Feuilleton Scotland Yard

Scotland Yard : des femmes empoisonnées à la strychnine à Lambeth, mais par qui ?

Histoire Criminelle, les enquêtes de Scotland Yard

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05 nov. 2021 à 07:00 - mise à jour 26 juil. 2022 à 12:26Temps de lecture3 min
Par La Première RTBF

Londres, 1891, quartier de Lambeth, le long de la Tamise, juste en face de Westminster. Un quartier connu de beaucoup d’auditrices et d’auditeurs : aujourd'hui, il est bordé par l’un des symboles de la ville, le "London Eye", la plus grande roue du monde. Mais en 1891, Lambeth offre un tout autre visage : celui de la pauvreté et de la saleté, celui des ravages causés par l’alcool et la prostitution. Un décor digne des sombres récits de Jack l’Eventreur, dans lequel il ne fait pas bon se promener à la nuit tombée.

Les poisons en vogue à l'époque victorienne

Une nuit froide d’octobre, en rentrant du pub, un passant tombe sur une jeune fille prise de violentes convulsions. Ses tentatives pour la soigner sont vaines, alors il la fait conduire à l’hôpital…

Malheureusement, elle n’aura pas le temps d’y arriver, seulement celui de livrer un rapide signalement de son agresseur. Le médecin qui l’examine ensuite est formel : cette fille a été empoisonnée. Et en effet, l’autopsie révèle une grande quantité de poison dans son estomac. Il s’agit d’un poison "très en vogue" au cours de cette période, comme nous le raconte Jérôme de Brouwer, historien du droit à l’ULB :

"Le XIXe siècle est une période pendant laquelle on observe le développement de la chimie en général, notamment de la pharmacologie, des solutions médicamenteuses. Mais aussi des poisons. Ce développement se prolonge dans l’activité criminelle. En France, par exemple, les poursuites pour empoisonnement croissent jusque 1840. Ici, le poison retrouvé dans l’estomac de la victime est de la strychnine. Il s’agit d’un extrait de plante dont les vertus sont connues depuis plusieurs siècles. Mais, en isolant sa molécule, et en la rendant incolore, la chimie permet sa redécouverte et sa diffusion. La strychnine devient particulièrement "populaire" en Angleterre sous l'ère victorienne (règne de la reine Victoria, 1837-1901), tout comme l’arsenic".

Ce crime serait peut-être passé inaperçu - du moins n’aurait-il pas fait un si grand bruit - si un avocat londonien renommé n’avait pas reçu une lettre de chantage. L’auteur de cette mystérieuse lettre détiendrait les preuves de son implication dans le meurtre… Impuissant, l’avocat en réfère à Scotland YardLa police s’intéresse à l’affaire, mais malgré de nouvelles lettres, les pistes d’enquête sont minces.

D'autres morts semblables

Seulement voilà, quatre mois plus tard, deux prostituées meurent dans des conditions étrangement similaires. Et dans leurs derniers soupirs, elles livrent à peu près le même signalement. 

Alors, Scotland Yard se met en quête de celui que l’on surnomme "l'empoisonneur de Lambeth". Une traque qui va demander à la célèbre police londonienne de déployer tout son savoir-faire, précise Jérôme De Brouwer :

"L’un des éléments remarquables dans cette affaire, c’est la mobilité internationale de l’activité criminelle et l’internationalisation de l’enquête. On voit le protagoniste évoluer entre le Canada, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Quant à l’enquête, on voit Scotland Yard effectuer de nombreux déplacements, en train, en bateau. Le coupable va tenter de s’enfuir outre atlantique (on repense notamment à l’affaire Webster) et c’est un véritable obstacle à l’enquête. Bien entendu, l’enquête criminelle devient plus complexe en raison du développement des moyens de transport internationaux auquel on assiste à la fin du XIXème siècle. Les services policiers doivent donc s’adapter. Cette internationalisation des affaires criminelles va conduire à la formation linguistique des membres de la Detective Branch puis du Criminal Investigation Department. La nécessité pour la police et la justice de développer de nouveaux moyens d’investigation en cette fin du XIXe siècle peut être aussi relevée dans la mobilisation des experts. Ce n’est qu’avec l’assistance d’experts, notamment en toxicologie, comme le médecin rencontré dans cette histoire, que l’enquête peut avancer."

La strychnine est le poison qui a permis à l'empoisonneur de Lambeth de tuer ses victimes, à une époque où la pharmacologie était en plein essor
La strychnine est le poison qui a permis à l'empoisonneur de Lambeth de tuer ses victimes, à une époque où la pharmacologie était en plein essor Flickr

Mais qui était donc l’empoisonneur de Lambeth ?

L’empoisonneur de Lambeth a un profil qui rappelle un peu celui de Jack the Ripper (Jack l’Éventreur). C’est un rapprochement qui est fait par la presse de l’époque elle-même.

Il s’agit d’une personne apparemment éduquée, disposant de connaissances médicales avancées (en anatomie particulièrement). Il y a aussi un trait de personnalité commun : un certain narcissisme. Ici, le tueur se met en avant imprudemment - ou volontairement - auprès de certaines connaissances, et il multiplie l’envoi de lettres, pour obtenir de l’argent apparemment, mais aussi, sans doute, pour se donner de l’importance. Et puis, et surtout, il y a les victimes : des prostituées.

Pour connaître la suite de cette histoire passionnante, écoutez le cinquième épisode de notre feuilleton sur Scotland Yard

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Et pour réécouter les premiers épisodes: 

Vers l'épisode 1

Vers l'épisode 2

Vers l'épisode 3

Vers l'épisode 4

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