Monde

Nucléaire: l'UE frappe l'Iran d'un embargo pétrolier

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (D) et son ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, le 5 janvier 2012 à Téhéran
23 janv. 2012 à 02:50 - mise à jour 23 janv. 2012 à 18:46Temps de lecture4 min
Par AFP

Les négociations entre les chefs de la diplomatie européenne se sont poursuivies longuement à huis clos lundi, notamment en raison des importantes conséquences potentielles d'un embargo pétrolier. Alors que la France et le Royaume-Uni réclamaient la mise en oeuvre rapide de la décision, les pays important des quantités importantes de pétrole iranien, dont certains sont embourbés dans des difficultés économiques, comme la Grèce et l'Italie, demandaient plus de temps.

Face à des difficultés, les 27 ont adopté un "embargo progressif": aucun nouveau contrat de livraison ne pourra être signé, mais les contrats déjà conclus pourront être exécutés jusqu'au 1er juillet. L'embargo sera en outre réévalué d'ici à mai prochain.

Or et diamant

L'embargo décidé lundi ne vise pas que le pétrole: le commerce d'or, de diamants et de métaux précieux avec des opérateurs publics iraniens sera également interdit.

Les Européens ont en outre décidé lundi de geler les avoirs de la banque centrale iranienne en Europe, "tout en assurant que le commerce légitime pourra se poursuivre sous de strictes conditions", selon le texte des conclusions.

Ils ont, enfin, ajouté trois nouvelles personnes à la liste des individus faisant l'objet d'une interdiction de visa et d'un gel des avoirs.

Ces sanctions constituent un durcissement sérieux de la politique européenne à l'égard de l'Iran. Au cours des dernières années, l'UE a déjà décidé un gel d'avoirs contre 433 sociétés iraniennes et 113 personnes, des restrictions d'exportation de nombreux produits sensibles ou encore l'interdiction des investissements dans le secteur des hydrocarbures. Une liste exhaustive des mesures restrictives est accessible ici.

Malgré ce nouveau tour de vis, les Européens ont souligné lundi leur engagement en faveur d'une "solution diplomatique" au conflit et offert à Téhéran de continuer de négocier sur le programme nucléaire controversé.

D. Reynders : "pour éviter le recours à des solutions militaires"

Les nouvelles sanctions européennes à l'égard de l'Iran visent à éviter un affrontement militaire, a affirmé le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.

Alors que rien ne semble dissuader Téhéran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, les Européens maintiennent une pression diplomatique et économique, a-t-il dit en substance, alors que l'option militaire est ouvertement débattue en Israël, mais aussi dans le cadre de la campagne électorale américaine. Au contraire, "tout ce qui est fait ici (au niveau européen) est fait pour éviter le recours à des solutions militaires", a dit Didier Reynders.

Les chefs de la diplomatie européenne ont durci lundi leurs sanctions contre l'Iran, décrétant un embargo pétrolier et gelant les avoirs de la banque centrale en Europe. Ils ont toutefois convenu de réexaminer leur décision d'ici quelques mois, afin de mesure son impact sur les pays qui dépendent lourdement du pétrole iranien. C'est le cas de la Grèce, déjà empêtrée dans une grave crise économique, dont les importations de pétrole proviennent d'Iran à 65%. De son côté, la Belgique achète également du pétrole d'Iran, mais celui-ci ne représente que 6% des importations. "On aura l'occasion de voir évoluer l'approvisionnement vers d'autres producteurs", selon Didier Reynders. Le ministre belge insiste surtout sur l'importance que les pays asiatiques suivent la démarche européenne et ne compensent pas l'embargo par leurs acquisitions.

Iran : sanctions "vouées à l'échec"

Les sanctions européennes prises lundi contre les exportations pétrolières de l'Iran sont "injustes" et "vouées à l'échec", a estimé le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

"La menace, la pression et les sanctions injustes (...) sont vouées à l'échec", et "n'empêcheront pas l'Iran d'obtenir ses droits fondamentaux" en matière nucléaire, a ajouté Ramin Mehmanparast cité par le site de la télévision d'Etat. Les pays de l'Union européenne se sont mis d'accord lundi pour imposer un embargo pétrolier graduel sans précédent contre l'Iran ainsi que pour sanctionner sa banque centrale, afin d'assécher le financement de son programme nucléaire controversé.

Ramin Mehmanparast a suggéré aux "responsables européens et ceux d'autres pays qui subissent les pressions des Etats-Unis de penser à leurs intérêts nationaux" plutôt que de suivre Washington. Les Etats-Unis, selon lui, "cherchent à perturber l'approvisionnement en énergie de ses rivaux pour les affaiblir économiquement sous prétexte d'imposer des pressions politiques contre le peuple iranien". "Tout pays qui se prive du marché de l'énergie de l'Iran sera immédiatement remplacé par des pays rivaux", a-t-il dit. "Les besoins en énergie à long terme du monde sont tels qu'on ne pas peut sanctionner l'Iran, qui possède les secondes réserves de gaz et les quatrièmes réserves du pétrole" mondiales.

La Russie dénonce "les sanctions unilatérales" contre l'Iran

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé lundi les "sanctions unilatérales" contre l'Iran, réagissant à la décision de l'Union européenne d'imposer un embargo pétrolier contre Téhéran.

"Les sanctions unilatérales ne font pas avancer les choses", a déclaré M. Lavrov, cité par l'agence Interfax qui l'interrogeait sur l'embargo pétrolier.

"Si on a mis en place au sein du Conseil de sécurité de l'ONU des sanctions collectives, il faut que tout le monde respecte ces décisions sans rien ajouter ni soustraire", a-t-il poursuivi.

"Nous allons faire en sorte que toutes les parties s'abstiennent de prendre des décisions brusques et que les négociations reprennent", a-t-il ajouté.

La Russie, qui a jusqu'ici souscrit à quatre séries de sanctions du Conseil de sécurité contre l'Iran, a fait savoir tout comme la Chine qu'elle s'opposait à de nouvelles sanctions.

Moscou estime que les sanctions européennes et américaines contre la République islamique ont pour but de faire échouer de nouveaux pourparlers internationaux sur le programme nucléaire iranien, soupçonné par les Occidentaux d'avoir des objectifs militaires, ce que Téhéran nie.

Avec agences

L’Europe prend des sanctions contre l’Iran

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement