Une grève!? A quoi bon?

Philippe Walkowiak
10 oct. 2017 à 09:30 - mise à jour 10 oct. 2017 à 09:30Temps de lecture3 min
Par Philippe Walkowiak

Nouvelle journée de grève. C’était pourtant devenu rare. Même à la SNCB, cela fait plus d’un an qu’il n’y avait plus eu d’action de ce type. La CGSP/ACOD tente de mobiliser dans les services publics mais la grogne, la colère semble avoir laissé place au désenchantement. Une grève, faute de mieux, pour se prouver à soi-même que l’on existe encore.

Politique

La majorité fédérale voit dans l’action déclenchée un jour de rentrée parlementaire une "grève politique" contre les décisions du gouvernement. Mais finalement toute grève dans les services publics n’est-elle pas politique par essence? Comme les actions menées contre les accords de Val-Duchesse du gouvernement Martens-Gol ou la grève générale déclenchée contre un gouvernement Di Rupo à peine installé ?

La CGSP mène seule l’action de ce 10 octobre et même au sein de la FGTB on reste divisé sur l’opportunité de l’action du jour. Depuis l’installation du gouvernement Michel, les mouvements se sont multipliés sans que l’exécutif fédéral ne dévie de sa trajectoire, pas plus d’ailleurs que la plupart des gouvernements qui l’ont précédé. Le front commun syndical a largement mobilisé contre les exclusions du chômage décidées par le gouvernement Di Rupo, cela n’y a rien changé non plus.

La grève est désormais plus vécue comme une intempérie que comme une mobilisation sociale

A la tribune de la Chambre, Charles Michel va pouvoir confirmer qu’il garde le cap, que les indices économiques sont meilleurs grâce à sa politique. La grève du jour n’y changera rien et la CGSP n’a sans doute pas convaincu un citoyen de plus. La grève, même si elle s’est fait plus rare, est désormais plus vécue comme une intempérie que comme une mobilisation sociale. Ce 10 octobre ne fera qu’ajouter une couche de résignation.

La suite

Il n’en reste pas moins que la situation dans les services publics ne s’est pas améliorée. De nombreux enseignants, infirmières, travailleurs sociaux témoignent de plus en plus souvent de la dégradation rapide de leurs conditions de travail. Les fonctionnaires des Finances et de la Justice rendent régulièrement compte de la détérioration de leurs moyens de travail. A tous les niveaux, les investissements publics ont été réduits à la portion congrue.

La SNCB en est devenue le symbole: le gouvernement actuel entendait en faire une société avec un niveau de performance du service au client qui nous place dans le top 5 européen. Tout cela en réalisant 2,1 milliards € d’économies de 2014 à 2019 et en supprimant 2700 emplois! Les chemins de fer en Belgique transportaient, il y a 20 ans, 140 millions de passagers avec 42 000 travailleurs. Aujourd’hui, c’est 230 millions avec 35 000 travailleurs, avec une ponctualité en baisse et un matériel vieilli.

Si le gouvernement fédéral dit engranger des résultats et œuvrer au bien-être collectif, il peine à convaincre, surtout au sud du pays. Dès le départ, il ne disposait pas en Wallonie et à Bruxelles d’une légitimité démocratique (moins de 25% des électeurs en 2014) et les sondages jusqu’au plus récent, annoncent même un MR en recul au sud et une majorité en baisse en Flandre.

La seule bonne nouvelle pour Charles Michel c’est finalement la mauvaise santé du PS, devenu inaudible même en période de grève, dépassé en communication par le PTB et dont les affaires n’ont finalement qu’accentué un déclin largement amorcé auparavant[1].

A ce stade, ni l’action syndicale ni celle des gouvernements, voire d’une partie de l’opposition ne semblent convaincre.

Désabusement, méfiance, résignation et désenchantement paraissent devenus les principales réalités.

@PhWalkowiak

[1] Dans notre baromètre de décembre 2016, réalisé juste avant l’affaire Publifin, le PS était déjà tombé à 25,4% en Wallonie (32% aux élections de 2014, 37,6% en 2010).

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