Que révèlent les crises de la nature de nos sociétés ?

Le triomphe de la mort (circa 1450, Palazzo Abatellis, Palerme)
26 déc. 2020 à 13:00Temps de lecture13 min
Par Fabienne Vande Meerssche

Epidémies, famines, guerres ne se reproduisent pas à l’identique au cours de l’histoire. Mais ces épisodes révèlent les failles et les forces de nos sociétés passées (et présentes). Elles mettent en lumière la volonté et la capacité d’agir politique, l’état des systèmes de santé, le poids de l’intérêt économique …   Le 9 mai 2020, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) recevait dans LES ECLAIREURS Alexis Wilkin, spécialiste de l’histoire et de la gestion des crises, comme enjeu politique et institutionnel au Moyen Age, Directeur de l’Unité de recherche SOCIAMM (Sociétés anciennes, médiévales et modernes) à l’ULB.  

DIRECT: samedi 9 mai 2020 à 13h10’

DIFFUSION: samedi 26 décembre 2020 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 27 décembre 2020 à 23h10’

 

Alexis Wilkin

Alexis Wilkin

Alexis Wilkin est Docteur en Histoire (ULiège, 2006), Professeur d’Histoire du Moyen Age à l’ULB  et Directeur de l’Unité de Recherches Sociamm (Sociétés anciennes, médiévales et modernes)  https://sociamm-ulb.weebly.com/

 

Il a accompli une grande partie de sa carrière au FRS-FNRS, d’abord à l’ULiège comme Aspirant FNRS (2002-2006), puis, Chargé de Recherches FNRS (post -doc 2006-2009).

 

Alexis Wilkin a travaillé en 2008 à l’Université de Harvard, comme Visiting Scholar, auprès du Prof. McCormick, spécialiste de l’histoire des économies anciennes et de l’histoire du climat. Il fut ensuite, à l’Université de Gand en 2009, chercheur postdoctoral de la Fondation Francqui auprès du Pr. Erik Thoen en histoire économique, histoire de l’approvisionnement alimentaire et de l’agriculture. De 2009 à 2014, Alexis Wilkin a travaillé à l’ULB comme Chercheur qualifié FNRS-FRS avant d’intégrer le corps académique classique comme Professeur. Actuellement Professeur d’Histoire Médiévale, il enseigne  l’Histoire économique et sociale des sociétés pré-industrielles ; la paléographie (déchiffrement des anciennes écritures) et dispense le Séminaire d’Histoire médiévale en Master qui permet aux étudiants d’apprendre l’analyse en profondeur du passé à partir de sources. Enfin, Alexis Wilkin anime une équipe de chercheurs (6 contrats financés actuellement) qui travaillent avec lui sur l’histoire économique, sociale et institutionnelle de l’Ancien Régime. Il dirige le département de recherche Sociamm (Sociétés anciennes, médiévales et modernes) qui comprend 80 membres.

 

Le travail scientifique d’Alexis Wilkin porte principalement sur l’accès à la nourriture - comme enjeu politique et institutionnel - au Moyen Age et sur l’histoire des crises (de subsistance)- et plus généralement la gestion des crises.

 

The Harvest, Gravue de paysans travaillant au champ au Moyen-Age

L’accès à la subsistance est un enjeu fondamental pour toute société ; au Moyen Age, la base de l’alimentation est avant tout les céréales, consommées de différentes manières (pain, bouillies). Ces céréales sont principalement produites localement, dans une société qui reste majoritairement agricole (jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, 80 à 90 % de la population vit dans les campagnes). Or, en l’absence de l’apport des fertilisants chimiques qui ont bouleversé (pas que de manière positive) l’agriculture dès le 19e s., et de la révolution des transports (chemin de fer, bateau, avions) qui a permis de faire circuler des produits à longue distance, l’alimentation repose sur une agriculture locale et fragile. En effet, il suffit qu’une population grandisse trop, ou que des accidents climatiques surviennent (refroidissements, sécheresse, pluies, gel) pour que l’équilibre fragile entre nature et population soit rompu, entrainant disettes, ou famines.

