Un jour dans l'histoire

Une correspondance exceptionnelle lève le voile sur la vie des paysannes au temps de la Révolution française

Un Jour dans l'Histoire

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1789, une date symbolique de l’Histoire. On connaît le parcours des révolutionnaires, mais qu’advient-il des personnages restés dans l’ombre de ces jours tourmentés ? Fulgence Delleaux, professeur d’histoire moderne à l’UNamur, lève le voile sur la vie d’une paysanne aux derniers jours de l’Ancien régime.

D’après l’historien italien Edoardo Grendi, "la normalité est tue dans les archives". En d’autres mots, la vie quotidienne banale des anonymes ne laisse pas beaucoup de traces pour les chercheurs. La correspondance entre Angélique Delputte et son mari Pierre-François Lepoutre, deux exploitants de 45 hectares de terres agricoles vivant près de Lille, dans la région du Ferrain, se présente dès lors comme une ressource précieuse.

En 1789, les affaires intimes et professionnelles du couple se règlent par écrit. La raison : en mai, Pierre-François devient député du tiers état. Il se rend aux Etats généraux à Versailles puis à l’Assemblée constituante à Paris. Angélique, 51 ans et mère de 5 enfants, se retrouve seule à gérer les terres familiales. Alors tard le soir, vers 23 heures, elle prend la plume et livre ses états d’âme à son mari, à raison de deux fois par semaine, jusqu’en… septembre 1791.

Aléas de la gestion d’une grande exploitation, éducation des enfants, relations avec les voisins, les domestiques et ouvriers agricoles ou le curé du village : c’est le quotidien de la ferme et d’une famille au début de la Révolution française que retrace cette paysanne.

À travers cette relation épistolaire, c’est l’histoire de la masse qui est reconstituée au fil des quatre saisons, mais aussi l’histoire de la famille.

"On dit que le mariage entre l’homme et la femme n’est qu’un, mais, moi, je trouve bien différence aujourd’hui. Il est vrai que je peux me promener dans la cour ; mais il y a une différence entre la Cour royale et une cour de fumier" se lamente notamment Angélique Delputte qui est aussi confrontée aux conditions climatiques parfois désastreuses pour les récoltes ou encore au règlement du ferrage.

Pierre-François lui décrit de son côté les jours historiques qui se jouent à Paris en 1789 alors que l’exploitation est encore loin des agitations révolutionnaires.

► Fulgence Delleaux, professeur d’histoire moderne à l’Université de Namur, auteur de Les quatre saisons d’Angélique – Correspondance d’une paysanne pendant la Révolution française, éd. Bayard.

Les paysans se rassemblent pour la Révolution de 1789 en France.
Les paysans se rassemblent pour la Révolution de 1789 en France. API/Gamma-Rapho via Getty Images

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