authentique opéra. Certes, l’action y est concentrée, mais la cohésion dramatique est évidente, même si les divertissements chorals et chorégraphiques y occupent une place de choix.

Il est vrai que, lorsqu’on parle de l’opéra anglais du XVIIe siècle, on pense toujours à Didon et Énée de Purcell. Pourtant, Venus et Adonis le précède de quelques années, et a certainement inspiré Purcell, qui était l’élève et l’assistant de Blow à l’orgue de Westminster.

Représentée à la Cour de Charles II, entre 1681 et 1683, l’œuvre de Blow a été éclipsée par la réussite de Didon et Énée, mais la parenté entre ces deux œuvres, qui s’inscrivent dans le sillage de Lully, est éclairante ! Même modes d’expression, même goût pour la concision, même rapidité dans la narration, qui mène à un dénouement inévitable.

Première pièce anglaise entièrement chantée

Vénus et Adonis est la première pièce anglaise entièrement chantée. Le librettiste anonyme s’inspire du récit mythologique relatant les amours de Venus et du bel Adonis, tel qu’on peut le lire au livre 10 des Métamorphoses d’Ovide.

Un autre auteur poète avait déjà repris ce récit dans l’un de ses poèmes du même titre, un certain William Shakespeare.

L’histoire est celle de Venus et Adonis, qui savourent le plaisir de leur union quand retentit le bruit d’une partie de chasse. Venus encourage son jeune amant à se joindre aux chasseurs qui poursuivent un dangereux sanglier car "L’absence aiguise le désir". Malheureusement, Adonis est mortellement blessé par l’animal sauvage, et il rend son dernier souffle entre les bras de la déesse bouleversée.

L’infinie beauté de cette œuvre réside avant tout dans la finesse et la richesse des émotions qui se succèdent et se superposent de façon assez rapide mais fluide.

On nous parle de la déesse de l’amour, de son amour complexe de femme pour le jeune magnifique Adonis. Il est très clair, et John Blow le traduit dans sa musique, qu’ils n’ont pas la même vision de l’amour. Ils sont en décalage constant, ont des perspectives différentes.

L’ambiance est pastorale, parfois érotique, comique et tragique. Elle nous parle de la nature, et de la nature de l’amour.

Le mini-opéra de Blow s’inscrit aussi dans une forme de respect de cette fameuse règle des trois unités que l’on trouve au théâtre.

En effet, le théâtre de la seconde moitié du XVIIe siècle est souvent appelé théâtre classique (différent du théâtre baroque) parce qu’il répond à un ensemble de règles inspirées du théâtre antique. Ces règles, connues sous le nom de "règles des trois unités", régentent une bonne part du langage théâtral de l’époque.

Un jour, un lieu, un fait

Selon l’unité de temps, l’action ne doit pas dépasser "une révolution de soleil", comme le disait Aristote. L’unité de lieu veut que l’action doit se dérouler en un même lieu. Et enfin l’unité d’action stipule que tous les événements doivent être liés et nécessaires, de l’exposition au dénouement de la pièce.

Boileau écrit joliment "Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli".

Cette règle des trois unités a pour but de ne pas éparpiller l’attention du spectateur avec des détails comme le lieu ou la date, l’autorisant à se concentrer sur l’intrigue pour mieux le toucher.

Boileau écrira encore : "Que dans vos discours, la passion émue aille chercher le cœur, l’échauffe et le remue".

Venus et Adonis ne seraient peut-être pas aussi beaux s’il n’y avait pas ce magnifique chœur, ce chant funèbre à quatre voix, pour clôturer le masque riche en émotions.

Là encore, la similitude avec le chœur final de l’opéra de Purcell Didon et Énée " With drooping wings " nous frappe.

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