Chronique littérature

" Un couple et sept couffins " de Michel Simonet

Balayeur de rue à Fribourg, Michel Simonet est aussi poète d’une vie de simplicité choisie et heureuse. Il brosse un beau portrait de l’existence.

" Un couple et sept couffins "est un recueil de textes écrit par un auteur suisse, Michel Simonet, et parait aux Editions Conférence.

Ecrire au ras du bitume est rarement perçu comme un compliment et pourtant l’écrivain Michel Simonet sublime cette expression. C’est parce-que notre poète est aussi un cantonnier comme on dit chez lui à Fribourg : un balayeur de rue et heureux de l’être.

Sa plume pleine de malice et d’humanité s’exprimait déjà dans un premier recueil " La Rose et le balai " paru il y a quatre ans. La rose, c’est celle qui orne son char comme il l’appelle. C’est en fait sa charrette d’arpenteur de rues qui nettoie nos rebuts avec une sagesse, une modestie et aussi une fierté bien légitime : il fait place nette derrière nos incivilités, sans jugement ni morale.

Michel Simonet a choisi ce métier d’humilité et de grand air, préférant s’aérer l’esprit plutôt que de passer huit heures confinées dans un bureau de comptable, où il travaillait avant.

A travers ce nouveau recueil, il raconte ces choix de vie atypiques, comme celui de n’avoir aucune ambition carriériste ou financière, nulle appétence pour la position élevée ou encore le statut enviable qui en découle. Car vivre courbé mais sans avoir à faire de courbettes lui va très bien. Ça ne l’empêche pas de lever les yeux vers la ville et les changements de la société, ni de rêver ou de chanter pour couvrir le bruit des voitures, ou de ramasser des pensées et des images qu’il note pour plus tard. Car si son balai fait le tri, il écrit en revanche " sur le tas " comme il le dit avec cet humour qui parsème tous ces textes.

Ce sont des textes qui lui ressemblent, qui ne prétendent à rien d’autre qu’à suivre un chemin de simplicité et de sobriété heureuse et vraie, d’autant qu’il est le père de sept enfants, aujourd’hui adultes. Là pour le coup il n’a pas mégoté, lui qui en balaie plus souvent qu’à son tour. Son épouse et lui ont souvent été charriés sur ce nombre élevé : " Y avait rien à la télé ? Vous n’aviez que les chaînes nationales " ? La télé, ils l’ont achetée après le troisième enfant, ce n’était donc pas une question de programmes.

Petits, ses enfants annonçaient fièrement " Mon papa il balaie près de la gare ! "

Pour la naissance du sixième, sa fille alors étudiante en médecine a pu le prévenir rapidement car il balayait près de l’hôpital. Pratique. A l’adolescence, ce fut moins simple : " avec la mixité sociale portée vers le haut quel idéal proposer lorsqu’on est un père opposé à tout avancement autre que celui de sa charrette ? "écrit-il. Il répond : " L’exemple d’une honnêteté désintéressée, d’une humaine humilité, d’une sérénité paisible ".

Un talent pour la vie donc, auquel s’ajoute celui d’écrivain qui, sans jamais le revendiquer, transforme notre regard sur la famille et sur ces travailleurs invisibles de nos cités.

Son intérêt pour la diversité humaine, sa tranquille assurance, son don pour relever les petits bonheurs de l’existence et sa poésie inattendue rendent d’autant plus indécent ce mépris social qui fait tant de ravages. Il prend le temps, lui, de s’intéresser aux quidams qui le paient par leurs impôts et en échange " il leur touche un mot, opérant par là un transfert de fonds qui rétablit l’équilibre social. " écrit-il.

Michel Simonet est le Villon du Glouton, ce nom qui désigne l’aspirateur de voirie, sauf que son regard plein de bienveillance et de sagesse, ses jeux de mots facétieux sont portés par ses convictions, et par la grande littérature.

Michel Simonet n’a nuls regrets ou alors qu’un seul, c’est qu’avec le tri sélectif, il ne puisse plus comme naguère récupérer les bouteilles consignées dans les poubelles, ce qui lui permettait de s’acheter un pléiade de temps en temps.

C’est un recueil de textes qui est très joliment illustré par des dessins au crayon de Pierre-Yves Gabiod, des culs de lampes ou des pleines pages, des coins de Fribourg, des couffins, des landaus, en plus de la charrette du balayeur bien sûr, qui ne lave pas que le pavé mais aussi notre regard.

 

 

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