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Quand Beyoncé plagiait la chorégraphie de la troupe de danse bruxelloise Rosas

A gauche Beyonce. A droite le film "Rosas danst Rosas", sur une chorégraphie d’Anne Teresa De Keersmaeker.

Beyoncé, frange masquant le front, qui passe ses mains dans ses cheveux longs et noirs avant de tirer sur sa chemisette et dénuder ses épaules. En arrière-plan, à droite, trois danseuses désarticulées plongées dans des mouvements incertains mais totalement maîtrisés. A l’avant-plan, un châssis de fenêtre.

Avec ce décor, entre un hangar abandonné et un couloir d’école sans élèves, une scène similaire surgit dans la tête des initiés de la danse contemporaine : celle du film "Rosas danst Rosas" datant de 1983 basé sur le travail de la chorégraphe belge installée en Région bruxelloise, Anne Teresa De Keersmaeker.

Nous sommes en octobre 2011 et lorsque le clip de la chanteuse r’n’b américaine pour la chanson "Countdown" est diffusé, le copier-coller semble flagrant. Il fera le tour de la presse musicale mondiale. Retour sur cette affaire alors que Beyoncé sort ce vendredi son septième album "Renaissance".

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Extrait du JT de la Une du 12 octobre 2011

Beyoncé plagie la chorégraphe bruxelloise de Rosas

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Oui : Beyoncé a plagié sans autorisation le travail d’une artiste noir-jaune-rouge. C’est Anne Teresa De Keersmaeker, fondatrice de la compagnie de danse Rosas, sommité de la danse contemporaine mais moins connue du grand public, qui lors une interview à la radio néerlandophone Studio Brussel lance les hostilités. Début octobre 2011, elle déclare : "Je ne suis pas folle. C’est du plagiat. C’est du vol", précisant que Beyonce a également pioché des idées dans son spectacle "Achterland" (1990).

Ils ne s’en cachent même pas

"C’est dur à encaisser", ajoute la chorégraphe formée à Bruxelles. "Ce qui est encore plus dur, c’est qu’ils ne s’en cachent même pas." Ils ? Beyoncé et le réalisateur du clip "Countdown" Adria Petty, qui a déjà travaillé avec l’ancienne leadeuse des Destiny’s Child. Studio Brussel met en ligne une vidéo comparant les deux créations : il n’y a pas photo !

De Keersmaeker enchaîne dans une lettre ouverte : "Ce qu’a fait Beyoncé n’est pas la plus mauvaise des imitations. Elle chante et danse très bien, et elle a bon goût ! Néanmoins, il y a des protocoles et des conséquences à de telles actions, et je ne peux pas imaginer qu’elle et son équipe n’en soient pas conscients. […] Dans les années 1980, cela (NDLR : le spectacle 'Rosas danse Rosas') était considéré comme une déclaration de pouvoir des filles, basée sur l’adoption d’une position féminine sur l’expression sexuelle. On m’a souvent demandé si c’était féministe. Maintenant que je vois Beyoncé le danser, je le trouve agréable mais je n’y vois aucun avantage. C’est séduisant d’une manière consumériste divertissante."

Deux directions opposées mais un point commun tout de même. Beyoncé est enceinte (de sa fille Blue Ivy) lorsqu’elle tourne et danse sur "Countdown" comme l’était De Keersmaeker pour Rosas en 1983.

La bombe est en tout cas lâchée. La chanteuse américaine est sommée de réagir : l’affaire fait déjà la une des médias belges et anglo-saxons. Un communiqué de presse sort. Beyoncé admet que "clairement, le ballet 'Rosas danse Rosas' était une des nombreuses références de mon clip 'Countdown'".

Néanmoins, ajoute-t-elle, "j’ai aussi rendu hommage au film 'Funny Face' avec la légendaire Audrey Hepburn. Mes principales inspirations ont été les années 60 et 70, Brigitte Bardot, Andy Warhol, Twiggy et Diana Ross".

J’espère que les fans vont voir tous les hommages

Cela excuse-t-il le plagiat d’une œuvre sans avoir demandé une autorisation au préalable ? Pour Beyoncé, peut-être bien. "Le clip a déjà été vu par près de deux millions de personnes et j’espère que les fans vont voir tous les hommages et découvrir ensuite Audrey Hepburn, Warhol, Bardot, 'Rosas danse Rosas' et tout ce qui m’a inspiré." Comprenez : j’ai offert une exposition internationale et une publicité gratuite à De Keersmaeker, de quoi se plaint-elle ? "J’ai toujours été fascinée par la manière dont l’art contemporain utilise différents éléments et références pour concevoir quelque chose d’unique", dit encore Beyonce.

