Réforme des pensions: pourquoi les syndicats manifestent-ils ce mardi?

Les organisations syndicales redoutent que le secteur des pensions soit mis à contribution pour réduire le déficit de l'Etat.
18 déc. 2017 à 16:59 - mise à jour 18 déc. 2017 à 17:04Temps de lecture3 min
Par Pierre Magos

Plus que toute autre, la réforme des pensions mobilise les syndicats depuis le début de la législature. C'est l'un des dossiers sur lesquels le front commun FGTB, CSC, CGSLB avance en rangs serrés. Et, on devrait dire les réformes, tant la feuille de route du ministre des Pensions représente une succession de changements profonds dans toutes le dispositif. Avec quelques grands principes: l'allongement de la durée effective des carrières, la valorisation des périodes de travail au détriment des périodes d'inactivité, l'harmonisation des régimes salariés, fonctionnaires et indépendants, ou encore la promotion des 2e et 3e piliers.

La première vague

Lancé des le début de la législature, le relèvement de l'âge légal de la pension à 66 ans en 2025 et 67 ans en 2030 a donné le ton, et suscité une levée de boucliers des syndicats. La mesure s'accompagnait d'une réforme des pensions anticipées dont les conditions d'âge et de carrière ont été durcies.

La deuxième vague

Toute une série de mesures ont été adoptées pour modifier la manière dont on calcule les carrières et/ou le montant de la pension. Avec la fin de la prise en compte des années d'études, là où elles étaient automatiquement intégrées. Avec aussi la limitation des périodes assimilées, chômage, prépensions, crédit-temps, congés de maladie... Le dernier texte en date qui a été voté prévoit la suppression de la limitation de l'unité de carrière, qui renforce le lien entre la carrière professionnelle effective et la pension. Plus avantageuse pour ceux qui prolongent leur carrière au delà de 45 années; moins avantageuse pour ceux qui doivent y comptabiliser des années de chômage ou de prépension.

La troisième vague

Au moins trois grands projets doivent encore venir compléter cette vaste réforme. Le premier cale entre interlocuteurs sociaux et le gouvernement. Il touche aux métiers lourds, au travers du calcul de la pénibilité. Celle-ci permettra aux travailleurs d'écourter leur carrière ou de percevoir une pension plus élevée. Autre projet annoncé: la pension partielle pensée comme une modalité de fin de carrière. Ici, le travailleur pourrait pendre sa pension pour partie, tout en continuant à travailler et à se constituer des droits de pension supplémentaires. Enfin, on attend toujours pour la fin de la législature l'avènement de la pension à points. Le Ministre Bacquelaine envisage qu'elle puisse entrer en vigueur en 2025.  Elle consiste à permettre aux travailleurs d’accumuler des "points" tout au long de leur carrière. Le calcul de la pension se ferait en multipliant des points accumulés par un montant qui serait lié au revenu moyen de la population.

Qui gagne et qui perd?

Depuis le lancement de toutes ces réformes, les calculettes des uns et des autres tournent à plein régime. Pour certains, syndicats et partis d'opposition, les pensionnés y perdent, et parfois beaucoup. Plus précisément, les moins favorisés, parce qu'ils ont connu le chômage et la maladie.

Dans la majorité, on qualifie ces critiques de désinformation. Dans un communiqué, le MR, le parti de Daniel Bacquelaine, affirme que "la réforme des pensions poursuit l’objectif d’améliorer le lien entre le travail et le montant de la pension.  Dans ce cadre, il est faux de prétendre que les pensions vont diminuer. En travaillant un peu plus longtemps, chacun se constituera des droits de pensions plus élevés ".

Les syndicats reprochent également à cette succession de réformes de rendre les fins de carrière intenables. Et ils s'inquiètent aussi face aux mesures à venir, les pensions à points, en particulier où, disent-ils, la valeur du point risque d'être une variable d'ajustement budgétaire dont les pensionnés feront les frais. Un système qui, par ailleurs, les privera de visibilité pour estimer le montant de leur pension.

Enfin, plus largement, les organisations syndicales redoutent que le secteur des pensions soit encore mis à contribution pour réduire le déficit de l'Etat.

Manifestation nationale : perturbations à venir

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