 

Alexis Wilkin étudie donc plusieurs aspects de cet équilibre difficile.

Cathédrale Saint-Lambert de Liège

Dans sa thèse de doctorat, il s’est intéressé à la cathédrale Saint-Lambert de Liège, une des plus grandes et riches institutions de nos régions, détruite à la fin du XVIIIe s. Il a étudié la façon dont cette cathédrale s’est enrichie, au fil des siècles, par la possession de terres et par l’exploitation des paysans soumis à son autorité par des travaux obligatoires, des corvées mais aussi le payement de taxes et des redevances nombreuses. Alexis Wilkin a pu montrer comment les chanoines de cette Eglise revendaient une bonne part de cette production agricole sur les marchés locaux, à Liège, ou dans les petites villes de la principauté de Liège (qui couvrait une bonne partie de l’Est de la Belgique actuelle). Ils étaient donc - comme beaucoup d’autres collégiales et abbayes - très présents sur le marché des subsistances et pouvaient même parfois jouer, voire spéculer, avec leur production, dont dépendaient beaucoup de personnes pour leur subsistance, notamment dans les villes.

Miniature dans la Bible d'Ottheinrich « Les quatre cavaliers apocalyptiques », sur la feuille 288r:  Ap 6: 1-8

Actuellement, Alexis Wilkin concentre ses recherches sur la question des crises, au sens large- pas seulement alimentaires.

Il s’agit donc d’abord d’identifier les crises. Avec une équipe de chercheurs, et de partenaires étrangers (notamment l’Université de Sao Paulo au Brésil et l’Université de Lleida, en Catalogne), il travaille à la cartographie des mentions de famine, pour établir un répertoire sur Système d’Information Géographique (SIG) de leurs attestations au Moyen Age.

 

Ensuite, il étudie les déséquilibres entre ressources disponibles et demande, et les choix pris par les autorités politiques du Moyen-Age quant à l’accès à la nourriture. Il parle à ce propos de " politique de la faim et de l’abondance " (qui sera le titre de son prochain livre en cours d’écriture). Les autorités politiques et religieuses, souvent de riches propriétaires, sont confrontées à un dilemme : d’une part,  garantir la subsistance de leur population car en cas de mauvaises récoltes et de famines, leur position politique peut être mise en cause ; d’autre part, céder à la tentation forte de profiter à titre personnel, familial ou institutionnel de la crise pour s’enrichir. Deux positionnements politiques extrêmes entre lesquels s’est déployé un éventail subtil d’attitudes possibles.  

Drought and famine

Cette réflexion sur l’action politique en temps de crise, en particulier de subsistance, amène Alexis à d’autres axes de recherche, et d’abord à la question du déterminisme naturel (l’influence du climat ou de l’environnement sur la société).  

Récemment, l’histoire et l’archéologie ont connu une vraie révolution : grâce à l’intégration de la chimie et de la physique, ont été découverts des  sets de données exceptionnels, qui permettent de reconstruire l’histoire du climat, des épidémies, de développer des travaux novateurs sur l’histoire de la pollution et du changement climatique. Ces données documentent des pans entiers du passé sur lesquels les documents écrits se taisaient.

Mais, ces nouvelles techniques ont aussi favorisé la diffusion de récits parfois simplistes, qui ressuscitent le déterminisme naturel en expliquant tel ou tel bouleversement historique par le changement climatique, ou une  catastrophe naturelle (par exemple la chute de l’Empire romain). Ces explications très lisibles se " vendent " bien auprès du grand public, mais elles oublient la complexité et elles évincent une composante essentielle des sociétés humaines : leur organisation politique et sociale.

Un autre axe de réflexion porte sur la capacité d’agir contre ces crises par les acteurs de l’Ancien Régime (les princes, de rang royal ou impérial, les pouvoirs plus régionaux voire locaux).