Adria Petty, le réalisateur, poursuit : "J’ai suggéré à Beyoncé une série de références et nous avons choisi parmi celles-ci. La plupart étaient des mouvements de danse allemands, croyez-moi ou non."

Pour Anne Teresa de Keermaeker, rien dans ce communiqué ne la satisfait. Hors de question de rester les bras croisés. Il faut une réaction de nature juridique après la réaction médiatique. "Par l’intermédiaire de notre avocat, un contact a été pris avec le management de Beyoncé. La chanteuse a déjà répondu à la presse, mais pas encore à nous. Nous attendons sa réponse pour porter plainte ou non pour plagiat", déclare Johanne de Bie, porte-parole de Rosas.

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L’affaire va-t-elle se régler devant les tribunaux ? Fera-t-elle l’objet d’un accord financier ? Si les parties ne se feront jamais face devant la justice, aucune information n’a circulé depuis 2011 sur un éventuel arrangement à l’amiable. Pour s’épargner l’exposition néfaste d’un procès, les artistes accusés de plagiat musical ou dans un clip préfèrent verser une part de leurs royalties aux artistes lésés. Les derniers y trouvent leurs comptes bien remplis. Une mise en demeure et une "hchouma" aux yeux de l’opinion publique suffisent.

S’inspirer, rendre hommage ou plagier ?

En tout cas, Beyoncé aime s’inspirer et rendre hommage. Quand elle ne crée pas, elle aime recréer, en apportant sa touche personnelle et son aura incandescente. Michael Jackson, l’un des plus grands artistes de tous les temps, ne faisait parfois pas mieux comme lorsqu’il imitait Fred Astaire dans son clip "Smooth criminal".

Beyoncé a elle aussi fait un clin d’œil à Michael Jackson (et aux mouvements des Blacks Panthers) lors de la mi-temps du Superbowl 2016 en portant le même costume revêtu en 1993, toujours lors du Superbowl, par le roi de la Pop.

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Le clip "Single ladies", tube aux 800 millions de vues de Beyoncé connu pour sa chorégraphie iconique a lui aussi été accusé de plagiat. Mais pour la chanteuse multi récompensée au Grammy awards, ce n’est pas un larcin artistique mais un hommage à Gwen Verdon qui en 1969 lors du Ed Sullivan Show interprétait en direct avec deux danseuses "Mexican Breakfast" sur une chorégraphie de Bob Fosse.

Mêmes pas, mêmes intensité, mêmes pauses… Seuls les vêtements diffèrent entre l’originale plus colorée et plus prude pour l’époque et la très réussie copie électrique en noir et blanc. Ici aussi, Beyoncé a admis avoir puisé dans ces archives quasi méconnues. Dont acte.

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La coupe est pleine ? Pas encore. En 2019, Beyonce sort le clip "Spirit" pour la bande originale du film "Le roi lion". Une nouvelle fois, beaucoup y repèrent des similitudes avec le clip "La maison noir" de l’artiste sud-africain né à Bruxelles Petite noir, sorti quelques mois plus tôt. Les ambiances désertiques sont identiques ou presque, les tons, les regards, les figements en solo ou en groupe… Troublant. Nouvelle polémique en tout cas.

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La rappeuse américaine Khia a connu un succès en 2002 avec "My kneck, my back (lick it)". Le clip la montre au bord d’une piscine, en train de se la dorer au soleil, près d’un barbecue ou en soirée. Lorsque dix ans plus tard, Beyoncé diffuse son clip pour la chanson "Party", Khia est courroucée. Elle y voit des ressemblances avec son propre clip. C’est peut-être moins évident que pour "Rosas" mais le débat n’est pas inutile.

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Un dernier pour la route ? La bande annonce de l’album "Lemonade" de Beyoncé, sorti en 2016, a elle aussi été pointée du doigt. En juin de la même année, Matthew Fulks, réalisateur indépendant et auteur d’un court-métrage intitulé "Palinoia", attaque Beyoncé et sa maison de disques en justice.

Selon lui, neuf éléments visuels de son travail se retrouvent dans "Lemonade". Plans de garage avec des poteaux jaunes, plans de tags sur un mur, plans dans une chambre noire, de pelouse… Une fois encore, le public est troublé. Fulks ajoute qu’il a envoyé son travail à la chanteuse l’année précédente. Malheureusement pour Fulks, la justice déboutera son action.

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