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Pascale Clark : « Chères mères ukrainiennes, votre force, votre courage sont comme des phares dans le désastre »

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Un mois après le début de l’invasion russe en Ukraine, la journaliste et écrivaine Pascale Clark s’adresse dans cette lettre aux mères ukrainiennes.

Chère mère ukrainienne,

Je t’écris sans te connaître, je ne te connais qu’à travers les récits, ici ou là, tant d’histoires inscrites dans la géographie du pays attaqué, en haut ou en bas, restée terrée à l’est ou réfugiée à l’ouest, je lis ta vie, qui que tu sois, ton destin est comme un cri.

Tu es partie, tu as fui, dès les premières bombes, dès le début de cette guerre qui t’a saisie, décider l’espace d’un instant, interrompre tes jours dans le vacarme ambiant, toute ta vie entassée dans un sac, ton bébé dans les bras, l’autre enfant, le plus grand, arrimé à ta main, mettre à l’abri tes 2 amours, continuer dans l’inconnu là où le ciel ne siffle pas, la route, sauve qui peut à l’ouest, la longue route dans le froid, surtout ne pas te retourner, ton mari est resté.

Chère maman ukrainienne, tu ne réalises pas vraiment, mais oui, tu es maman. Tu ne l’imaginais pas comme ça, ton heureux événement : accoucher sous missiles russes, donner la vie en risquant les deux vôtres, premier cri couvert par le fracas, rire ou pleurer, tu ne sais pas.

PHOTO : Dans un hôpital de Kyiv, Olga, 27 ans, un bandage sur la tête, allongée dans un lit, sous sa couverture de survie, elle allaite son bébé. La toute petite Victoria a 6 semaines, elle est indemne. Quand chez elle les vitres ont explosé, souffle d’une bombe passée très près, elle l’a couverte de ses bras pour la protéger. Sa tête a tout pris mais ça va .

PHOTO : terrible, une femme enceinte sur un brancard, extraite du bombardement de la maternité de Marioupol, 2 journalistes américains de l’agence AP étaient encore là pour témoigner, menacés, pourchassés ils sont partis laissant Marioupol sans témoin. Quand ont-ils su que la femme enceinte sur le brancard n’avait pas survécu, ni elle, ni son bébé.

Mère ukrainienne ou en passe de l’être. Toi, tu ne l’es pas mais ça pourrait venir. Ton homme t’a demandée en mariage avant de partir se battre, conjurer la guerre.

Chère maman ukrainienne, toi aussi tu es restée, avec tes enfants et pour ta propre mère. Elle, ne fera pas le voyage, lestée par son âge. Elle reste, tu restes. Vos vies comme des loteries.

Ton fils est au front, partir, pas question. Tu résistes dans ton petit salon : tu tisses des tenues camouflage, tu es devenue experte dans la fabrication de cocktails Molotov, comme tu ne les appelles surtout pas, c’est peut-être toi que personne n’a vue verser de la farine dans les réservoirs de tanks siglés Z. Ton fils au combat, tu trembles en tuant le temps.

Chères mamans ukrainiennes, votre force, votre courage sont comme des phares dans le désastre. Puisse l’espoir refleurir un jour dans les décombres.

Au risque du dérisoire, je pense à vous et vous embrasse.

 

Pascale Clark

 

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