Reprendre une ferme ? Quasiment impossible pour un jeune agriculteur, "les montants sont colossaux"

Semaine de la transmission des fermes en Wallonie: interview de David Dupuis

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15 nov. 2021 à 11:16 - mise à jour 15 nov. 2021 à 15:07Temps de lecture2 min
Par Julie Calleeuw d'après L'invité dans l'actu dans Matin Première

Cette semaine est la Semaine de la transmission des fermes en Wallonie. En 25 ans, la Wallonie a perdu la moitié de ses agriculteurs et de ses fermes. Et c’est pour stopper cette hémorragie que le Réseau wallon de développement rural, accompagné de partenaires, a décidé de lancer lors de cette semaine un appel à tous les agriculteurs en fin de carrière qui pourraient remettre leur exploitation.

David Dupuis, chargé de projet chez Terre en vue, était invité sur La Première ce lundi.

Il y a en fait une concentration des terres agricoles par une minorité de grosses exploitations, c’est contre cela que vous vous battez ?

"Mais oui, en tout cas, il y a la nécessité de pouvoir préserver des outils qui sont aujourd’hui fonctionnels, donc des fermes qui sont aujourd’hui capables de produire une alimentation de qualité et qui ont effectivement tendance à disparaître puisqu’effectivement, sur une génération, non seulement on a perdu la moitié des agriculteurs des fermes, mais également la superficie agricole par exploitation, elle a doublé pour arriver à quelque chose comme 57 hectares en moyenne aujourd’hui. Et donc, oui, il y a nécessité de pouvoir préserver ce type de fermes.

Ici, ce qui est mis en évidence, c’est effectivement le prix de reprise des fermes, qui est de plus en plus important, notamment du fait de l’explosion du prix des terres agricoles. L’objectif de Terre en vue est justement de faciliter l’accès à la terre pour les agriculteurs, en achetant concrètement des terres agricoles via une coopérative citoyenne, donc en finançant ces achats par la collectivité si vous voulez. Et puis, pour ensuite les mettre à disposition des agriculteurs sur du long terme.

Et on est donc contacté régulièrement par des agriculteurs qui viennent vers nous avec ce problème-là : les terrains sont devenus tellement chers que les montants de reprise sont colossaux et que, du coup, la possibilité pour financer une reprise par un jeune est extrêmement compliquée".

Une augmentation du coût de ces terrains qui conduit aussi à certaines dérives.

"Exactement. On le constate en particulier dans certaines régions où la pression est très, très forte, toutes les régions qui sont transfrontalières avec le Luxembourg, avec les Pays-Bas, l’Allemagne où on a donc des agriculteurs qui viennent d’autres pays, dans lequel les contextes fonciers sont tout aussi problématiques, voire plus problématiques qu’ici en Belgique, et qui viennent donc acheter des terrains en Belgique pour les exploiter à des prix qui sont moins qui sont colossaux.


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Et du coup, on cherche une certaine rentabilité qui parfois, est en totale inadéquation avec les réalités agronomiques des terrains qui sont concernés.

C’est le cas aussi avec les sapins de Noël en Walloniel. On voit qu’on achète des terrains qui ne valent pas grand-chose du point de vue agronomique, mais à des prix de plus en plus exorbitants pour y faire des plantations de sapins de Noël et cela pose évidemment toute une série de questions par rapport à l’avenir de l’agriculture en Wallonie".

Ils ont quel profil ces courageux candidats repreneur d’une ferme ?

"On a toutes sortes de profils souvent très différents. Vous avez soit des gens qui sont en transition, qui recherchent un changement de carrière, qui viennent probablement plus de milieux urbains, qui décident de se réinstaller à la campagne. Ça, c’est une réalité.

L’autre réalité, ce sont tous les jeunes qui sont issus de familles agricoles et qui ont un projet de reprise précis sur la table, mais qui ont toutes les difficultés du monde à le faire financer ou à le mettre en œuvre".

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