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Trois ans après les attentats, les contrôles aux frontières nationales perdurent (carte interactive)

Trois ans après les attentats, les contrôles aux frontières nationales perdurent
20 juil. 2019 à 15:54 - mise à jour 20 juil. 2019 à 17:55Temps de lecture2 min
Par Marie-Laure Mathot

Si vous programmez un road trip en Europe, vous risquez d’être étonnés de voir des contrôles à l’intérieur de l’espace Schengen. Certains pays les avaient instaurés au moment de la menace terroriste, d’autres au moment où le flux migratoire était le plus intense. Plus de trois ans plus tard, la menace s’est affaiblie, le taux d’immigration a baissé mais certains contrôles sont toujours en place.

Pour rappel, l’espace Schengen, ce sont 26 pays qui ont décidé de laisser leurs citoyens ainsi que les personnes qui sont à l’intérieur de cette zone circuler librement sans contrôles aux frontières. Certains de ces pays font partie de l’Union européenne… mais tous les pays de l’Union Européenne n’en font pas partie (Bulgarie, Roumanie, Chypre, Croatie, Irlande et Royaume-Uni). Au contraire, quatre pays membres de Schengen ne sont dans l’Union européenne (Islande, Liechtenstein, Norvège et Suisse).

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Ces 26 États ont donc tous signé un accord pour décider d’en finir avec les gardes frontières à l’intérieur de cet espace. Ils peuvent néanmoins déroger à la règle s’ils estiment qu’il y a une menace pour l’ordre public ou la sécurité. "Historiquement, les contrôles aux frontières ont été introduits au moment d’événements sportifs ou de grandes manifestations comme le G8 par exemple", explique Federica Infantino, chercheuse à l’ULB spécialisée sur le contrôle des frontières dans l’Union européenne. L’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège ont donc considéré la migration comme une menace en 2015 et ils ont réintroduit des contrôles à leurs frontières nationales. La France l’a fait en 2016 face à la menace terroriste.

Depuis, la menace terroriste s’est affaiblie, le flux migratoire s’est tassé mais les contrôles aux frontières nationales sont toujours là, au moins partiellement. Or, ils étaient censés être temporaires. La durée de la dérogation peut varier d’un mois à six mois.

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"Si Schengen cesse d’exister, l’Europe mourra"

En réalité, ces contrôles ont été systématiquement reconduits, tous les six mois depuis leur mise en place. Ils sont donc devenus permanents. En avril dernier, l’Allemagne a encore prolongé ses contrôles à la frontière avec l’Autriche. C’est à cette même période que le commissaire européen alors en charge des migrations, Dimitris Avramopoulos, a appelé à un retour à la normale dans l’espace Schengen. "Si Schengen cesse d’exister, l’Europe mourra", avait-il déclaré. Le Parlement européen a aussi tiré la sonnette d’alarme. Pour lui, la période initiale pour les contrôles aux frontières devrait être limitée à deux mois (au lieu de six mois actuellement) et de maximum un an (contre deux ans actuellement).

"Schengen est la concrétisation d’une liberté fondamentale du début du projet européen à savoir la liberté de circulation d’abord des travailleurs et ensuite de tous les citoyens européens, commente Federica Infantino. Donc, Schengen est un symbole fort, tout comme l’euro. C’est le laboratoire du renforcement des frontières extérieures, l’aboutissement d’une idée de plus de liberté grâce au renforcement des frontières extérieures. Cette liberté a augmenté les droits des citoyens mais aussi des membres de la famille des citoyens, il faut le reconnaître."

Ceci dit, si ces contrôles sont devenus permanents, ils ne sont pas partout systématiques 24 heures sur 24. En France par exemple, il est tout à fait possible de passer les frontières en voiture sans se faire contrôler. Au Danemark et en Suède, toutes les voitures ne se font pas arrêter pour être fouillées mais il faut montrer un document d’identité et/ou les documents du véhicule.