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Scotland Yard : l'assassinat du petit Francis Kent à Road Hill House en 1860

Histoire Criminelle, les enquêtes de Scotland Yard

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19 août 2020 à 11:00 - mise à jour 19 juil. 2022 à 17:03Temps de lecture3 min
Par La Première RTBF

Village de Road, Sud-ouest de l’Angleterre, 1860. Nous voici sortis de l’agitation londonienne, dans la quiétude de la campagne anglaise, non loin de la ville thermale de Bath, où se rend la bonne société.

À Road, il y a les Kent, une famille de la bourgeoisie rurale, qui vit dans une grande demeure patricienne, connue dans les environs sous le nom de… Road Hill House. L’ambiance, dans l’apparente douceur de la campagne, où le temps semble s’être arrêté, rappelle celle des romans de Jane Austen.

Mais un matin de juin 1860, le petit Francis Kent, âgé de 4 ans, est porté disparu. Et voilà que le village de Road est frappé d’horreur : on retrouve le corps sans vie du petit Francis, abandonné dans la fosse d’aisance, au fond du jardin.

Première enquête de Scotland Yard hors de Londres

La police locale commence son enquête. Il n’y a aucune trace d’effraction, il n’y eut ni bruit, ni cri pendant la nuit. Aucun témoin. Est-ce que la solution, l’auteur du crime, ne doit pas être cherchée… dans la maison ? La police va donc rechercher le coupable parmi les habitants de Road Hill House.

Le meurtre de Road Hill House est apparemment dénué de mobile. Qui s’en prendrait à un enfant de 4 ans ? Des rumeurs sur les Kent circulent, mais il est délicat de pousser les investigations dans l’intimité d’une famille comme celle-là, dont "l'honorabilité" et la "respectabilité" semblent, apparemment, constituer des obstacles à l’enquête. Il est sans doute difficile pour les autorités policières et judiciaires locales d’enquêter dans le milieu familial d’un homme qui occupe une position importante dans la région" évoque Jérôme de Brouwer, historien du droit à l’ULB.

Les soupçons des policiers se portent d’abord sur la gouvernante, qui s’occupe des enfants Kent et qui dort dans la même chambre que le petit Francis. Mais cela ne donne rien de concret. On décide alors de faire appel à cette police qui s’est fait connaître par son efficacité : Scotland Yard. 

C’est la première fois que Scotland Yard va enquêter hors de la capitale, alors que le Metropolitan Police Act, en 1829, n’organise que la police de Londres. À la demande des autorités locales, le Home Office  (le ministère de l’Intérieur) envoie Jonathan Whicher. Whicher est un homme d’expérience, réputé. Il est le doyen de cette équipe d’enquêteurs qui forment la "Detective Branch", créée en 1842.

              Jérôme de Brouwer

Des enquêteurs qui inspirent la littérature de l'époque

Certes, Jonathan Whicher a une belle réputation à Londres. Mais dans le petit village de Road, il ne recevra pas un accueil des plus enthousiastes.

Pourtant, Whicher est quelqu’un d’ordinaire apparemment, sans rien de formidable ni de menaçant. Mais il s’intègre dans la vie du village, il sait se faire discret pour le bien de l’investigation policière, pour essayer de percer les secrets qui entourent la famille Kent. Une famille apparemment respectable qui protège son honorabilité, et son intimité.

Jérôme de Brouwer souligne combien, malgré sa réputation, Whicher, par ses méthodes, a pu perturber la société rurale dans laquelle il menait ses investigations : "Ces hommes, les détectives, sont devenus des personnalités renommées. Ils vont inspirer la littérature policière qui émerge à la même époque. En réalité, ils vont contribuer à forger la représentation du détective dans la littérature policière. Celui de l’esprit mathématique, déductif. Charles Dickens lui-même s’inspirera de la personnalité des "célébrités" de Scotland Yard pour l’un de ses personnages, l’inspecteur Bucket, dans son roman "Bleak House". Il serait inspiré de Charles Field, ou même de Jonathan Whicher. Pourtant, c’est vrai, la société britannique du 19ème siècle, cette "société victorienne" comme on l’appelle - par référence au règne de la Reine Victoria - peut être mal à l’aise, perturbée par rapport à certains modes d’investigation. C’est le cas dans le cadre de cette Angleterre rurale, particulièrement soucieuse de protéger le foyer familial et la "vie privée".

Une famille Kent loin d'être si paisible

Et l’affaire a un retentissement très important, au-delà du village. Des centaines de gens écrivent aux journaux, à Scotland Yard, et même au Home Secretary (ministère de l’Intérieur) pour leur faire part de leurs hypothèses sur ce crime odieux.

Jonathan Whicher formule des hypothèses, il semble avoir une idée bien arrêtée sur le mystère de Road Hill House. À force de se fondre dans le décor, il trouve des indices, voire des failles dans le quotidien, en apparence si paisible et si rangé, de la famille Kent.

Mais malgré les témoignages et les preuves avancées, il aura du mal à convaincre les magistrats locaux, peut-être trop soucieux de conserver la paix dans le village.

Alors, qui a tué le petit Francis Kent ? Et surtout : pourquoi ?

Il faudra attendre des années pour que le mystère de Road Hill House soit définitivement éclairci. Cinq années qui finiront par convaincre l’auteur… de confesser son crime.

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