Référendum pour l'indépendance de l'Écosse: "Pas prendre le risque d'un deuxième échec"

LÉcosse ne sait pas encore s’il est préférable de rester dans le Royaume-Uni ou de voter l’indépendance pour ensuite demander l’adhésion à l’UE.
06 oct. 2018 à 08:38 - mise à jour 06 oct. 2018 à 08:38Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

L’Écosse ne sait plus trop sur quel pied danser. Cette semaine, la Première ministre Nicola Sturgeon a annoncé la mise entre parenthèses du second référendum sur l’indépendance de la nation britannique, alors même qu’une marche est organisée ce samedi à Édimbourg. Il y a quatre ans, la population écossaise avait rejeté l’idée, mais la perspective du Brexit a changé la donne : 62% des Écossais ont exprimé leur désaccord avec l'Angleterre, et leur volonté de rester dans l'Union Européenne.

Or, en 2014, c’est bien la crainte de sortir de l’UE qui avait poussé l’Écosse à rester dans le Royaume-Uni, rappelle Marianne Dony, professeure et présidente du Centre de droit européen à l’ULB. "Le paradoxe, c’est que maintenant l’Écosse se retrouve dans une situation où c’est le Royaume-Uni qui décide de sortir alors qu’eux voulaient rester", expliquait-elle dans Week-End Première.

Tant que le Royaume-Uni était dans l’UE, on pouvait hésiter entre les deux voies

Le problème actuel de l’Écosse est donc qu’elle ne sait pas encore s’il est préférable de rester dans le Royaume-Uni hors de l’UE ou de suivre la voie de l’indépendance pour ensuite demander l’adhésion à l’UE, note Marianne Dony. "Tant que le Royaume-Uni était membre de l’Union européenne, on pouvait hésiter entre les deux voies", explique-t-elle. Désormais, l’Écosse devra, si elle souhaite réintégrer l’UE, faire une demande d’adhésion, sans la certitude que celle-ci soit approuvée.

Il faut dire que l’intégration de l’Écosse pourrait être refusée par l’Espagne notamment. "L’Espagne pourrait faire barrage en craignant que ça puisse être un précédent pour la situation en Catalogne", rappelle Marianne Dony. C’est tout le dilemme de l’Union européenne, note la professeure : "soit l’UE fait deux poids deux mesures, soit elle donne implicitement un appui à la Catalogne."

On ne sait pas du tout vers où on va en Irlande

Dans tous les cas, note Marianne Dony, si le référendum était organisé aujourd’hui, rien ne dit que le parti de l’indépendance sortirait gagnant. "Dans certains milieux, il y a une opposition, explique la chercheuse. Par exemple les pêcheurs écossais espèrent être libérés des contraintes de la politique commune de la pêche." Tout l’opposé des éleveurs écossais, qui, eux, bénéficient grandement de la PAC (politique agricole commune) de l’Europe…

Mais il y a un autre dossier sur lequel l’Écosse garde un œil avant de prendre une décision : l’Irlande. "On ne sait pas du tout vers où on va en Irlande, explique Marianne Dony. Soit on va vers un échec total, un no deal, soit on va finir par trouver une solution qui permette à l’île d’Irlande de rester unifiée, et donc que l’Irlande du Nord reste dans le marché unique."

La question de la frontière en Irlande est cruciale, parce qu’elle va déterminer si l’Irlande du Nord va garder les avantages du Marché intérieur européen, contrairement à l’Écosse. "Évidemment, si l’Irlande obtient ça, l’Écosse demandera des avantages équivalents", affirme Marianne Dony. Car si la situation dégénère en Irlande, cette dernière pourrait organiser à son tour un référendum de réunification, prévu par les accords de paix du Vendredi Saint de 1998. "Est-ce que l'Irlande va rester dans le giron du Royaume-Uni ou dans le giron de l'Union Européenne ?", c'est toute la question, selon Marianne Dony.

S’il y a une certaine autonomie de l’Écosse, la demande d’indépendance sera moins grande

Autre question importante : celle des compétences qui sont aujourd'hui gérées par l'Union Européenne en Écosse, notamment sur les questions de pêche et de politique agricole, note la chercheuse. "Pour le moment, le gouvernement britannique soutient que ces compétences doivent être transférées au pouvoir central, précisément pour garder l'unité du Royaume-Uni, explique Marianne Dony. Et ça, évidemment, ça va à l'encontre de tout le mouvement de décentralisation et de toutes les avancées que l'Écosse a obtenues.

L'autonomie ou non de l'Écosse post-Brexit devrait donc permettre à Nicola Sturgeon de décider ou non de proposer à nouveau la voie de l'indépendance. "S’il y a une certaine autonomie de la part de l’Écosse, notamment pour gérer ces politiques renationalisées, la demande d’indépendance sera sans doute moins grande que si l’Écosse dépend du pouvoir central britannique, conclut Marianne Dony. Je crois que c'est une des raisons pour lesquelles la Première ministre se dit que, dans cette situation d'incertitude, où les sondages montrent qu'il n'y a pas une majorité d'Écossais qui veulent l'indépendance (...), on ne va pas prendre le risque d'un deuxième échec qui fermerait définitivement la porte."

Articles recommandés pour vous