Rencontre en terres touarègues

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18 août 2017 à 13:57 - mise à jour 18 août 2017 à 13:57Temps de lecture3 min
Par Globe-Croqueurs

Manuela Varrasso a beaucoup de casquettes professionnelles. Celle qui nous intéresse aujourd’hui est celle de réalisatrice audiovisuelle. Dans les années 90, Manuela est en quête de sens et se tourne alors vers la réalisation pour pouvoir voyager tout en travaillant. Elle part alors pour la Mauritanie et le Mali pour s’immerger dans la culture touarègue de mars à juin 1994.

Premières impressions

Manuela arrive à Nouakchott, capitale de la Mauritanie. Il fait très chaud. Le ciel est blanc et il y a énormément de vent. Il est difficile de distinguer les personnes de loin et tout le monde porte un voile, les hommes comme les femmes. Il y a une impression générale de flou, "ce sont des paysages impressionnistes". Autour de la ville, c’est le désert, "il n’y a pas grand-chose" ce qui donne une autre impression, celle de vide.

À leur arrivée, c’est le moment où les rébellions touarègues étaient très virulentes. Il y a alors beaucoup de camps de réfugiés qui se sont construits au Mali et en Mauritanie.

Rencontre de Touaregs à Bassikounou

Manuela et son équipe se rendent dans un camp de réfugiés rebelles, opposés au régime malien, situé à Bassikounou, à l’extrême sud-est de la Mauritanie. La première chose qui la frappe, c’est que les femmes ne sont pas voilées, "ce sont les hommes qui portent le voile dans la société touarègue".

Grâce à son immersion totale dans ce camp, elle nous en apprend un peu plus sur les us et coutumes touarègues : "Les femmes décident de tout. La société est matriarcale. On se touche, on se sourit, on se taquine. Les femmes ont énormément de droits. Les femmes peuvent choisir leur mari, elles peuvent en divorcer, elles peuvent en avoir plusieurs, elles sont propriétaires de la maison. Elles ont la garde des enfants. (…) Elles sont considérées comme le pilier de la tente. (…) Les hommes les consultent pour prendre les décisions. (…) Les femmes sont très apprêtées et elles prennent le temps de se faire belle".

L’Ensemble Tartit

Un projet germe dans la tête de Manuela. Comme une de ses casquettes professionnelles est d’être productrice musicale, elle souhaite constituer un chœur de chants de voix de femmes pour participer à un festival. Il faut savoir que chez les Touaregs, c’est le griot qui est chargé de transmettre l’histoire et le savoir aux gens et leur medium est le chant. Créer un chœur exclusivement de femmes pourrait donc poser problème. Manuela va tout de même en parler à Amano, le griot du campement. Quelques jours après la discussion, il lui avait trouvé 30-40 femmes et un nombre similaire d’hommes pour créer un ensemble vocal. La plupart des femmes avaient apporté avec elle un mortier recouvert d’une peau de chèvre mouillée en guise d’instrument. L’ensemble s’appellera Tartit, est toujours actuel et tourne toujours après 20 ans. C’est une des grandes victoires de Manuela.

 

Si vous voulez en savoir plus sur ce peuple d'Afrique, n'hésitez pas à écouter le podcast, vous serez surpris !

Les objets de Manuela

Les objets de Manuela
Les objets de Manuela © Tous droits réservés

Malgré qu'elle voyageait avec le strict minimum, Manuela nous a ramené quelques objets de son voyage. Elle nous a apporté une radio portable qui lui permettait de suivre l'actualité et de savoir où il y avait des zones de conflit. Elle avait également un chèche couleur indigo multifonction. La bague que nous pouvons voir vient d'Amano, le griot du camp de réfugiés. Elle utilisait un gobelet en émail pour faire sa cuisine et sa toilette, bien plus pratique qu'une bassine en toile quand il y a peu d'eau. Il y a une petite pochette remplie d'échantillon de produits de beauté que Manuela a un jour partagé avec les femmes touarègues.

"Le voyage d'Andrea"

Varrasso M., Le voyage d'Andrea

Manuela est aussi écrivaine. Elle a compilé toutes ses aventures à destination de sa fille dans un livre : Le voyage d’Andrea aux Éditions L’Harmattan, collection Encres de Vie (2017).