Economie

Thales: la continuité pour éviter la crise de gouvernance

Un site du groupe Thales à Toulouse, en janvier 2013
20 déc. 2014 à 22:58Temps de lecture2 min
Par AFP

Thales n'avait plus de patron depuis la fin octobre et la nomination inattendue de son PDG Jean-Bernard Lévy à la présidence d'EDF sans que sa succession n'ait être été réglée au préalable.

Alors que le groupe était traditionnellement dirigé par un PDG, les deux fonctions vont être dissociés, a appris samedi l'AFP de source proche du dossier.

Henri Proglio, qui avait perdu sa place à la tête d'EDF au profit de Jean-Bernard Lévy, se voit attribuer un lot de consolation avec la présidence de Thales, mais celle-ci sera "non exécutive", ajoute-t-on de même source.

La conduite opérationnelle du groupe reviendra à Patrice Caine, qui, en dépit de son jeune âge (44 ans), était déjà le numéro deux de facto de l'entreprise.

Patrice Caine, un ingénieur X-Mine, était notamment chargé de la mise en œuvre du programme d'amélioration de la compétivité du groupe.

Cet amateur de golf et d'équitation, passé par les cabinets ministériels, est devenu au cours des douze dernières années un fin connaisseur de la maison thalésienne. Il y a acquis une vision stratégique du groupe en accumulant les positions clés.

Plus jeune parmi les candidats pressentis pour le poste, il a su convaincre l'Etat mais surtout la sourcilleuse maison Dassault, de le choisir.

L'Etat possède 26% du capital de Thales et l'avionneur 25%. Les deux actionnaires sont liés par un pacte et rien ne peut se faire dans le groupe sans leur aval.

Patrice Caine passait pour le candidat de l'Etat, alors que son principal concurrent en interne, Pierre Eric Pommellet, 50 ans, était crédité du soutien de Dassault.

S'il est peu connu du grand public, Thales est une composante essentielle de la souveraineté française. Employant 65 000 salariés, le groupe a dégagé l'an dernier un profit de 644 millions d'euros sur des ventes de 14,2 milliards d'euros.

Capacité d'écoute

La nomination de Patrice Caine devrait avoir la vertu de rassurer en interne, alors que le groupe est en plein déploiement de sa stratégie de développement et d'internationalisation.

Les syndicats mais également l'Apat, l'association des salariés actionnaires de Thales, avaient en effet réclamé que le nouveau patron soit issu du groupe, afin d'assurer la continuité et de garantir sa stabilité.

Tous gardent en mémoire le difficile épisode de la présidence de Luc Vigneron, caractérisée par un climat social détestable que Jean-Bernard Lévy s'était attaché à apaiser depuis deux ans... en s'appuyant précisément sur Patrice Caine.

Il en avait fait son bras droit, avec le titre de directeur général en charge des opérations et de la performance.

Patrice Caine disposait ainsi du plus gros portefeuille d'activité après celui du PDG, les opérations mais aussi et surtout le programme "Ambition Boost" destiné à rehausser la rentabilité de Thales.

Sa tâche à présent sera donc de poursuivre et d'amplifier cette stratégie et qu'il déclinait sous les maître mots-mots "compétitivité et croissance".

Pour cela, il dispose d'atouts: sa connaissance de la maison et ses qualités de manager, mais aussi sa proximité et sa capacité d'écoute.

"Brillant, fin, accessible" sont les qualificatifs qui reviennent souvent à son égard.

Il passe également bien avec les syndicats, avec lesquels il s'est évertué à tourner définitivement la page Vigneron.

AFP