Il faut cependant distinguer volonté et capacité. On peut vouloir agir politiquement sur certains défis comme la faim, ou la gestion d’une épidémie, mais être confronté à de nombreux obstacles , notamment la fragmentation des pouvoirs. Les échevins ou jurés médiévaux, qui administrent de petites ou grandes villes, parfois indépendantes, auront une capacité d’action limitée lorsque surviendra une famine ou une grande crise épidémique : la ville a une autorité modeste, qui n’ira pas toujours plus loin que ses murailles ; ailleurs d’autres princes gouverneront, avec leurs propres agendas. Or les grands défis sanitaires ou de subsistance du Moyen Age appellent des réactions qui, idéalement, doivent se porter à l’échelle de territoires plus vastes, par exemple pour coordonner des approvisionnements frumentaires venus de campagnes plus lointaines.  Ceci pose donc la question fondamentale des échelles d’action, très visible maintenant dans la crise du Coronavirus .

The poor old man's hands hold an empty bowl of beg you for help. The concept of hunger or poverty. Selective focus. Poverty in retirement. Alms

Un troisième axe de recherche relie la capacité d’agir aux questions morales. Alexis Wilkin se penche sur une question épineuse : dans quelle mesure les acteurs qui tenaient les leviers politiques avaient-ils la volonté d’éviter la mortalité générale ? Voulait-on vraiment empêcher que les gens ne crèvent de faim ? Qui est-on prêt à laisser mourir, sans état d’âme ?

Son nouveau projet de recherche, financé par le FNRS, qui débutera en juillet 2020, portera sur cette question : " la vie des pauvres est-elle réellement importante, pour les détenteurs du pouvoir politique, économique, religieux, au Moyen Age, dans nos régions ? ". Sur base de nombreux indices repérés dans les documents, l’hypothèse de Alexis Wilkin est que non, ou pas toujours en tout cas : les mesures politiques et économiques adoptées par les villes, ne visent pas toujours à garantir l’accès à la nourriture de toutes et tous, mais protègent certaines catégories de population, pas toujours les plus fragiles.

Les Quatre cavaliers de l'Apocalypse. Tableau de Jacopo Palma il Giovane 1581-1582, Venezia

Les crises sont, à cet égard, des révélateurs des priorités que se donnent les sociétés : que privilégie-t-on : l’économie ? La vie de tous ? La vie de certains ? C’est une réflexion que Alexis Wilkin étend au territoire plus large de la fiscalité, en initiant les travaux de jeunes chercheurs sur les choix des villes et princes médiévaux en matière de taxation ; qui taxe-t-on ? qui est exempté ? les décisions en la matière révèlent les rapports de force entre des catégories d’individus qui protègent leurs avantages ou privilèges ; ces choix reflètent des priorités morales et sociales.

 

Enfin, l’un des derniers axes d’analyse développé actuellement par Alexis Wilkin est le niveau de compréhension qu’ont les sociétés anciennes des mécanismes des crises auxquelles elles sont exposées et les enseignements qu’elles en tirent. Les princes et les villes du Moyen Age se sont posé des questions qui restent très actuelles :  vaut-il mieux privilégier une production locale, et fonctionner de manière protectionniste, en fermant les frontières ? Le commerce ne peut-il pas plutôt, par l’intégration des marchés, faciliter la circulation de commodités essentielles (comme les céréales), à bas prix, en toute circonstances ? Vouloir l’abondance, n’est-ce pas privilégier le commerce ? Le problème, hier comme aujourd’hui, est qu’en cas de crise générale de production d’une denrée de première nécessité – hier, les grains, aujourd’hui, les masques- , si la demande est très large, il n’y a pas de garantie d’accéder à ces marchandises de première nécessité dont tout le monde veut disposer en même temps.

 Illustration du 19ème Siècle des paysans en Angleterre au 14e siècle.

