Jeux Paralympiques

Rétro : Marieke Vervoort, le sport antidote au suicide…

Wielemie et Zenn, unis pour le meilleur et pour le pire.

Un peu plus de cinq mois après sa mort, la page d’accueil de son site internet est toujours barrée par cette phrase : " Fais-moi un câlin sincère, je serai la personne la plus heureuse au monde ".

Cette phrase ornait une couronne posée sur son cercueil, le 28 octobre dernier. Pour la cérémonie, Marieke Vervoort avait choisi une salle des fêtes locale plutôt qu’une église ou un cimetière : clin d’œil ultime à la joie de vivre pour cette athlète hors-normes, portée par un mental d’acier et un courage insubmersible.

Lors de la cérémonie Zenn, son célèbre labrador, errait le museau amer, l’âme en peine, une rose blanche fichée dans la gueule. Ce chien était son plus fidèle compagnon au quotidien. Guidant ses pas, devinant ses tourments, partageant sa douleur.

Des nuits sans sommeil

Car les dernières années, celle qu’on surnommait Wielemie (littéralement " La femme sur roues ") vivait l’enfer : atteinte depuis l’âge de 14 ans de tétraplégie progressive, une maladie dégénérative rare des muscles qui paralysait progressivement tout son corps, la Brabançonne n’en pouvait plus.

Des nuits sans sommeil tant la douleur était devenue insupportable, des spasmes qui traduisaient les hurlements de son corps : en 2015, une émission de la télé flamande, rythmée par ses cris dans la nuit, avait révélé à l’opinion son enfer quotidien. " Les antidouleurs n’opèrent plus, je n’ai même plus la force de tenir ma fourchette, on doit me mettre la nourriture en bouche " expliquait-elle : " Parfois, je m’évanouis même à table ou durant les entraînements tellement j’ai mal… "

Depuis cette émission, Marieke Vervoort était devenue une véritable icône en Flandre : aujourd’hui encore, sa page Facebook accueille plus de 41.000 abonnés.

Une vraie machine

Mais c’est par ses exploits sportifs que Vervoort avait d’abord bâti sa notoriété. Multiple médaillée olympique, triple championne du monde, elle grave son moment de gloire le 5 septembre 2012 aux Jeux Paralympiques de Londres. Ce mercredi-là, elle remporte le 100 m en fauteuil roulant T52 dans un chrono de 19,69 secondes, nouveau record paralympique. Quatre jours plus tôt, elle avait décroché l’argent sur 200 m.

La douleur, la souffrance, tout ça la pousse plus loin : " Le sport est mon ange gardien, sans lui je me serais déjà depuis longtemps suicidée… " dit-elle souvent. Un regard d’acier, une volonté de fer jaillissant de ses profonds yeux verts, des biceps de béton : elle en remontre à chacun.

Pourtant, son passage sur l’athlétisme est tout récent… de cette même année 2012 ! D’emblée, Marieke explose les records d’Europe et du Monde, à Londres elle décrochera les succès que l’on sait. Avant cela, elle avait brillé en basket, en hand-bike (double Championne du Monde 2006 et 2007) et en natation handisport avant de se tourner vers le para-triathlon, participant même à l’Ironman d’Hawaï.

La polyclinique de Rio...

En 2008, rongée par la maladie, Vervoort perd définitivement l’usage de ses jambes et passe définitivement au sport en fauteuil : le char à voile d’abord (vice-Championne d’Europe 2011), puis l’athlétisme.

Trois fois couronnée d’or et auteure du Grand Chelem (100-200-400 m) en 2015 au Mondial de Doha, elle va presque égaler Londres aux Jeux de Rio quatre ans plus tard : du Brésil, Wielemie ramène une breloque d’argent sur 400 m et le bronze sur l’hectomètre. Car avant sa deuxième finale, elle n’a pas fermé l’œil de la nuit : son corps lui fait trop mal… A peine débarquée sur le sol brésilien, elle avait d’ailleurs craqué et entamé son séjour olympique à la polyclinique locale : durant 2 jours, on va la remettre sur pied à grandes doses médicamenteuses…

La fin

Après Rio, Marieke Vervoort tranche dans le vif : son corps ne veut plus, avec son seul mental elle n’y arrive plus. Elle stoppe sa carrière et lègue toutes ses médailles et son matériel sportif au Musée Olympique Sportimonium de Hofstade, près de Malines.

Puis elle programme… sa propre mort. Depuis 2008, elle a rempli son dossier d’euthanasie pour que, le jour fatidique venu, elle puisse passer à l’acte. Elle veut aussi porter la bonne parole, faire progresser la réflexion publique sur ce sujet délicat et douloureux.

Avant de passer de l’autre côté de la rivière, elle s’offre son dernier rêve. Forcément un rêve de vitesse et de performance : elle tourne sur le circuit de Zolder au volant d’une Lamborghini Huracan, épaulée par un pilote chevronné.

Bulles en tête

Le 22 octobre 2019, la double Sportive Paralympique Belge de l’Année (2012 et 2015) offre la tournée de champagne, avant de donner le signal pour la dernière piqûre. Qui, pour elle, sera celle du repos enfin trouvé.

À l’aube de ses 40 ans, Marieke Vervoort ferme les yeux, sa flûte de bulles à la main. Et son fidèle Zenn allongé à ses pieds. Ses cendres seront dispersées à Lanzarote, lieu de tant de stages et de plaisirs olympiques.     

Sur son site internet, ce poème s’écoule toujours aujourd’hui :

Chaque fois que tu croyais que cela n’irait plus,

Jaillissait un rayon de lumière,

Qui te donnait force et courage,

Pour aller jusqu’au bout. "

Prenons-en de la graine. Surtout en cette période chargée de tant de questionnements.

Marieke Vervoort, médaillée d'argent sur 200m

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