Pieter Elsen, en kayak pour un canal plus propre

Ce n’est pas un scoop… le canal de Bruxelles ne brille pas par sa propreté. Entre les déchets flottants, la mauvaise qualité de l’eau et un manque cruel de biodiversité, difficile de rendre ce lieu attractif pour les bruxellois alors que le canal est au centre d’une ville bouillonnante. Face à ce constat, Pieter Elsen s’est jeté à l’eau en créant l’ASBL Canal It Up, qui vise d’une part à sensibiliser la population, en allant pêcher les déchets en kayak, et d’autre part à proposer des solutions durables pour un canal plus propre !

Pieter Elsen est un amoureux de Bruxelles. Installé non loin du canal, il le longe et le traverse, durant des années, sans véritablement y prêter attention. Jusqu’en 2019… "Un beau jour, je me suis assis au bord de l’eau, sur le quai, pour lire mon journal au soleil. J’ai constaté qu’il y avait énormément de déchets dans l’eau… C’est dingue, j’ai vécu des années au bord du canal sans jamais les voir." Pieter décide alors de se mouiller pour enrayer ce problème de déchets flottants. "J’ai acheté un kayak, en seconde main. Mon but était de nettoyer, moi-même, le canal de Bruxelles." La première sortie se fait avec son frère. Ensuite, sa copine. Ensuite, des amis. Chaque semaine, de nouvelles personnes viennent l’aider dans sa démarche.

Pieter Elsen

La naissance de l’ASBL Canal It Up

Rapidement, Pieter se rend compte que ramasser les déchets, de façon ponctuelle, n’est pas une solution durable. "Chaque zone nettoyée était à nouveau remplie de déchets, quelques heures plus tard, à cause du courant."  À bord de son kayak, il constate également d’autres problématiques comme la mauvaise qualité de l’eau ou le manque de biodiversité. Face à ce constat, Pieter se lance corps et âme dans son nouveau combat : trouver des solutions pour rendre le canal de Bruxelles plus propre et replacer la nature au cœur même de la ville.

Le jeune homme est alors rejoint par Lauren de Crombrugghe et Alessio Porcelli, eux aussi animés par l’envie de changer les choses pour leur ville de cœur. Ensemble, ils créent l’ASBL Canal It Up qui propose notamment des sorties en kayak pour ramasser les déchets, la partie visible de l’ASBL. " Mais notre but n’est pas de nettoyer durablement le canal de cette façon-là, c’est irréalisable. Il faudrait être à l’eau tout le temps. "Ces actions servent avant tout à sensibiliser la population. " Ce qui est important pour nous, c’est qu’il y ait, à chaque sortie, de nouvelles personnes. On leur explique les problématiques et les solutions que Canal It Up propose. Ils deviennent ensuite ‘des ambassadeurs’ car ils en parlent autour d’eux. C’est comme ça qu’on arrivera à installer des solutions structurelles."

>>> A voir : le reportage de BX1 sur l'initiative Canal It Up

Loading...

Trois problématiques et leurs pistes de solutions

1 – Les déchets flottants

Le premier problème, le plus visible, est celui des déchets flottants. "Il y en a beaucoup, partout et tout le temps…"  S’ils ne sont pas repêchés, ils finissent dans l’Escaut et ensuite dans la Mer du Nord. Chaque année, à travers le globe, 8 millions de tonnes de déchets plastiques arrivent dans les océans via les rivières. Un flux de déchets énorme qui, une fois dans l’océan, sont difficiles à récupérer. 

Pistes de solutions :

Tout d’abord, il faut faire en sorte que les déchets n’arrivent plus dans l’eau. "Comme la grande partie des déchets qui se retrouvent dans le canal sont soufflés par le vent, depuis la rue, on pourrait installer des plinthes de 15 centimètres de haut sur toute la longueur des garde-corps."

Autre solution, l’ASBL travaille à la mise en place d’un bras flottant sur toute la largeur du canal qui retiendrait les déchets et les guiderait sur le côté d’où ils pourraient être facilement extraits. "Pour ne pas entraver le passage des bateaux, ce bras pourrait être placé devant l’écluse de Molenbeek et s’ouvrirait de concert avec les portes de l’écluse." Une solution imaginée avec l’architecte-artiste Luc Schuiten. Le bras flottant serait végétalisé pour revaloriser le quartier de l’écluse et apporter plus de biodiversité. "Le Port de Bruxelles étudie la faisabilité du projet."  

Enfin, Canal It Up propose une solution plus systémique. "On milite pour l’instauration de la consigne sur les canettes et les bouteilles en plastique. Ces déchets représentent 40% des déchets sauvages. C’est énorme. La solution est pourtant simple." Leur pétition a déjà été signée par plus de 14.000 personnes. Pour atteindre les parlementaires et obtenir une obligation de réponse, il faut récolter 15.000 signatures.

Loading...

2 – Manque de biodiversité

Le canal traverse Bruxelles sur 14 kilomètres. Sur toute la longueur, il y a des murs de bétons imposants. "Ça pose un réel problème pour la biodiversité et en plus, c’est très peu attractif pour les promeneurs." 

Pistes de solutions :

Pour embellir l’espace et ramener la nature au cœur de la ville, l’ASBL propose, depuis deux ans déjà, d’installer des îles végétalisées. "Les racines des plantes se trouveraient dans l’eau et seraient l’endroit parfait pour permettre aux poissons de s’y réfugier et d’y pondre leurs œufs. Ces mêmes plantes auraient aussi un effet purificateur sur l’eau et contribueraient à contrer le problème d’îlot de chaleur. Enfin, les îles offriraient un nouvel habitat pour les oiseaux et les insectes." Ces derniers mois, le Port de Bruxelles, avec l’aide de Bruxelles Environnement, a mené ses propres études. Fin avril 2022, les premières îles végétalisées étaient installées. "C’est génial ! Ils ont opté pour une grande surface de 224m2. Si la phase de test est concluante, ils ajouteront encore 440m2 dans un an." L’entretien de ces dispositifs sera effectué par l’ASBL Canal It Up.  "Chaque mois, nous irons, en kayak, nettoyer la zone, nous assurer que la structure tienne en place et suivre le développement de la biodiversité"

3 – Mauvaise qualité de l’eau

La qualité de l’eau du canal est mauvaise et celle de la Senne l’est encore plus. Les sources principales de cette pollution sont les trop-pleins du système d’égouttage vers le canal et la Senne. "À Bruxelles, les égouts sont de type unitaire, c’est-à-dire que l’eau de pluie est mélangée avec les eaux usées. Lors de fortes pluies, les égouts sont saturés et le mélange finit dans le canal ou la Senne via les trop-pleins, avec entre autre des rats et de nombreux déchets. Officiellement, un trop-plein peut fonctionner quelques fois par an. Ce système de sécurité empêche la ville d’être inondée. Le problème, c’est qu’à Bruxelles, le niveau de l’eau atteint le trop-plein environ 10 fois par mois…"

Canal It Up

Pistes de solutions :

"Il faut un projet ambitieux, avec des investissements ambitieux pour faire en sorte qu’une grande quantité d’eau de pluie n’arrive plus dans les égouts. Suivre le fameux modèle ‘The Cloundburst management plan’ mis en place à Copenhague. Il faut installer des citernes, déconnecter certaines rues et toitures du système d’égouts, créer de nouveaux parcs pour que l’eau s’infiltre dans le sol, créer des lacs qui serviront de zone tampon, etc."

« Avec peu de moyens, on peut faire bouger les choses »

Depuis ce fameux déclic, alors que Pieter lisait tranquillement son journal au soleil, le Bruxellois est pris d’une véritable passion et investit une bonne partie de son temps libre pour changer la face du canal de Bruxelles. "Je me suis rendu compte qu’avec peu de moyens, on peut vraiment faire bouger les choses. Chacun, à son échelle, peut agir pour améliorer la santé de notre planète."

Loading...

Ensemble pour la planète, des contenus pour comprendre et agir à retrouver sur RTBF. be et RTBF AUVIO !

Articles recommandés pour vous