Alexis Wilkin se penche aussi sur la mémoire institutionnelle des crises, à l’échelle des autorités locales ou centrales ? En tire-t-on des leçons pour l’avenir ? Approfondissent-elles la compréhension des mécanismes qui font survenir les crises ? Si les leçons tirées de manière " structurelle " des crises sont rares, les acteurs du Moyen Age y réfléchissent et réagissent.  Alexis Wilkin a co-organisé avec des collègues de l’ULB, l’Université d’Oxford et la Fondation Wiener-Anspach, un workshop sur la gestion du risque chez les paysans. Ceux-ci tentent de ne pas être les victimes passives du climat et minimisent les risques naturels liés aux intempéries ou catastrophes, en gérant l’emplacement de leurs cultures, en choisissant des céréales aux rythmes biologiques différents, en multipliant les activités complémentaires.

Quelques références :

Sur la notion de crise (pas seulement alimentaire), lire ici les conclusions d’un colloque co-organisé avec le Pr. Marcelo Candido de l’Université de Sao Paulo :https://journals.openedition.org/mefrm/4751

 

Alexis Wilkin, " Le concept de crise est-il utile pour l’histoire médiévale ? Remarques conclusives ", Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge [En ligne], 131-1 | 2019, mis en ligne le 26 septembre 2019

 

Sur l’approvisionnement urbain https://dipot.ulb.ac.be/dspace/handle/2013/249253

 

Sur la rationalité des paysans du Moyen Age, une publication aux Editions de la Sorbonne: https://books.openedition.org/psorbonne/27926?lang=fr

 

Sur le patrimoine des institutions médiévales: https://www.academieroyale.be/fr/publications-academie-memoires-detail/oeuvres-2/la-gestion-des-avoirs-de-la-cathedrale-saint-lambert-de-liege-des-origines-a-1300/

 

Retrouvez les publications d’Alexis Wilkin sur le portail de l’ULB et sur Academia.

Voici une réflexion rédigée par Alexis Wilkin sous le titre « "Les crises historiques révèlent-elles la nature des sociétés ?"

Carte blanche de la Libre Belgique (10-04-2020)

Les populations des pays industrialisés ont oublié ce que signifiaient les carences et les épidémies ; la crise du Covid 19 a remis au jour des fragilités lointaines. Il est dès lors pertinent de se demander ce que les crises d’Ancien Régime peuvent nous révéler, car elles sont un réservoir d’expériences utiles pour penser le présent, et cela même si l’histoire ne se reproduit jamais à l’identique. Les sociétés du passé étaient exposées à trois cavaliers de l’Apocalypse, la famine, les épidémies et la guerre. A cet égard on peut observer :

- Que les crises ne sont quasiment jamais la cause unique de la disparition d’une civilisation, même si elles ont pu y contribuer (Incas, voire les Mongols). Il existe pourtant des récits d’historiens ou géographes, souvent anglo-saxons (J. Diamond ; W. Scheidel ou K. Harper) qui réintroduisent le "déterminisme" en Histoire. Ils visent l’influence des aléas de la Nature (climat, épidémies) qui provoquent l’écroulement (de l’Ile de Pâques, de l’Empire romain d’Occident, etc.). Ces narrations simplistes ne prennent pas en compte la diversité des sociétés anciennes, leurs organisations socio-économiques variées et leurs réponses à ces défis.

- Il est plus avisé d’affirmer que les crises agissent comme un révélateur des caractéristiques fondamentales d’une société. Avec celle du Covid, on constate que l’épidémie est une mise à l’épreuve des systèmes politiques. Sans même parler de ses lourds effets sur les sociétés en développement, des différences nettes apparaissent au sein de l’Europe industrialisée. Certains systèmes de santé résistent mieux ; certaines réponses sont plus appropriées ici que là ; et le niveau de dépendance vis-à-vis des secteurs industriels délocalisés est variable, car plusieurs grands pays ont la capacité de recourir à leurs propres forces. En somme, la crise met en lumière des faiblesses déjà présentes qui n’attendaient qu’un déclencheur pour se révéler. Il en est de même pour le comportement des détenteurs du pouvoir politique, ce que l’histoire illustre volontiers. Les choix des sociétés du passé étaient parfois autant dictés par l’intérêt économique que par le bien commun. Citons l’exemple des autorités marseillaises qui, en 1720, avaient laissé un navire décharger ses marchandises dans un contexte de foire textile. Négligence vis-à-vis des règles de quarantaine ? Les chercheurs soupçonnent un intéressement coupable qui a entraîné une épouvantable peste. Les crises révèlent donc les choix moraux et matériels et les priorités que se donnent les autorités – ce qu’a mis en relief l’attitude des pays européens qui ont privilégié l’immunité collective pour des raisons économiques.

