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Ukraine: après les morts de Slaviansk, Ban Ki-moon offre sa médiation

Ukraine: des combats intenses près de Slaviansk à Andreevka ce dimanche
05 mai 2014 à 05:27 - mise à jour 05 mai 2014 à 19:45Temps de lecture5 min
Par Thomas Nagant

"Je suis prêt à jouer un rôle si c'est nécessaire", a déclaré lundi le chef de l'ONU, actuellement en visite à Abou Dhabi.

M. Ban a indiqué être en contact avec toutes les parties concernées, en citant les dirigeants ukrainiens, les dirigeants russes, l'Union européenne et les Etats-Unis. "J'appelle les quatre parties à résoudre ce problème par les moyens pacifiques, et je suis prêt à jouer un rôle", a souligné le chef de l'ONU.

Il s'est dit "profondément inquiet" des violences en Ukraine et a demandé l'application de l'accord du 17 avril conclu à Genève par "toutes les parties" en conflit.

L'accord de Genève, compromis signé entre l'Ukraine, la Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne, prévoit notamment le désarmement des groupes illégaux et l'évacuation des bâtiments occupés. Mais la Russie a déclaré la semaine dernière que cet accord était mort après le lancement par Kiev d'opérations militaires décrites par Moscou comme une "guerre de (l'Ukraine) contre son propre peuple".

"J'appelle avec force toutes les parties concernées à se retrouver à nouveau et à voir ce qui a mal marché et pourquoi cet accord n'a pas été appliqué et pourquoi tout le monde est en train de recourir à la violence", a souligné M. Ban.

Le ministre de l'Intérieur, qui se trouvait à un checkpoint à environ 6 kilomètres du lieu des combats, n'a pas précisé à quel camp appartenaient les victimes, ni leur nombre.

A Slaviansk, bastion des rebelles séparatistes pro-russes, "on nous livre une guerre, contre notre territoire" , a déclaré le ministre. "Ma mission est d'éliminer les terroristes", a-t-il souligné. "La seule tactique est d'avancer petit a petit vers le centre" de Slaviansk, a-t-il ajouté. "Il n'y a pas de solution militaire, elle doit être politique".

Le chef de la Garde nationale, Stepan Poltorak, également présent sur place, a pour sa part remarqué : "Nos adversaires sont bien entraînés et bien équipés". "On les a coincés dans le centre" de Slaviansk. "Les routes (de la zone des combats) sont fermées, on ne laisse pas passer les civils". "Ils font tout pour nous obliger a utiliser des armes lourdes, mais nous ne le ferons pas pour épargner la population civile".

Selon l'agence russe Interfax, les militants pro-russes postés autour de Slaviansk battraient en retraite. Les forces gouvernementale aurait pris une tour relais de la télévision chassant les rebelles vers l'intérieur de la ville, toujours selon l'agence de presse russe.

Tensions toujours très vives à Odessa

Les partisans d'une Ukraine unie, certains casqués et armés de gourdins, se sont rendus dimanche soir en cortège devant le siège régional de la police, où son directeur est venu à leur rencontre, selon l'AFP.

Après s'être rassemblés en fin d'après-midi au sommet des "escaliers Potemkine", rendus célèbres par le film d'Eisenstein, les manifestants, au nombre desquels figuraient une cinquantaine de membres du groupe paramilitaire nationaliste Pravy Sektor, ont parcouru d'un pas rapide les quelques centaines de mètres qui les séparaient des bureaux du général Ivan Katerintchouk.

Ils scandaient des slogans comme "Odessa en Ukraine !", "Gloire à l'Ukraine" et chantaient l'hymne national.

Les manifestants se sont ensuite rendus dans le calme devant la Maison des syndicats, qui a brûlé vendredi à la suite d'un incendie criminel qui a fait près de 40 morts pro-russes. Ils y ont replacé en haut d'une hampe monumentale le drapeau ukrainien qui avait été descendu et brûlé samedi par des partisans d'un rapprochement avec la Russie.

