Belgique

Prépensions: disponibilité adaptée ? "Une usine à gaz" pour Didier Gosuin

Prépensions: disponibilité adaptée ? "Une usine à gaz" pour D. Gosuin
08 mars 2015 à 12:20 - mise à jour 08 mars 2015 à 12:31Temps de lecture4 min
Par Adrien de Callataÿ

On ne change pas les règles en cours : une personne qui est déjà prépensionnée avant 2015 ne sera pas obligée de chercher de l'emploi. "Nous avons souhaité qu'il n'y ait pas de rétroactivité dans les mesures", précise Willy Borsus, ministre des Classes moyennes et des Indépendants (MR). "Les accords ont été donnés, il convient de respecter les situations telles qu'elles ont été fixées antérieurement".

Les dispositions qui sont modifiées concernent donc les nouvelles prépensions et seront modulées des carrières des futurs prépensionnés: "On traitera donc différemment et plus favorablement les personnes qui ont exercé un métier lourd, on travaillé dans un contexte d'horaire de nuit ou bien ont derrière eux une très longue carrière", affirme le libéral sur le plateau de Mise au point.

Disponibilité adaptée : des critères qui restent à définir

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Le concept de "disponibilité adaptée" a été imaginé par le gouvernement. "Adapté", c'est donc ni de la recherche d'emploi passive, ni active. "Entre actif et passif, il y a une grande différence", fait remarquer Egbert Lachaert, député fédéral Open VLD. Le gouvernement a donc décidé de trouver une forme davantage adaptée aux plus de 55 ans : un accompagnement plus personnel, selon les compétences. "Les critères sont encore à définir avec les régions", précise-t-il d'emblée.

Didier Gosuin, ministre régional de l'Emploi, se montre inquiet: "Quand va-t-on organiser cette concertation avec les régions ? Qui va payer ? Qu'est-ce que c'est qu'un accompagnement personnalisé ? Jusqu'où on va ? Et puis est-ce qu'on va traiter toutes les personnes âgées de la même manière ?" Il se montre catégorique: "Tout ça, c'est du wording, ce sont des mots. Le gouvernement est un peu tiraillé, ils ont faire marche arrière en suivant les partenaires sociaux et puis inventent un concept dont on ne sait rien aujourd'hui".

Pour Frédéric Daerden (PS), cette notion d'accompagnement adapté crée un flou important. "Et ça traduit une indécision du gouvernement et un rejet vers les régions qui m'inquiète", constate le député fédéral.

Les coups de canifs à la concertation sociale

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"L'important, c'est que le gouvernement ait corrigé sur base de l'avis des partenaires sociaux cette mesure inique par rapport aux personnes qui étaient déjà prépensionnées. Il y avait une rupture de confiance à leur égard, ça a été corrigé. Ce gouvernement agit et puis réfléchit ensuite", juge pour sa part Georges Gilkinet. Par contre, "il y avait une volonté du gouvernement de ne pas appliquer tel quel l'accord des partenaires sociaux. C'est un risque de rupture par rapport à notre tradition du dialogue social". "Je pense que les membres du gouvernement eux-mêmes ne savent pas où ils veulent aller, si ce n'est qu'ils ne voulaient pas appliquer comme tel l'accord des partenaires sociaux", poursuit-il.

Du côté du cdH, on abonde dans le même sens : "On regrette les coups de canif qui sont mis dans la concertation sociale mais aussi à la concertation avec les régions", explique François Desquenes, chef de groupe cdH au Sénat. "Ici, on a l'impression que le fédéral décide et va mettre ça à charge des régions".

Le gouvernement-t-il trahi l'accord ?

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"J'entends que tout le panel politique hors gouvernement considère la concertation sociale simplement comme le fait d'acter et d'endosser de A à Z ce qui a été décidé par les partenaires sociaux. Nous avons souhaité une démarche plus équilibrée tenant compte des besoins de notre société", réagit Willy Borsus.

Le gouvernement a-t-il trahi l'accord ? Pour Philippe Godfroid (UCM): "Il est évident qu'on regrette toujours qu'un accord pris ne soit pas respecté intégralement par ceux qui ont la décision finale". Mais "les deux tiers ont été approuvés sans la moindre modification. Il y a eu quelques modifications dans le troisième volet qui ne sont pas dramatiques. Sur le fond, je peux comprendre qu'il est nécessaire de travailler plus, plus longtemps pour pouvoir faire face au problème des pensions".

Pour François Desquenes, le gouvernement joue avec le feu. "On a des accords qui tiennent à un fil. C'est normal que si le gouvernement retire telle ou telle brique, que le mur s'écroule. Le fil du dialogue social, c'est ce qui fonde notre État. Il ne tient pas à grand chose". "J'encourage le gouvernement à être attentif à ce qu'il continue à dialoguer. Au bout du compte, ça ne peut pas être un jeu où le gouvernement choisit son camp. Employeurs, travailleurs, le gouvernement doit être aux côtés des deux".

"Je n'ai pas de problème à ce que le gouvernement sorte d'une concertation sociale. C'est le gouvernement qui décide", juge pour sa part Didier Gosuin. "Aujourd'hui, on est avec une nouvelle usine à gaz et le concept est nébuleusement adapté pour créer le brouillard sur les intentions réelles du gouvernement". "Bonjour l'usine à gaz, bonjour les recours... Le gouvernement va devoir faire marche-arrière une fois de plus", estime-t-il.

Des sanctions à ceux qui n'ont rien demandé ?

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"Parmi les prépensionnés, il y a de nombreux anciens travailleurs qui disposent d'une expertise considérable qu'ils peuvent mettre au service d'entreprises. C'est déjà le cas dans le cas de la disponibilité passive ! Mais quand on les force à s'inscrire dans une agence d'intérim, quand on les force à consulter les offres d'emploi et peut-être les forcer à accepter un emploi qui ne correspond pas à leurs souhaits et éventuellement être sanctionné...", s'inquiète Frédéric Daerden.

RTBF

Baudouin Rémy avait invité :

  • Willy Borsus MR ministre des classes moyennes et des indépendants
  • Egbert Lachaert Open VLD Député fédéral
  • Philippe Godfroid UCM
  • Frédéric Daerden – PS Député fédéral
  • Georges Gilkinet - Ecolo Député fédéral
  • François Desquenes - Chef de groupe cdH au Sénat
  • Les syndicats ont tous décliné l'invitation

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