Quand Etienne Davignon se frotte aux jeunes de Libre Echange

Etienne Davignon se frotte aux jeunes de Libre Echange
17 juin 2015 à 10:40 - mise à jour 18 juin 2015 à 13:01Temps de lecture3 min
Par Jonathan Bradfer

A 82 ans, le Vicomte Davignon reste très actif dans les coulisses de la maison Belgique. Ancien diplomate et commissaire européen, il reste aujourd’hui très actif dans le monde des affaires. Après une vie professionnelle aussi intense, il ne cache plus son envie de s’arrêter, mais il n’est pas encore prêt pour une retraite dorée: "Je n’ai jamais considéré que mon activité professionnelle était ma vie. Dans ma vie, j’ai gardé le recul, je peux quitter les choses aujourd’hui, mais c’est plus compliqué que les choses vous quittent. Bien sûr, j’ai réduit mes activités mais pas encore au point que je n’en ai plus"

Face aux jeunes intervieweurs de l’émission Libre échange, il est revenu sans tabou sur les grands moments de sa carrière : depuis la construction européenne qu’il a vécu jusqu’au très secret Groupe Bilderberg qui vient de se réunir dans le Tyrol autrichien.

En avant-première, voici quelques phrases-clés de ses révélations:

Son plus grand échec : "Il faut avoir l’humilité de dire qu’on a raté des choses. Il faut avoir l’humilité de se rendre compte qu’on y est pas arrivé et d’en retenir la leçon. J’ai sans doute raté la dernière phase de la grande secousse bancaire. A tort, on m’a demandé de revenir (NDLR : à la présidence de Fortis, en pleine crise de 2008) et j’ai accepté alors que je n’étais pas l’homme de la situation"

L'Europe et la paralysie

Sur l’Europe, en construction permanente: "Il y a une série d’Etat très satisfaits de la paralysie. C’est toute l’ambiguïté de la situation en Grande-Bretagne, en Hongrie. On sait ce qu’il faut faire pour être plus efficace mais il y a un certains nombres de gens qui ne veulent pas qu’on le soit !"

Sur la négociation avec la Grèce : "Quelle est la valeur qu’on attache aux engagements pris ? Si dès qu’on est dans la difficulté, on n’honore plus l’engagement pris (et je suis d’accord qu’on peut l’aménager), tout le monde va se dire " on fait ce qu’on veut ". La vie en communauté suppose un minimum de règles, ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas les ajuster, mais on ne peut pas les oublier ! Tout le monde sait qu’in fine il faudra annuler une partie de la dette grecque, tout le monde sait qu’on va y arriver. Mais si vous êtes Espagnols et que vous avez suivi des politiques compliquées, vous avez le sentiment d’avoir fait tout ça pour rien"

Sur l’énergie, le domaine qu’il connait sans doute le mieux : "Le conseil européen a décidé en octobre 2013 qu’on allait faire une union de l’énergie et les premiers documents sont sortis. L’union vise à créer un vrai marché intérieur, des incitants à l’innovation et à retrouver un système de solidarité par rapport aux importations. C’est ce qu’il faut construire mais on part avec un retard à l’allumage. La bonne chose dans l’horrible chose qu’est le conflit en Ukraine, c’est qu’aujourd’hui chaque gouvernement est sensible à la question de la sécurité d’approvisionnement."

Le nucléaire n'est pas la solution "à terme"

Sur le débat belge du nucléaire : "On arrive à une situation surréaliste. Imaginer qu’un pays développé comme la Belgique puisse connaitre un black-out pendant l’hiver, c’est quand-même le signe d’un échec total de la politique énergétique qu’elle soit nationale ou européenne. Le nucléaire, on ne peut pas s’en passer pour le moment en Belgique, mais croire qu’elle est la solution à terme, elle ne l’est pas non plus"

Le pouvoir du monde des affaires et le lobbying : "Est-ce que le rôle des opérateurs économiques est un rôle important pour le bon fonctionnement d’un pays ? C’est du bon sens. Est-ce que ça veut dire qu’ils ont la légitimité de décider quelle est la législation ? La réponse est non. Il ne faut pas créer de confusion là-dessus. Tout n’est pas stupide dans ce que les lobbies vous suggèrent mais il ne faut pas confondre ce qu’on suggère et ce qu’on vous oblige de faire. Si vous ne conservez pas une autonomie sur la responsabilité qu’on vous a confiée, toutes les ambiguïtés naissent. Il faut bien reconnaitre que parfois les hommes politiques masquent leur absence de prise de décision en disant que ce n’est pas eux qui ont le pouvoir"

Sur les craintes entourant la négociation du TTIP (traité transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis) : "La place de l’Europe dans le monde rétrécit statistiquement. Ce n’est pas qu’on est plus moche, mais c’est qu’il y a plus d’acteurs. Les autres prennent de la place et notre part devient plus petite. Les Etats-Unis négocient avec tous les pays asiatiques à l’exception de la Chine et de l’Inde. Il pourrait se créer une alliance entre les Etats-Unis et ces pays-là, une alliance dont nous ne sommes pas. Dans cette négociation du TTIP, l’équilibre du pouvoir existe, alors ayons un peu confiance en nous. On ne parle plus de ce que le traité va apporter, mais on se focalise sur une série de défauts".

A voir ce soir dans "Libre échange", sur notre site ou sur la Trois, dès 21h15

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