Moteurs Moto2

Poncharal: "Tout le monde n'a pas ce courage, et c'est dommage"

Débriefing 2014, par Hervé Poncharal (2ème partie) : "Tout le monde n'a pas ce courage, et c'est dommage.".
08 déc. 2014 à 18:30Temps de lecture5 min
Par Marc Seriau

On y perçoit qu'entre bilan de la saison 2014 du team manager MotoGP et bilan de la saison 2014 du constructeur de Moto2, les mots et les émotions ne sont pas exactement les mêmes. 

Comme à l'habitude dans le cas d'une longue interview, celle-ci est diffusée en plusieurs parties, et vous verrez que dans certaines d'entre-elles, l'homme de Bormes les mimosas n'a pas toujours sa langue dans la poche...

Bilan Moto2:

Hervé Poncharal: "Ce qu'il faut savoir, c'est que chez Tech3, nous avons deux équipes différentes, MotoGP et Moto2, mais que beaucoup de moyens sont mis en commun pour faire des économies d'échelles pour la Moto2 et que, au final tout cela fonctionne très bien. Mais aujourd'hui, la Moto2 seule ne pourrait pas exister chez Tech3 car elle n'est pas viable financièrement.

Cette année, c'est une grande satisfaction que d'avoir redresser la barre qui était très mauvaise en 2013. C'est aussi une satisfaction car nus avons obtenu de bien meilleurs résultats, même s'ils sont encore largement améliorables, le tout dans une atmosphère beaucoup plus sympa, et c'est pour moi prépondérant.  
Ca m'a fait plaisir que Marcel Schrotter et Ricard Cardus aient eu "la banane" toute la saison et aient été très positifs sans jamais cracher dans la soupe auprès des médias, ce qui est toujours très facile à faire. Ils ont travaillé dans un état d'esprit positif avec toute l'équipe, qui est essentiellement composée de jeunes. Je suis très attaché à cette équipe car beaucoup sortent tout juste des écoles spécialisées, comme l'Ecole de la Performance ou  le LMS au Mans. J'ai pris mon bâton de pèlerin et ça me fait plaisir de les avoir embauchés car non-seulement beaucoup de jeunes n'ont pas de travail en France mais cela leur donne accès à une nouvelle expérience et des compétences supplémentaires. Le travail effectué par l'équipe Moto2 est d'ailleurs particulièrement intéressantes, y compris pour l'équipe MotoGP qui, bien que ce soit excitant, fait surtout de l'exploitation et la maintenance, en changeant les moteurs et en réparant les M1 quand elles ont chuté.
C'est sûr que de faire notre propre châssis à ouvert les yeux à tout le monde, et sur beaucoup de choses, que ce soit sur l'aérodynamique, la géométrie ou les contraintes subies par un châssis. Nous avons acheté tout un tas de programme pour le team Moto2, qui permettent de calculer, vérifier, valider tout un tas de paramètres qui se passent sur la piste. Une partie du staff  MotoGP vient du  Moto2, et cela continuera, mais j'ai quelques gars qui ont préféré rester en Moto2 car ils trouvaient cela plus intéressant, au niveau réflexion ou fabrication de pièces usinées ou en carbone.
Pour toutes ces raisons, ce projet me tient à cœur.

J'ai été à l'origine du Moto2, donc je ne peux pas dire que je suis contre le moteur unique, ou les pneus uniques.  Cela était fait pour diminuer les coûts et égaliser les performances afin de faire une belle catégorie. A l'époque, tout un tas de petits artisans se sont jetés là-dedans, et on a vu jusqu'à 13 constructeurs de châssis la première année, comme au temps des Rickman, des Egli ou des Godier-Genoud. Je me souviens que des teams comme Pons ou Gresini voulaient même faire leurs propres châssis. Puis tout le monde s'est déballonné et, peu à peu, il  y a eu uniformisation de la grille par effet de mode.