- C’est flagrant : pendant les crises, les inégalités apparaissent sous un jour criant. Les danses macabres du Bas Moyen Age rappelaient que toutes et tous, papes, empereurs et paysans, étaient égaux devant la mort. Bien sûr, les virus ou bacilles tuent indistinctement ; néanmoins, pendant tout l’Ancien Régime, les populations fragilisées par les famines, donc mal nourries, présentaient un risque de mortalité accrue en cas d’épidémie. Et la promiscuité exposait davantage à la mort. Un chroniqueur de Tournai, Gilles le Muisit, observateur privilégié de la Grand peste, notait que l’épidémie s’était déclarée dans un quartier pauvre éloquemment baptisé Merdenchon. Le Décaméron de Boccace raconte la survenance de l’épidémie à Florence. Il est le récit du confinement d’oisifs qui fuient la ville et se divertissent dans une grande propriété, loin des pauvres claquemurés, à l’instar de ce qui se produit actuellement en France.

- La crise est un révélateur des fondements intellectuels et moraux sur lesquels repose une société : force est de constater qu’ils sont avant tout scientifiques en Europe, où les épidémiologistes ont remplacé les prêtres dans la confiance collective. Certes, le pape François a accompli un pèlerinage pédestre dans Rome, à l’instar de Grégoire le Grand pendant la peste justinienne (VIe s.) ; Macron a invité les représentants des grandes confessions à l’Elysée. Mais l’Europe sécularisée n’attend plus de ces dernières une réponse à ce qui était auparavant interprété comme une manifestation de colère divine. Il en va autrement au Brésil où Bolsonaro impose une journée nationale de jeûne, agissant ainsi, sans le savoir, comme Charlemagne. Notons que ces manifestations de ferveur retombaient vite, même dans l’Ancien Régime : Gilles le Muisit constatait que les témoignages de piété, aigus à Tournai pendant la peste, étaient réduits à peau de chagrin une fois celle-ci éteinte : les marchands de dés – jeu proscrit pour son immoralité pendant la crise –, allaient pouvoir relancer sa fabrication et délaisser celle des chapelets.

- Alors que l’on commence à s’interroger sur la "sortie de crise" et les leçons à en tirer, les conséquences des tragédies du passé restent un objet de débat historique. On avance des chiffres élevés de mortalité. On a défendu que la crise du XIVe s. ait pu avoir un effet positif sur la santé économique des salariés qui ont monnayé leur force de travail, en raison du manque de bras. On verra ce qu’il en sera des travailleurs manuels de terrain, si indispensables actuellement. Il est moins aisé de tirer des conclusions des inflexions des attitudes morales : dans une séquence temporelle, l’antériorité de la crise par rapport à des phénomènes ultérieurs ne signifie pas que la première soit la cause des seconds. Il est toutefois permis d’affirmer que les tragédies de la fin du Moyen Age ont joué un rôle dans la montée en puissance de l’antisémitisme. Enfin, la capacité des sociétés anciennes à tirer des leçons de leurs disfonctionnements est tout sauf avérée. Les crises sanitaires ne permettaient pas, faute de connaissances médicales, de grands progrès. Mais les famines récurrentes ont rarement provoqué des changements d’attitude politique. L’enchevêtrement des niveaux de pouvoirs, le fatalisme ou la volonté de ne pas remettre en cause l’ordre établi, même failli, ont souvent été observés. Dès lors, la répétition d’épisodes très similaires, et parfois dans les mêmes lieux, était presque inévitable.

S’il n’y avait qu’un seul objet de méditation valable pour le présent, ce serait celui-là.

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