Patrimoine

Pourquoi les chats étaient vénérés en Egypte ancienne ?

Une statue en bronze de chat assis trouvée près du complexe pyramidal du roi Userkaf dans la nécropole de Saqqarah

On le sait, en Egypte antique, de nombreux animaux étaient vénérés comme des divinités vivantes. Mais s’il en est un qui est emblématique de cette adoration, c’est bien le chat. Pourquoi les Egyptiens vouaient-ils un vrai culte à leurs petits minets et gros matous ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre.

On pense que le chat est domestiqué en Egypte depuis plus de 6000 ans. La région pourrait d’ailleurs être l’un des foyers de domestication de l’animal, au même titre que le Moyen-Orient. Apprécié pour ses qualités de chasseurs, il se débarrassait des nuisibles menaçant les récoltes et les silos à grains : oiseaux, rats, souris et mulots. Eviter la prolifération des rongeurs permettait également de limiter la propagation des maladies dont ils étaient vecteurs. Le chat est donc devenu peu à peu un symbole de protection. Naturellement, il a pris petit à petit sa place dans le panthéon des divinités égyptiennes, sous plusieurs formes.

Divins minous

Le chat est d’abord un avatar du dieu Ré, qui tous les matins tue le serpent Apophis, incarnation du mal et de la nuit, permettant ainsi au soleil de se lever. Un mythe issu de ce que les Egyptiens pouvaient observer dans la nature. Il n’était pas rare que les chats domestiques ou sauvages s’en prennent aux serpents nocturnes rôdant près des habitations.

Mais c’est surtout sous la forme d’une autre divinité que l’animal de compagnie connaît un culte très important, aux nombreux adeptes : celle de la déesse Bastet. Représentée comme une femme à tête de chat, elle a connu beaucoup d’attributions au fil des siècles. Protectrice des pharaons eux-mêmes, ensuite des défunts, elle est également associée à la maternité, à la protection des femmes enceintes et des enfants.

représentation de la déesse Bastet jouant du sistre

Ses plus anciennes représentations datent de la 2e dynastie, soit il y a plus de 5000 ans, mais c’est surtout sous l’Ancien Empire que son culte s’est fortement développé, entre 2575 et 2150 avant J.-C., comme le souligne le National Geographic.

La déesse est si importante, qu’une ville entière lui est dédiée. Per Bastet ou Boubastis en grec, à 80 km du Caire, fut le centre névralgique du culte. Tous les ans, un festival en l’honneur de la divinité rassemblait une foule importante venue de tout le pays, et était visiblement considéré comme l’une des festivités les plus importantes du calendrier.

Les intouchables chats

Cette ferveur envers la déesse s'est donc traduit par un entrain similaire pour les chats. Contrairement à d’autres animaux sacrés comme le scarabée, le faucon ou l’ibis, le chat est domestiqué et on peut facilement s’en occuper. Quantité de foyers, du petit peuple au palais de Pharaon, abritaient des chats. Ils étaient même présents dans les temples, où un gardien était expressément chargé de veiller sur eux.

Tête d'une statue de chat trouvée dans la nécropole de Saqqara en 2019

À certaines périodes de l’histoire antique égyptienne, la vie d’un chat valait plus que celle d’un homme ou d’une femme. Il était strictement interdit d'en tuer, sous peine de se voir soi-même mis à mort. D’après l’historien grec Hérodote, lorsque des incendies éclataient, on prenait la peine de sauver les chats avant les humains, et on tentait de les éloigner du brasier pour éviter qu’ils ne soient blessés.

Une anecdote historique, probablement inventée, raconte qu’au 5e siècle avant J.-C., les Perses tentèrent d’envahir l’Egypte en se présentant avec des chats attachés à leurs boucliers. Ainsi, les soldats égyptiens refusaient de tirer sur les troupes adverses afin de ne pas risquer de toucher les pauvres bêtes.

Usines à momies

En tant que protecteur, le chat prend sa place dans l’accompagnement des morts dans l’au-delà. Il orne les tombes de peintures, de statues et diverses autres représentations. De nombreuses momies humaines sont aussi accompagnées de momies de chats. Parfois, ces momies contiennent vraiment un corps de félin, parfois, ce sont de fausses momies qui font symboliquement le travail rituel.

Si les chats ne sont pas les seuls animaux à être momifiés, on en retrouve cependant des quantités astronomiques, sans doute par millions. Au 19e siècle les colons anglais ont exporté 300.000 momies félines pour être réduites en poudre et servir d’engrais, tellement ils en avaient déterré.

La momie d’un chat trouvée dans la nécropole de Saqqara en 2019
La momie d’un chat trouvée dans la nécropole de Saqqara en 2019 © Khaled DESOUKI / AFP

Il faut dire que le culte du chat a pris une telle ampleur, qu’il en est devenu sordide à une certaine période. De vraies usines de momification d’animaux ont vu le jour. Elles se fournissaient en chats auprès d’élevages colossaux créés pour mettre au monde des chatons sacrifiés très tôt dans l’unique but d’être embaumés. Tuer des chats n’était alors plus si répréhensible, surtout si le but était rituel.

Heureusement pour eux, le culte des chats va petit à petit perdre de son influence en Egypte, et finira par être interdit sous l’occupation romaine. Mais l’animal restera le favori des Égyptiens et Égyptiennes par la suite. Comme quoi, le chat est notre animal de compagnie préféré depuis des millénaires.

Pour en savoir plus sur les animaux sacrés en Egypte antique, écoutez cet épisode des Éclaireurs présenté par Fabienne Vande Meerssche sur La Première : Egypte 2022 – Des animaux et des dieux.

Les Éclaireurs

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