Pour moi, en tant que team manager, ce serait certainement beaucoup plus facile que de faire comme tout le monde, et je peux même dire que j'aurais sans doute pu jouer le titre depuis 3 ou 4 ans, car j'ai eu beaucoup de bons pilotes, qui avaient déjà gagné pas mal de courses voire de titre, qui voulaient rouler chez moi, pour être dans l'antichambre de mon programme MotoGP, mais seulement si j'achetais des Kalex. Tel Astérix le Gaulois qui ne se soumet pas, je leur ai dit "non" et je ne changerai pas".

Je ne changerai pas car, d'abord, je n'en vois pas l'intérêt puisque ça nous ferait redevenir ce que nous sommes déjà en MotoGP, des exploitants qui assemblent et désassemblent les motos. Evidemment ,on aurait sans doute de meilleurs résultats  et, de ce fait, plus de sponsors, mais tant pis, nous continuerons à aller de l'avant avec nos motos.
A l'occasion de son passage de Suter à Kalex, Olivier Métraux en a très bien expliqué les raisons alors que la Suter a gagné à valence: pression des pilotes qui croient qu'une moto est meilleure qu'une autre, pression des partenaires qui pensent que si les pilotes n'ont pas la soi-disant meilleure moto, ils vont se sentir moins soutenus et performeront moins, etc, bref, du psychologique.
J'ai également cette pression et j'ai envie de faire d'encore meilleurs résultats que ce qu'on a fait, sans suivre la voie empruntée par tout le monde mais en continuant à développer notre moto.

Cette année, je suis très content, les résultats sont bien meilleurs et nos pilotes ont joué le jeu dans une bonne atmosphère. I l s'agit de la meilleure saison de Marcel, alors qu'il a déjà roulé avec, notamment, une Kalex, tout comme c'est également la meilleure saison ,et de très loin ,de Ricky alors qu'il a roulé avec tout.
Ca ne suffit pas, et nous continuerons à progresser, mais c'était déjà une belle satisfaction pour notre groupe.
Pour cela, il faut avoir un minimum de performances et juste ne pas rester avec des pilotes de fond de grille qui disent que tout est mauvais,  comme l'a fait notre ami Dany Kent l'année dernière.

Nous regardons donc le futur avec un peu plus d'optimisme que ce nous faisions l'année dernière à la même époque mais, honnêtement, je suis toujours un peu déçu des pilotes, qui devraient être des guerriers et prendre des risques, alors que, dans ce domaine, il y a une sacrée uniformité dans leur tête.

Attention, des risques, ils en prennent sur la piste, et de gros, mais je leur dis toujours "des Marc Marquez, il n'y en a qu'un. Alors si demain tu as la même moto que lui, tu seras derrière lui, et la comparaison sera claire. Si tu as un package différent, moto, moteur, châssis, freins, ou autre, tu seras aussi derrière mais ce sera différent car, un jour, dans des conditions X ou Y où ton package sera supérieur au sien, tu pourras peut-être éventuellement le battre".
Valentino a battu Marc à quelques reprises, mais l'aurait-il fait s'il avait été sur une Honda? Et l'on parle de Valentino, qui est exceptionnel...

Dans ce domaine, j'ai énormément de respect pour deux pilotes car ils n'ont pas hésité à avoir du courage et à prendre des risques; en moto, Valentino Rossi, qui était sur la Honda, la machine à gagner qui aurait lui apporter une carrière linéaire, accumuler les titres les uns après les autres, à l'image de Doohan, et battre tous les records possibles. Mais il a préféré aller chez Yamaha, à une époque où la moto était très mal considérée et ne faisait quasiment aucun résultat. On connaît la suite...
L'autre, c'est Schumacher, en auto, qui a laissé la Benetton-Renault qui gagnait tout pour aller chez Ferrari qui n'avait pas gagné de titre depuis 21 ans.
Tout le monde n'a pas ce courage, et c'est dommage."

Grégory Hellinx / GP Inside

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