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Très peu de pluie en juillet, peu dans les 15 jours, et "la tendance générale pour le début de l'automne, c'est plutôt sec et encore assez chaud"

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Ce mois de juillet a été le plus sec depuis 1885, avec seulement cinq jours de pluie. À peine 5 mm de pluie enregistrés à Bruxelles pour une moyenne habituelle de 76,9mm. Et ce un an après les inondations, résultats dramatiques de précipitations jusqu’à 50 fois plus abondantes. Comment expliquer cette différence ? Quel impact ? Est-ce réellement lié au réchauffement ?

Pascal Mormal, météorologue à l'Institut royal météorologique répondait à ces questions dans Matin Première. 

Des températures élevées, au-delà de 30 degrés, ce n'est pas exceptionnel en soi pour un mois d'août ?

Non, ce n'est pas exceptionnel en soi. Mais on est quand même environ 10 degrés au-dessus des moyennes de saison. Et il faut se rappeler que c'est actuellement le troisième pic de chaleur qu'on connaît dans notre pays, puisqu'on avait déjà eu une grosse bouffée de chaleur vers le 18 juin, une autre plus importante encore autour du 18-19 juillet, durant laquelle on avait frôlé le record absolu puisqu'on avait atteint 38,1 degrés à Uccle et 40 degrés localement dans le Brabant flamand. C'est donc maintenant la troisième séquence vraiment très chaude de cet été.

Et on prévoit peu de pluie à venir?

Oui, jeudi et vendredi, on attend quand même quelques orages, mais le phénomène est toujours assez localisé, donc ce ne sont pas nécessairement des bonnes pluies qui vont contribuer à réparer tous les déficits que l'on connaît pour le moment au niveau des précipitations. Et il faut savoir que la tendance pour les deux prochaines semaines est plutôt pessimiste, car on n'attend pas de grosses pluies significatives. Au contraire, on va plutôt vers une poursuite d'un temps sec et assez chaud, au moins jusqu'au 15 août. Et certains modèles saisonniers donnent plutôt un début d'automne qui pourrait se poursuivre dans cette tendance. Mais là, évidemment, il faut être beaucoup plus prudent. Mais la tendance générale pour le début de l'automne, c'est plutôt sec et encore assez chaud.

Comment expliquer le contraste avec le mois de juillet 2021 ?

Effectivement, juillet 2022 était un mois presque record, puisque c'était le mois le plus sec depuis 1885, où on avait eu seulement cinq millimètres. Alors qu'en 2021, on avait eu 166 millimètres. Et là, c'était quasiment un record, mais de précipitations excessives. Ce sont deux configurations différentes, mais qui, quelque part, se rejoignent un peu. C'est-à-dire que cette année, on a eu une succession d'anticyclones qui se sont installés sur nos régions, alors qu'en 2021, c'était plutôt des dépressions d'altitude, donc ces fameuses gouttes froides qui ont vraiment stationné à proximité du Benelux, une partie de l'Allemagne, les îles Britanniques et la France. Alors que par exemple, l'Europe centrale et l'Europe du Nord connaissaient des blocages anticycloniques et de très fortes chaleurs. Donc ici, on retrouve de nouveau des conditions comme celles qu'on a connues durant les étés 2018, 2019 et 2020, c'est-à-dire des étés globalement chauds et secs.

Est-ce qu'on peut établir un lien avec le réchauffement climatique?

Il faut toujours être prudent quand on analyse un fait isolé. Mais c'est la répétition de ces phénomènes extrêmes qui tend à interpeller et qui est tout à fait en phase avec le réchauffement climatique. Ca peut surprendre les gens parce qu'on associe plus facilement changement climatique à temps sec et grosses chaleurs, mais les phénomènes qui se sont produits durant l'été 2021 peuvent être également en partie attribués au réchauffement climatique. D'une manière générale, une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d'eau. Et donc, quand cette vapeur d'eau va arriver à saturation, elle va provoquer des précipitations plus abondantes, et on peut même le chiffrer. On estime par exemple qu'une augmentation d'un degré de la température peut provoquer une augmentation de 7% des précipitations. Donc, on voit que dans les deux cas, quelque part, on va malheureusement avoir des extrêmes de plus en plus marqués dans le futur. C'est en tout cas ce qui est à craindre.

On aurait donc plus d'épisodes de pluies extrêmes ou de sécheresse intense, même si une moyenne annuelle resterait avec une pluviométrie similaire à ce qu'on connaissait dans les années précédentes?

C'est tout à fait ça. Quand on voit la moyenne des précipitations sur base annuelle, il n'y a pas vraiment d'évolution. Par contre, on voit une augmentation assez remarquable des précipitations intenses, c'est-à-dire des précipitations qui dépassent le seuil des 20 millimètres par jour. Et là, on a quand même une augmentation qu'on peut considérer comme significative depuis une trentaine d'années.

Qu'en est-il aujourd'hui du niveau de l'eau, puisqu'on sait qu'il n'a pas beaucoup plu et qu'il ne va pas beaucoup pleuvoir? Est-ce que la situation est préoccupante à ce niveau-là ?

Elle n'est pas encore extrêmement préoccupante à l'heure actuelle. Mais si la situation de sécheresse devait se poursuivre et s'amplifier, on pourrait commencer à être un peu plus inquiet. Maintenant, il faut se rappeler qu'on a quand même connu des bonnes pluies, d'une part durant l'hiver précédent, et aussi entre la fin du mois de mai et la fin du mois de juin. Et heureusement, parce que sinon, on serait vraiment dans une configuration qui ressemblerait assez fort à celle de l'été 1976. 

1976 était une année de sécheresse historique. Il y a différents niveaux de sécheresse, quatre gradations.

Oui. Là, pour l'instant, on est dans la phase de sécheresse météorologique qui concerne l'entièreté du pays. C'est lorsqu'on est confronté à un déficit de précipitations.

Puis, on passe à ce qu'on appelle la sécheresse agricole. Là, c'est quand on commence à avoir un impact pour les sols en surface, qui va rapidement avoir une application pour l'agriculture. Et là, on peut dire qu'une partie est de notre pays est déjà partiellement concernée par cette sécheresse agricole.

Ensuite, c'est la sécheresse hydrologique. Là, on arrive dans la configuration qui devient la plus délicate. C'est au niveau des problèmes,  pour les aquifères, les nappes phréatiques, les barrages, les réserves d'eau potable en général. Heureusement, on n'en est pas encore à ce stade-là.

Et l'ultime stade est la sécheresse socio-économique. Là, c'est vraiment quand le manque d'eau se fait ressentir pour l'économie dans son ensemble et ralentit même le fonctionnement de notre économie. Ce stade ultime est un peu celui qu'on a connu en 1976. Mais pour le moment, on est encore assez éloigné de cette situation vraiment extrême.

Il sera encore question de cette sécheresse demain puisque la cellule sécheresse va se réunir pour faire le point. 

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