Exposition - Accueil

SPECTRE rassemble sept sculpteurs et sculptrices dans le Museum du Botanique

Benoit Jacquemain, Ville, 2018

Plus précisément, l'exposition Spectre au Botanique propose un focus sur la sculpture en Fédération Wallonie Bruxelles à travers les œuvres de trois sculpteurs et quatre sculptrices de la génération montante.

Lucie Lanzini, Traversée, 2020
Lucie Lanzini, Traversée, 2020 © © Luk Vander Plaetse

Lola Meotti et Gregory Thirion, les deux curateur.trice.s, ont mis en résonnance des artistes qui travaillent au départ d’objets quotidiens qui, une fois réinterprétés et distordus, selon les mots de la curatrice, ouvrent un spectre d’interprétations et de sensations: du plus politique au plus étrange.

Un parcours initiatique dans un univers fantastique 

Les œuvres sont liées à l’architecture, au monument, à l’objet et au mobilier.

Surprise, dès l'entrée : la salle du musée est plongée dans la pénombre, dans une scénographie théâtrale qui renforce le mystère et met le corps en mouvement ( attention à ne pas trébucher sur les œuvres de Lionel Pennings ). D’emblée, l’installation démesurée de Jonathan De Winter, ESPACE des pratiques autres #01, constituée de planches de sapin Douglas, de troncs de bouleau, de pneus et de tabourets nous fait douter du réel. Est-ce un showroom ou du mobilier ? un espace fonctionnel ou non ? peut-on s’y asseoir ?   

Jonathan De Winter, ESPACE des pratiques autres #01, 2022
Jonathan De Winter, ESPACE des pratiques autres #01, 2022 © Luk Vander Plaetse

Architecture

Les œuvres de Benoit Jacquemin, Lucie Lanzini, Amélie Scotta et Charlotte Lavandier ont un rapport direct avec l’architecture.

Benoit Jacquemain, Ville (détail), 2018
Lucie Lanzini, Traversée, 2020

Benoît Jacquemin, photographe et sculpteur travaille le verre, le métal et le béton. L’œuvre Ville est une réflexion sur l’architecture totalitaire, " entre fascination et répulsion " commente l’artiste.

Lucie Lanzini détourne des éléments d’ornement intérieur (plafonniers, moulures), ici disposés sur une corde en résine qui fend l’espace. Moulage d’objets porteurs de mémoire. Un travail minimal d’où surgit l’étrangeté.   

Amélie Scotta, Reclusoir,
Amélie Scotta, Reclusoir, © Salvatore_Fuca

Amélie Scotta, avant tout dessinatrice, dont tout le travail traite de l’architecture et de l’habitat présente une installation faite d’un cylindre de briques rouge à taille humaine. L’œuvre est intitulée Réclusoir, du nom de cet espace clos retiré du monde, dans lequel vivaient les pénitentes du  Moyen-Age. Réclusoir est un abri qui protège mais aussi enferme. On ne peut qu’y associer les images des réfugiés de Marioupol, protégés et emmurés dans l'aciérie Azovstal.

Amélie Scotta, Reclusoir
Amélie Scotta, Reclusoir © Luk Vander Plaetse

La démocratie distordue

L’œuvre la plus directement politique est celle de Charlotte Lavandier qui travaille elle aussi sur l’architecture, mais sur les éléments qui relèvent de la banalité. Formée à l’architecture d’intérieur, la plasticienne débusque et révèle le sens caché de ces éléments, comme l'oppression ou la norme. Par exemple, elle s'intéresse au faux-plafond, utilisé dans les bureaux d’entreprise ou d’administration. Charlotte Lavandier a fait une intervention sur un faux-plafond qu’elle a abaissé à sa hauteur. Du coup, le corps des visiteur.euse.s est engagé : soit on a la bonne taille et on passe, soit on est obligé de se voûter. Une réflexion sur l’administration et le management en entreprise: on rentre ou pas dans les bonnes cases.

Pour Spectre, l'artiste a créé un labyrinthe de 41 isoloirs.

Charlotte Lavandier, Shouting-Booths : 41 isoloirs forment un étouffant labyrinthe
Charlotte Lavandier, Shouting-Booths : 41 isoloirs forment un étouffant labyrinthe ©Romane-Isakaria-et-Kamand-Razavi

Un dédale oppressant qui se termine en cul de sac, métaphore "du doute et de la désillusion" dans l’esprit de l’artiste. Derrière le rideau, nous sommes confrontés à notre image reflétée dans le miroir d’une loge d’artiste, encadré d’ampoules. Shooting Booths est un commentaire sur la politique spectacle nourrie en permanence par les images médiatiques et pose la question de la liberté de choix. Le miroir nous place " devant notre responsabilité d’électeur ", commente Charlotte Lavandier qui se défend, même si son labyrinthe est sans issue, de tout encouragement à l’abstention. Au moment où nous écrivons, en plein deuxième tour des élections législatives françaises, l’installation de Lavandier percute, ici aussi, le réel de belle manière.

Charlotte Lavandier, Shouting-Booths, 2021
Charlotte Lavandier, Shouting-Booths, 2021 © Luk Vander Plaetse
Alexandra Leyre Mein, La Débacle II , 2012-2018
Alexandra Leyre Mein, Evolution, 2015

Alexandra Leyre Mein, qui a une approche plus classique de la sculpture, part toujours de l’humain et de sa complexité. Pour Spectre, elle présente quatre têtes distordues et malaisantes, reflets du bouillonnement des émotions humaines, et une sculpture monumentale en Hydrostone (un plâtre hyper-résistant) qsur le sujet de la guerre. La Débacle II semble constituée d'empreintes de fragments de monuments à la gloire de batailles et de conquérants.

Enfin, Lionel Pennings utilise l’ironie et l’absurde dans ses détournements d’objets et dans son choix de matériaux. Au sol sont installés deux pièges à rats, réalisés en pierre et métal. Un mécanisme symbolique. Chacun cherche son rat, semble nous dire l’artiste.

Lionel Pennings, Fragment/Piège à rat, 2020
Lionel Pennings, Fragment/Piège à rat, 2020 © Luk Vander Plaetse

Spectre décline des matériaux bien ancrés dans la réalité : bois, pierre, béton, plâtre, brique, métal qui donnent du corps et de la puissance à ces œuvres qui toutes développent un sous-texte, un point de vue, une présence aiguisée au monde.

Spectre du 16.06 au 07.08.2022 - Le Botanique -1210 Bruxelles

Les enfants - et les adultes- peuvent découvrir l'exposition via une fiction sonore en 5 podcasts signalés par un QR code.

Lionel Pennings, Vitrine-Piège, 2021
Lionel Pennings, Vitrine-Piège, 2021 © Luk Vander Plaetse

Sur le même sujet

Muse ou la fiction pour rencontrer une oeuvre d'art

Exposition - Accueil

Une jeune artiste ukrainienne voudrait emperlouser le pont de Fragnée

Regions Liège

Articles recommandés pour vous