Opinions

Syrie : Trop peu, trop tard? Mais mieux vaut tard que jamais !

Action Syrie
31 août 2013 à 09:43Temps de lecture4 min
Par Action Syrie

Avec l’intention annoncée – avec prudence- de l’administration américaine, des gouvernements français et britannique de répondre militairement au gazage de centaines de civils syriens dans la banlieue de Damas la semaine dernière, on retrouve les débats et les polarisations entre les " pro " et les opposants à une intervention armée.

Un pouvoir criminel

Alors que le nombre de morts provoqués par la dictature d'Assad a dépassé les 100.000, sans compter les blessés, handicapés, prisonniers et disparus et au rythme avec lequel ils s’accumulent dans la population et dans les statistiques froides, avec une proportion hallucinante de civils, alors que le nombre de réfugiés dans les pays environnants dépassent 1 million et demi et que celui des réfugiés à l’intérieur du pays a dépassé la population totale de la Wallonie, on peut s’interroger sur le moment choisi, même si les protagonistes occidentaux prennent cette décision presque à contrecœur, suite au dépassement de la ligne rouge fixée l’an dernier par le président Barack Obama sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien à l’encontre de son peuple.

Il est utile de rappeler que la communauté internationale n’a pas été capable, le plus souvent par des calculs cyniques, d'empêcher la répression sanglante mise en place par la dictature syrienne contre l’opposition alors que, durant près d’une année, elle était essentiellement nationale, démocratique et manifestait chaque semaine pour la démocratie payant un prix très cher : des morts, des blessés et d’autres emprisonnés et torturés.

L’inaction est une histoire ancienne

Il n’y avait pas de djihadistes dans le pays, il y a deux ans !

A cette époque, les Russes et les Chinois bloquaient déjà toute résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Notre silence, notre impuissance, notre indifférence face aux exactions et aux crimes du régime de Bashar El Assad ont fait le lit de groupes islamistes et de groupes djihadistes radicaux, soutenus par l’Arabie saoudite et le Qatar et ont permis, sans réaction de notre part, à l’Iran et au Hezbollah libanais de fournir des méthodes de combat, des armes et des soldats au régime en place.

La communauté internationale s’est abstenue d’intervenir quand Hafez Al-Assad et son clan tyrannisaient les Syriens, puis quand ils ont exterminé près de 30.000 personnes en 1982 à Hama, quand Saddam Hussein et ses troupes ont gazé des soldats iraniens depuis 1983 et des citoyens kurdes irakiens en 1988.

La communauté des nations n’a pas agi au Rwanda en 1994 et notre prudence a coûté la vie à plus de 800.000 hommes, femmes et enfants.

Souvenons-nous aussi que les interventions (surtout américaine) dans l’Ex-Yougoslavie ont abouti à la chute des Milosevic, Karadzic et Mladic et à leur transfert devant le TPY.

Et, en remontant dans le temps, le refus des Alliés, de bombarder les voies de chemin de fer menant à Auschwitz, a permis aux Nazis d’exterminer plus de 400.000 juifs hongrois en l’espace de quelques semaines durant l’été 1944.

Bombarder pour protéger

Alors, devons-nous soutenir une campagne de bombardements ciblés sur des endroits stratégiques en Syrie maintenant ?

Nous pensons qu’il le faut, même si c’est " too little – too late "

Bashar El Assad et ses affidés doivent savoir qu’il y a des limites à ce que le monde est prêt à accepter. Ils doivent aussi savoir que massacrer son propre peuple ne restera pas impuni. Pour celles et ceux qui ne sont pas convaincus, voyez ce reportage de la BBC : Syria Crisis : Incendiary bomb victims " like walking dead ".

Et, comme l’écrit Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch : " Les opérations militaires menées au nom du respect d’une norme humanitaire élémentaire – on ne gaze pas des enfants dans leur sommeil- seront mesurées à l’aune de leur efficacité pour protéger tous les civils syriens contre de nouvelles attaques illégales, chimiques ou conventionnelles ".

Si cette campagne contribue à détruire les pistes d’où décollent les avions qui bombardent les zones libérées du pays avec leurs habitants civils, elle aura au moins permis de sauver des vies humaines et ouvert la voie aux populations locales pour qu’elles commencent à réfléchir à l’après-Assad et aux moyens de reconstruire leur société.

Nous demandons aux opposants à une intervention de nous expliquer quelle alternative crédible ils proposent au peuple syrien, autre que le renforcement de l’anarchie, les souffrances de tout un peuple, la poursuite de la descente aux enfers ?

Nicholas Kristof témoigne dans le New York Times :

" Lorsque j’étais en Syrie en novembre dernier, j’ai rencontré une grand-mère qui avait déjà perdu son mari, son fils et sa belle-fille. Elle vivait dans une cinquième demeure depuis le début de l’année, une tente où l’eau s’infiltrait. Elle se demandait qui serait la prochaine victime et, comme tous ses voisins, désespérait du soutien international".

Nous savons qu'une intervention n'est pas la réponse idéale à même de résoudre le drame syrien. Beaucoup de questions restent bien évidemment ouvertes sur les cibles, les modalités, les effets de cette intervention. Ce que nous espérons, c’est qu’une campagne ciblée et limitée dans le temps, telle qu’annoncée par ses promoteurs, aura un effet boule de neige et permettra à la diplomatie enfin libérée des vetos de prévaloir en vue de la mise sur pied d’une Syrie forte, libre, multiconfessionnelles et démocratique.

Mieux vaut tard que jamais !

Action Syrie

Simone Susskind, Marie Peltier, Giacomo Profili, Rodrigo Martin Galan, Yahia Hakoum, Mariama Kourimi, Nicolas Camoisson, Marion Coudert, Thierry Delannoy, Fadi Morad, Françoise Bonnet, Gael Poulet, Alec De Vries, Andrea Subhan, Antoine Madelin

Basés à Bruxelles, Action Syrie est  un groupe de citoyens, d’horizons culturels, professionnels et politiques différents, animés de la même volonté de ne pas rester silencieux face au massacre du peuple syrien; par notre initiative. Le groupe appelle à manifester lundi 2/9 à 18 davent la mission russe auprès de l’UE.

 

 

 

 

Sur le même sujet

Syrie: le Congrès américain rarement sollicité pour des interventions militaires

Monde

Syrie: les USA prêts à frapper mais Obama veut le feu vert du Congrès

Monde

Articles recommandés pour vous