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Belgique

Vaccination obligatoire des soignants : un document de la CSC Services publics s’attire les foudres, y compris au sein du syndicat chrétien

La CSC Services publics organise des actions cette semaine contre l’obligation vaccinale des soignants. Sa consœur CNE, dans le privé, organise le front commun pour d'autres actions. Entretemps, un tract sème le doute.
24 nov. 2021 à 12:30 - mise à jour 24 nov. 2021 à 14:36Temps de lecture6 min
Par Jean-François Noulet

C’est le quotidien Le Soir qui le révèle ce mercredi. Il a eu vent d’une publication de la CSC Services publics, un "tract" de trois pages à destination de ses affiliés. Il a trait à la vaccination obligatoire des soignants. Présentée comme un document destiné à informer les membres du syndicat qui travaillent dans le secteur des soins de santé sur la question de la vaccination obligatoire des soignants, la publication relaie des informations qui peuvent s’apparenter aux arguments des "antivax". De quoi susciter des interrogations, voire des critiques. C’est le cas, comme l’explique le Soir, dans la communauté scientifique. C’est aussi le cas, au sein même de la CSC, où la CNE qui défend les soignants du secteur privé, prend ses distances avec sa consœur du public. Tout cela sur fond, visiblement, de tensions ou de rivalités entre les deux centrales qui affûtent chacune leurs armes pour s’opposer aux projets du gouvernement d’imposer la vaccination au personnel soignant.

Ce qu’on peut lire dans le document de la CSC Services publics

Comme l’explique Le Soir, qui a pris connaissance de ce document de trois pages en primeur, la CSC Services publics informe ses affiliés que "la maladie tue peu", que "l’efficacité du vaccin n’est pas encore démontrée sur le long terme", que "l’attitude des firmes pharmaceutiques est scandaleuse. Elles refusent d’endosser la responsabilité en cas de séquelles liées au vaccin mais empochent des milliards" et que "les vaccins ont d’abord été distribués aux pays riches".

Des propos qui font réagir dans la communauté scientifique. Toujours dans Le Soir, Jean-Michel Dogné, de l’U-Namur, expert au comité de sécurité vaccinale de l’OMS et membre de la task force belge de vaccination se montre critique. Il parle d'"arguments malsains", ajoute que si la maladie tue peu, c’est grâce à la vaccination et défend l’efficacité à long terme "toujours supérieure à 90% au niveau des formes sévères, même avant la 3e dose".

Et ce mercredi, le Dr Nicolas Dauby, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, s’est aussi fendu d’une réaction sur Twitter. "Les syndicats doivent se rendre à l’évidence : le meilleur investissement pour une société égalitaire est le vaccin, pas le virus. Faut-il leur rappeler que le virus touche surtout les plus précaires ?" a-t-il publié.

Au sein du syndicat chrétien, la CNE prend ses distances

La CNE-secteur non marchand, qui défend les travailleurs du secteur des soins de santé qui travaillent dans le secteur privé a réagi ce mercredi. Pas question pour elle de cautionner la publication de sa consœur du secteur public. "La CNE se distancie totalement des publications de la CSC Services publics diffusées à l’occasion de leur campagne", communique Yves Hellendorf, le Secrétaire national de la CNE – secteur non marchand.

Alors que la CNE a lancé un appel aux autres syndicats et centrales syndicales pour la rejoindre, en front commun en vue de combattre les projets du gouvernement de vaccination du personnel soignant, Yves Hellendorf, interrogé par la RTBF, constate "qu’il y a des communications très maladroites qui fragilisent vraiment l’action syndicale que nous menons et nous tenons à nous distancier du contenu de ce tract".

A l’égard de sa consœur, Véronique Sabel, qui mène les troupes du secteur médical pour la CSC Services publics, Yves Hellendorf adresse un message : "J’ose espérer qu’elle va considérer ou qu’elle a considéré que ce tract est, au minimum, maladroit ou, en tout cas, ne correspond pas à la position de son organisation syndicale, et que, dans ces conditions, elle retire ce tract et qu’elle dénonce les propos qui y sont repris."

La CSC Services publics nuance et dément être "antivax"

Nous avons contacté Véronique Sabel, la Secrétaire nationale de la CSC Services publics. Pour elle, "ce n’est pas un tract. C’est un document rédigé suite aux questions reçues de nombreux travailleurs sur des sujets divers et variés". Elle explique avoir repris ce qu’elle a trouvé "dans la littérature de manière informative". "Je resitue le contexte", ajoute-t-elle. Elle parle "d’une information relative à l’obligation vaccinale".

Pour Véronique Sabel, il ne s’agit pas de la position de la CSC Services publics. "On le tire du contexte en disant que c’est une position de la CSC, mais non", explique-t-elle. Et de préciser son point de vue : "il est clair que si on dit que le covid tue peu, c’est grâce au vaccin !". Pour Véronique Sabel, on fait ici "une interprétation […] La CSC n’est pas antivax. Elle ne l’a jamais été", ajoute-t-elle.

