Pape Diouf : "La Belgique championne du Monde ? Je n'y crois pas !"

Pape Diouf : "La Belgique championne du Monde? Je n'y crois pas?"
05 avr. 2013 à 12:05 - mise à jour 05 avr. 2013 à 14:54Temps de lecture3 min
Par mawe

"J'ai rencontré beaucoup de personnalités dans le monde du football. Il y en a une qui reste malgré tout une personnalité 'massive' et assez controversée, c'est Bernard Tapie. Au cours des vingt dernières années, c'est le dirigeant le plus massif que j'ai rencontré. Je l'ai d'abord connu en tant que journaliste puis en tant qu'agent. Quand je suis devenu président, il m'appelait périodiquement pour me parler de l'Olympique de Marseille. La première version de Tapie, le Tapie qui a gagné la Coupe d'Europe, a introduit la culture de la victoire en France. Il fait partie de ces gens qui ont permis au football français de se décomplexer et de gagner le Mondial 98 et l'Euro 2000".

Gerets, la loyauté absolue

D'abord journaliste puis agent de joueur, Pape Diouf entame ensuite une carrière de dirigeant de club à Marseille. Après quelques mois en tant que Manager Général, il est nommé Président suite au départ de Christophe Bouchet à l'automne 2004. "Toute la difficulté du foot aujourd'hui est de concilier deux objectifs ... inconciliables. D'une part, placer l'équipe sur les rails sportivement et d'autre part limiter les dépenses pour ne pas sortir du cadre financier fixé. Et c'est compliqué", dit-il à propos de son ancien emploi.


C'est sous son règne qu'Eric Gerets arrive sur la Canebière. Une décision dont il se félicite encore aujourd'hui.

"Eric Gerets est sans doute l'entraîneur qui m'a le plus impressionné. Mais j'ai surtout été marqué par l'homme. En France, certains journalistes avaient l'habitude de s’immiscer entre l'entraîneur et le président histoire de gagner les faveurs de l'un ou de l'autre, au détriment de l'un ou de l'autre. Eric Gerets a toujours refusé cette démarche. Il a été d'une loyauté absolue. Quand on travaille avec lui, on la certitude que dans votre dos, il ne sortira pas de couteau. C'est ce que je retiens d'abord de lui. Bien sûr, c'est aussi un entraîneur qui connait le foot et qui a laissé un souvenir extraordinaire à Marseille et partout en France".

Au Standard, on rêve de le voir sur le banc mais il est souvent décrit comme impayable. Pour Pape Diouf, il n'est pourtant pas impossible que le Lion de Rekem débarque à Sclessin. "C'est un homme qui a des principes et le sens des valeurs. Je ne pense pas que l'argent soit le seul moteur de sa démarche. L'argent joue bien sûr un rôle comme pour tous les professionnels. Je suis persuadé que si demain un projet lui était soumis, et que ce projet répond à ses critères sportifs et de management, il ne m'étonnerait pas qu'il y réponde (favorablement). Le football belge pourrait tirer un grand avantage de son retour".

Pape Diouf et les Belges

Né au Tchad en décembre 1951 et arrivé à Marseille à l'âge de 18 ans, Pape Diouf a toujours observé le football belge avec attention. "Quand je pense Belgique et Football, je pense à cette équipe absolument fabuleuse des années 70 avec Van Himst, Verbiest, ... Ils donnaient souvent des leçons à l'équipe de France. Il y avait aussi Anderlecht, bien plus tard le Standard de René Hauss. Pour moi le football belge restera à jamais incarné par ces joueurs. Le plus grand restant à mes yeux Paul Van Himst. C'était un footballeur remarquable. Aujourd'hui, il ferait partie des meilleurs attaquants d'Europe".

"Le football belge renaît de ses cendres et pourrait redevenir très compétitif". Mais sans doute pas encore au point de rivaliser avec les plus grandes nations de la planète. "La Belgique championne du Monde en 2014? Très franchement, je n'y crois pas. Si j'avais une pièce à mettre, je ne la mettrais pas sur la Belgique. Que la Belgique se qualifie et qu'elle soit une des équipes surprises comme en 1986 au Mexique, pourquoi pas. Et je le souhaite d'ailleurs à nos amis Belges. Ce serait pas déjà mal, non?".

S'il était encore dirigeant de club et s'il pouvait acheter un joueur de notre génération actuelle, Diouf jetterait son dévolu sur Eden Hazard. "Je n'ai jamais essayé de l'acheter. Il ne faut pas oublier que quand il a explosé à Lille, je n'étais déjà plus à Marseille. C'était trop tard".

Pape Diouf évoque encore le rôle des agents ("les boucs émissaires idéaux"), Robert Louis-Dreyfus, Lucien D'Onofrio ou encore les réticences de Didier Drogba au moment de quitter Marseille. Il confie d'ailleurs qu'il ne croit pas "à la fidélité des joueurs à un club. Je pense que l'âme d'un club ce sont ses supporters. Ils fondent et mettent en place l'âme d'un club".

 

 

M. Weynants avec B. Deceuninck