Peut-on survivre dans une grotte? Le froid, l'humidité et l'angoisse

Une photo prise par la Royal Thai Navy  le 2 juillet, montrant les enfants retenus dans la grotte de Tham Luang de Khun Nam.
03 juil. 2018 à 17:17 - mise à jour 03 juil. 2018 à 17:17Temps de lecture4 min
Par Jean-Claude Verset

Le monde entier à les yeux tournés vers ces  12 enfants et leur entraîneur de football prisonniers depuis une semaine dans une grotte du nord de la Thaïlande. L’être humain peut-il s’acclimater à un environnement aussi inconfortable ? C’est ce que nous avons demandé à Laurent Haesen directeur de la Maison de la spéléologie de Namur.

Les enfants, âgés de 11 à 16 ans, ont été découverts avec leur entraîneur de 25 ans par des plongeurs britanniques tard lundi, émaciés mais "sains et saufs". Pour l’instant, les secours se préparent à l'idée que les enfants pourraient passer plusieurs semaines dans le réseau souterrain. Le groupe a reçu des vivres et des médicaments, en particulier des gels riches en calories et du paracétamol.

La température et l’humidité

Le problème de la nourriture et de l’eau étant désormais résolus, le premier problème est celui de la température, explique Laurent Haesen. "Toutes les cavités sont différentes et la température dépend de la situation de la grotte. En Belgique, elle se situe entre 10° et 12°. En altitude, dans les Préalpes, cela descend à 6° et à 4° dans les hautes Alpes. A l’inverse, la température des cavités peut atteindre 15 à 17° en Ardèche et plus de 20% dans les régions chaudes. Ce qui est le cas en Thailande." Mais le sentiment de froid est étroitement lié au taux d’humidité. Dans une grotte où le degré d’humidité atteint 98 à 100%, la température ressentie peut être très différente : "À Cuba, où la température d’une grotte atteignait 29°, nous avions l’impression d’être dans un sauna.Mais le plus souvent, le risque d’hypothermie est réel. L’humidité va renforcer le sentiment de fraîcheur, surtout si les personnes prisonnières d’une cavité ne disposent que de vêtements légers.

Le renouvellement de l’air

"Le manque d’oxygène est rarement un danger", explique le spéléologue. "Alors qu’une mine est creusée dans un milieu compact, une grotte est creusée dans une roche calcaire fissurée de toutes parts. Si de l’eau passe, comme c’est le cas an Thaïlande, de l’air passe également. Il y a toujours un renouvellement d’air".

Les faire plonger dans le siphon, une fausse bonne idée?  

L’idée d’enseigner la plongée souterraine à des enfants pour les faire passer par le siphon paraît en revanche hypothétique à Laurent Haesen. "Je ne connais pas l’endroit, mais faire plonger des personnes inaccoutumées dans une eau froide, trouble et à fort débit est une difficulté de taille. Et les civières étanches conçues pour passer dans des siphons sont très rares. Seul le Spéléo Secours Français en possède une, susceptible d’être utilisée dans un environnement multi-siphon". (voir la vidéo ci-dessous).

Le directeur de la Maison de la spéléologie de Namur pense que les enfants étant localisés et en contact avec la surface, les équipes de secours vont réfléchir à une stratégie qui pourrait être la recherche d’un autre accès à la cavité. 

Psy : le critère indéfini

Quant aux problèmes psychologiques que peuvent rencontrer les victimes, ce sont ceux liés à tout isolement, lorsque l’on est bloqué. Ce peut aussi être le cas dans un refuge de montagne. "La peur de l’eau qui monte dans la cavité peut aussi être un élément stressant", reconnaît le spéléologue. C’est ce qu’ont connu les jeunes Thaïlandais jusqu’à l’arrivée des secouristes qui se sont mis à pomper l’eau de la grotte. Et c’est ce qui est arrivé en 1999 dans le gouffre des Vitarelles dans le Lot. Sept spéléologues sont restés bloqués durant dix jour après des crues importantes dans l’Aude, le Tarn, et les Pyrénées Orientales.  Au plus fort de la crue, les spéléologues avaient pratiquement de l’eau jusqu’à la taille.

Apprendre la patience

Reste le critère du temps. Comment réagit un groupe bloqué dans l’obscurité ? L’exemple du gouffre des Vitarelles montre que des professionnels soudés peuvent attendre plusieurs jours dans des conditions difficiles. Ce fut aussi le cas des 33 mineurs chiliens de Capiapo remontés sains et saufs en 2010, après 69 jours de réclusion souterraine. Ils ont cependant eu du mal à retrouver du travail à la mine, les employeurs craignant de leur part une moins grande résistance au stress.

En Belgique, on n’a, à ce jour, jamais déploré de tel accident : "En Belgique c’est très rare. On s’entraîne mais on n’intervient pas. Ou alors suite à des appels de parents qui s’inquiètent du retour tardif d'un spéléologue. Mais il faut reconnaître que pour quelqu’un qui se casse une cheville, quitter une cavité est moins facile que de sortir d’un terrain de foot", résume Laurent Haesen.

Expérience hors du temps : Michel Siffre

Mais rester dans l’obscurité n’est pas un risque en soi. Comme le démontrent plusieurs expériences "hors du temps" menées par des spéléologues, comme le Français Michel Siffre. En 1962, il avait passé deux mois sous la terre sans repaire temporel. "Le temps que je percevais s’écoulait presque deux fois moins vite que le temps réel", a-t-il déclaré dans une interview accordée au journal Le Monde.

Il a aussi constaté être entré en semi-hibernation, avec une température corporelle descendue de 34° à peine. "En découle également un détachement à l’égard du monde extérieur, sous terre, on se fiche bien de ce qui se passe en surface, de toute façon on n’a aucune prise dessus." Un détachement qui disparaît une fois de retour à la surface.

Clamouse (34) sous terre avec Michel Siffre

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Pour ceux que cela intéresse, un rassemblement spéléo se déroule ce dimanche à 13H30 à la sortie des grottes de Han. L’événement est organisé dans le cadre  de "Big Jump", une initiative qui se déroule au niveau européen afin d’attirer l’attention du public sur la qualité des eaux de surface. Il est possible de voir les 100 nageurs participants.

 

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