Quant à la fiabilité des vaccins à long terme, "Evidemment, puisqu’on est dans une phase 4 et que cette phase va durer 10 ans, c’est aléatoire. Ce n’est pas négatif en soi. C’est de l’information générale", poursuit la responsable de la CSC Services publics. Dans la matinée de ce mercredi, la CSC Services publics a diffuséun communiqué pour clarifier sa position alors qu'elle est accusée d’être antivax et de minimiser l’impact de la pandémie.

La CSC Services publics rappelle sa position dans ce débat sur la vaccination obligatoire du personnel soignant. "On n’est certainement pas des antivaccins", explique Véronique Sabel. Par rapport à la vaccination obligatoire, "on dit que si l’on applique dans les soins de santé, on cristallise. On doit l’appliquer à tous les autres, parce que le vaccin circule dans la société civile", précise-t-elle.

"En plus, lier aux sanctions, c’est un scandale car ces travailleurs sont sur-le-champ depuis deux ans. […] Le résultat de donner des sanctions quand on n’est pas vacciné, c’est que les gens vont accentuer l’absence sur le lieu de travail", ajoute la responsable de la CSC Services publics. En ce sens, la CSC Services Publics ne se différencie pas fondamentalement d'autres discours tenus dans les milieux syndicaux. 

La particularité, c’est que pour le moment, la CSC Services publics n’a pas (encore ?) rejoint le front commun syndical qui milite contre les projets d’obligation vaccinale des patients.

La CSC Services publics organise déjà des actions. Les autres syndicats s’organisent pour le 7 décembre : faut-il y voir une rivalité ?

Du côté de la CNE-secteur non marchand, où l’on s’interroge sur la communication de la CSC Services publics, on explique que le front commun syndical s’organise, mais que la CSC Services publics ne l’a pas rejoint. "On constate que nous avons proposé une campagne en front commun. La CNE a été à l’initiative. Les autres organisations ont marqué leur accord. La CSC Services publics a dit qu’elle avait son propre agenda et qu’elle menait sa campagne elle-même", résume Yves Hellendorf, de la CNE. "Je constate qu’il y a un tract extrêmement dommageable pour l’image qu’on essayait de donner dans le front commun, à savoir que nous n’allons pas faire la publicité des antivax", ajoute Yves Hellendorf.

Effectivement, de son côté, la CSC Services publics a déjà lancé des actions cette semaine dans le secteur hospitalier. Les militants sont mobilisés chaque jour dans les différentes provinces du pays, ainsi qu’à Bruxelles.

Pour Véronique Sabel, de la CSC Services publics, si le document qu’elle a destiné à ses affiliés focalise aujourd’hui les critiques, ce serait plutôt parce que "le fait qu’on soit mobilisés et visibles dérange beaucoup". Quant au fait que la CSC Services publics n’ait pas rejoint le front commun syndical, Véronique Sabel s’en explique. "La CNE m’a mise devant le fait accompli pour avoir une action le 7 (décembre) sans me demander mon avis alors que je suis en grève toute la semaine", réagit la responsable syndicale. "Je dois réunir mon comité le 30 novembre", ajoute-t-elle. Elle explique que pour aller manifester avec les autres syndicats, dont la CNE, elle doit "avoir un mandat", qu’elle pourrait avoir mardi prochain, au plus tôt. Elle estime dès lors, qu’en la critiquant, la CNE lui fait "un procès d’intention".

De son côté, Yves Hellendorf, de la CNE, il ne ferme pas la porte du front commun syndical à son alter ego du service public. "Si on a une communication extrêmement claire de la CSC Services publics qui rejoint nos préoccupations et qui demande à rejoindre le front commun, évidemment que nous serons très heureux qu’on puisse être dans une vision tout à fait unitaire", réagit Yves Hellendorf, le Secrétaire national de la CNE-secteur non marchand.

Comme le précise Yves Hellendorf, pour le front commun syndical, il faut arriver à un "taux d’immunité de la population suffisant pour combattre la maladie", "la vaccination est un outil indispensable pour éviter qu’il y ait encore plus de morts", "en matière de santé publique, un gouvernement a autorité pour prendre des mesures collectives", "il y a des limites au droit individuel", mais "nous refusons qu’il y ait une obligation vaccinale pour les seuls professionnels de la santé, avec le risque d’accroître encore la pénurie de personnel". Des arguments, somme toute, pas très différents de ceux rappelés par la CSC Services publics. Alors, les centrales syndicales chrétiennes dépasseront-elles les clivages pour se retrouver au sein du front commun ? La réponse, peut-être, mardi 30 novembre…

Sujet JT 24/11/2021:

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