Plus tôt dimanche, environ 2000 personnes avaient lancé un assaut contre le siège de la police d'Odessa, ville portuaire du sud, et réclamé et obtenu la libération de 67 de leurs camarades. Environ 120 personnes avaient été arrêtées vendredi après de violents heurts entre pro-russes et partisans de l'Ukraine unie. Ces violences avaient entraîné un incendie criminel dans lequel ont péri une quarantaine de personnes, principalement des pro-russes.

"Ce qui s'est passé à Odessa fait partie du plan de la Fédération de Russie pour détruire l'Ukraine et son Etat", a accusé dimanche le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, arrivé dans la matinée à Odessa. Il a également annoncé le limogeage et le remplacement de tous les hauts responsables de la police de la ville.

Selon des témoignages à Odessa recueillis par l'AFP, l'incendie est le fruit d'une vengeance de milliers de supporteurs de football et de manifestants pro-Ukraine, furieux d'avoir été violemment attaqués (quatre tués par balles) plus tôt dans la journée par des militants pro-russes.

Une foule en colère avait envahi et détruit un camp de tentes pro-russes en ville, avant d'assiéger la Maison des Syndicats, où s'étaient réfugiés les militants. Le bâtiment a été incendié à coups de cocktails molotov, prenant au piège des dizaines de personnes.

L'Est sous haute tension

La nuit de samedi à dimanche s'est déroulée sous haute tension dans l'Est avec de nombreux incidents et violences signalés dans le bassin minier oriental du Donbass, frontalier de la Russie, qui regroupe les régions de Lougansk et Donetsk.

Des incidents ont été signalés samedi soir à Lougansk, Donetsk, Marioupol. Les ruines fumantes de checkpoints rebelles détruits lors de combats nocturnes étaient visibles près de Kostiantynivka.

A Kramatorsk, toujours sous contrôle des rebelles après l'attaque par l'armée d'un check point à proximité, "les gens ont très peur", a déclaré un militant pro-russe, Artiom Gaspogrian.

Dans Slaviansk, trois fortes détonations ont été entendues au loin par les journalistes de l'AFP présents dans le centre-ville. "Des combats sont en cours", a déclaré Stella Khorocheva, la porte-parole des rebelles, sans pouvoir pour le moment préciser où.

L'armée ukrainienne a coupé dimanche le principal axe routier vers Slaviansk, bastion des insurgés pro-russes dans l'est.

Les soldats ont installé un barrage à 2 km de Slaviansk coupant ainsi la voie rapide vers Donetsk, capitale régionale. Sept blindés y étaient visibles dimanche après-midi. "La ville est totalement encerclée", a confirmé à l'AFP la porte-parole des séparatistes.

A Kharkiv, environ 500 militants pro-russes ont ignoré une interdiction de manifester et se sont rassemblés devant un monument de Lénine en clamant qu'ils "n'oublieraient pas" et "ne pardonneraient pas" les événements d'Odessa. "Slaviansk ville héroïque", clamaient-ils aussi.

La Russie renforce sa présence en Crimée

Et puis, plusieurs dizaines d'avions russes, dont des bombardiers et des avions de combats, ont été aperçus dans le ciel au-dessus de la Crimée.

Selon un expert aéronautique, il y avait des Mig-29, des avions-citerne, de gros avions de transports militaires et des bombardiers stratégiques lourds.

Un autre expert explique que Moscou est peut-être en train de déplacer d'importantes forces aériennes en Crimée.

De nombreux habitants de Crimée ont vu ces avions, notamment au-dessus de Simféropol. Les autorités russes se refusent à tout commmentaire.

Sur le plan diplomatique, le président russe, Vladimir Poutine et le président de l'OSCE Didier Burkhalter devraient se rencontrer mercredi, à Moscou pour discuter de l'avenir de l'Ukraine. Le Kremlin a précisé que M. Poutine avait profité de son entretien avec Mme Merkel pour "souligner le besoin d'établir un dialogue direct entre les autorités actuelles de Kiev et les représentants des régions du sud-est du pays" en proie à une insurrection pro-russe.

RTBF avec AFP

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