Chroniques

On disait que la Belgique était une île...

On disait que la Belgique était une île...
29 févr. 2012 à 16:36Temps de lecture2 min
Par Paul Hermant

Et je me suis demandé comment faire pour rendre ce moment aussi exceptionnel que ce jour surnuméraire survenant tous les quatre ans ainsi que le font les Jeux Olympiques ou la Coupe du monde de football.

C’était certain : pour honorer cette incongruité du calendrier, il m’allait falloir aller chercher quelque chose qui soit aussi rare et autant remarquable. Alors bien sûr, j’ai pensé à l’Islande… Parce que là aussi, il y a quatre ans…

Vous vous souvenez : cette île déclarée en faillite virtuelle en 2008 et que même Mac Donald’s avait désertée ? Ce pays lui aussi surnuméraire sur la carte de l’Europe qu’il faut chaque fois aggrandir si l’on veut l’y trouver...

Eh bien, les Islandais saluent bien bas les gars qui sont en train de dépendre les enseignes de Dexia sur les façades de nos agences et leur adressent leur meilleur souvenir.

Car voilà donc que l’Islande aujourd’hui emprunte à de meilleurs taux que l’Italie, voilà que sa cote a remonté chez Fitch, voilà que son chômage baisse, voilà que l’inflation est jugulée, voilà que son système social est intouché et voilà encore que sa croissance est en hausse : 2%, presque 3 !

Vous m’en direz tant et vous irez aussi en avertir les Grecs et tant qu’à faire le murmurer aussi à la Banque Centrale Européenne qui, ce jour même, ce 29 février donc, vient d’allouer une nouvelle tranche record de 529 milliards d'euros à 800 banques de la zone euro. Les Islandais n’ont pas eu besoin de cela, ils l’ont même refusé et là réside sans doute une des clés de cette sorte de renaissance.

Tout le monde se presse, ces temps-ci, à Reykjavik, pour tenter de comprendre comment cela était simplement pensable. Paul Krugman, économiste et Prix Nobel en était en octobre dernier et voici son diagnostic : "La situation désespérée de l'Islande est ce qui a rendu impossible tous les comportements conventionnels, donnant ainsi à la nation toute liberté pour casser les règles. Là où tous les autres ont renfloué les banques et laissé les citoyens en payer le prix, l'Islande a laissé les banques aller à la banqueroute et a, de fait, augmenté son filet de sécurité sociale."

Ce que le président islandais traduit, lui, de cette manière : "Nous nous sommes dit que si nous nous refusions les conditions de la Communauté internationale nous deviendrions le Cuba du nord. Mais, si nous les avions acceptées, nous serions devenus le Haïti du Nord".

Mais outre cela, la population, qui reste aujourd’hui malgré tout terriblement endettée, s’est également mise en mouvement.

Avec cette fameuse Constitution réécrite par ces citoyens bien sûr, mais aussi en comptant sur ses propres ressources, notamment naturelles, qui pourraient bien faire de l’Islande, avec l’utilisation des geysers et des volcans, le premier pays à se passer, pour se chauffer, de l’énergie fossile.

Alors, voyez-vous, ce ne serait pas de trop qu’une fois tous les quatre ans, on puisse rêver que la Belgique aussi devienne une île. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

 

Paul Hermant

 

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