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Ron Stallworth : quand un afro-américain infiltre le Klan

Ron Stallworth, heureux retraité et héros américain.

Aux États-Unis, la société suprémaciste blanche qu’est le Ku Klux Klan (KKK) existe depuis près de 160 ans. Le Klan a connu son âge d’or dans les années 1920-1930, depuis les années 1960, son influence et sa puissance tendent à diminuer, une perte de vitesse liée au mouvement américain des droits civiques ainsi qu’à la promulgation de diverses lois telles les Civil Rights Act (1964 et 1968) et le Voting Rights Act (1965). Pour autant, le KKK n’a pas disparu, il s’est mué en de nombreux groupuscules parfois ennemis, qui se confondent avec l’extrême-droite américaine.

Noir et policier dans le Klan.

Ron Stallworth est né à Chicago en 1953. Il passe sa jeunesse au Texas avant qu’à l’été 1972, la famille ne prenne la direction de Colorado Springs, dans l’État du Colorado. C’est là qu’il commence une carrière dans la police. Il deviendra le premier policier inspecteur afro-américain

Carte d’identification du policier Ron Stallworth.
Carte d’identification du policier Ron Stallworth. Tous droits réservés

Le jeune homme a toujours rêvé d’être un agent infiltré… Et il le sera plus d’une fois. Son succès majeur sera d’avoir réussi à s’immiscer à la fin des années 1970, sept mois durant, au sein du Ku Klux Klan.

Tout commence par une annonce dans un journal local, une annonce de recrutement pour constituer " Le chapitre de Colorado Springs ". Ron Stallworth y répond, utilisant sa véritable identité. Il ne tardera pas à recevoir un appel de l’organisateur qui souhaite connaître plus de détails sur les raisons de sa volonté d’adhérer au Klan. Ron explique que sa sœur " sortait avec un nègre, et chaque fois qu’il posait ses sales mains noires sur son corps blanc pur, cela me faisait grincer des dents… ".

Dans les années 1920, des registres d’admission au KKK de la région de Denver, Colorado.
Dans les années 1920, des registres d’admission au KKK de la région de Denver, Colorado. Tous droits réservés.

Ron se fait donc passer pour un blanc raciste, détestant les nègres, les latinos, les ritals ainsi que les youpins et les asiatiques ! Il obtiendra rapidement un rendez-vous avec le fondateur du nouveau groupe, mais se gardera bien de s’y rendre : c’est un collègue blanc, Chuck, qui se présentera et enregistrera toute la conversation…

Dès lors, Stallworth joue du langage de haine et de division qu’apprécient les membres du Klan. Il parvient à établir des contacts étroits avec plusieurs adhérents, toujours par téléphone ou par courrier : si des rencontres d’homme à homme doivent avoir lieu, c’est Chuck qui s’y rend. Et l’inspecteur afro-américain va aller plus loin. Il va prendre contact avec David Duke, alors " Grand sorcier " du Klan, afin d’accélérer sa demande d’adhésion. Il ne faudra pas longtemps pour que Duke signe le certificat d’adhésion de Ron Stallworth et le lui fasse parvenir…

Carte de membre du KKK de Ron Stallworth.
Carte de membre du KKK de Ron Stallworth. Tous droits réservés.

Curieuse péripétie de l’histoire : lorsque David Duke se rendra à Colorado Springs, Ron Stallworth sera désigné dans les policiers affectés à sa protection rapprochée ! Or, ayant souvent discuté avec lui au téléphone, Stallworth craint d’être reconnu… Mais il n’en sera rien ! Ron poussera l’audace jusqu’à se faire photographier tenant Duke par l’épaule… au grand dépit de ce dernier !

Grâce à ce noyautage du groupe local du Klan, Ron Stallworth prouvera que beaucoup de ses membres étaient militaires actifs de l’armée américaine, certains faisant même partie du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Avec ses collègues, il parviendra à éviter plusieurs projets du Klan, tels des attentats contre des bars gays ou des vols d’armes.

« Le noir qui infiltra le Ku Klux Klan »
BlaKkKansman, l’affiche francophone.
Ron Stallworth et John David Washington qui tient son rôle dans BlacKkKansman.

Jusqu’au jour où Ron, alias Chuck, tellement bien intégré, sera pressenti pour devenir le chef du KKK de Colorado Springs ! À la police, son supérieur lui donnera l’ordre de clôturer l’enquête, de ne plus répondre au téléphone et de détruire les rapports, un dernier point auquel il n’obéira pas, gardant précieusement ses notes… Stallworth sera alors muté dans l’Utah et gardera son secret jusqu’au bout de sa carrière. Ce n’est qu’une fois retraité, en 2006, qu’il acceptera une interview lors de laquelle il expliquera son rôle dans l’infiltration du Klan.

C’est sur base de ses notes que Ron racontera, d’une façon humoristique et par le détail, sa rocambolesque immersion d’homme noir dans le Klan, dans " Black Klansman ", publié en 2014 et traduit en français par " Le noir qui infiltra le Ku Klux Klan (éditions autrement, 2018). L’ouvrage a inspiré le réalisateur Spike Lee pour " BlacKkKlansman ", sorti en 2018 et couronné du grand prix du Festival de Cannes la même année.

À voir dans " Retour aux sources ", samedi 30 avril à 21h05, " Ku Klux Klan, une histoire américaine", un documentaire en deux parties de David Korn-Brzoza.

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