Nicaragua: deux journalistes accusés de "terrorisme" et de "conspiration"

24 déc. 2018 à 15:09 - mise à jour 24 déc. 2018 à 15:09Temps de lecture2 min
Par RTBF avec Agences

Lucia Pineda est journaliste et directrice de la rédaction de la chaîne d'informations nicaraguayenne 100% Noticias. Depuis quelques heures, elle est en détention préventive, dans l'attente de son procès qui doit débuter le 25 janvier. Aux yeux de la justice du Nicaragua, Lucia Pineda est désormais une terroriste présumée. Le parquet de Managua accuse la journaliste de "provocation, incitation et conspiration à commettre des actes terroristes" ainsi que d'incitation à la haine "envers l'institution de l'ordre public, la police nationale", selon un communiqué publié par la présidence de la République.

"Des informations fausses et non corroborées"

Les juges estiment notamment que la journaliste a diffusé "des informations fausses et non corroborées à la télévision et sur les réseaux sociaux, dans le but de générer une angoisse et une haine radicales à l'égard des partisans et des membres du parti" au pouvoir, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN).

Une accusation "totalement absurde"

"Cette accusation est totalement absurde (...), c'est du jamais-vu dans l'histoire juridique du pays. C'est une vengeance du gouvernement" contre les journalistes qui le critiquent, a affirmé à l'AFP Sergio Marín, responsable du Comité des journalistes et des communicants indépendants. 

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New-York, a demandé aux autorités la libération "immédiate" des journalistes de 100% Noticias et la fin "de cette campagne désespérée pour réduire au silence des voix importantes", dans un communiqué citant la coordinatrice du programme pour l'Amérique centrale et du sud, Natalie Southwick. 

Les locaux de la chaine 100% Noticias fermés par la police au Nicaragua

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Une chaîne fermée, des journalistes emprisonnés 

100% Noticias est une chaîne du câble qui a été fermée par le gouvernement contesté du président Daniel Ortega. Depuis le début des manifestations antigouvernementales, en avril 2018, ce média a couvert, en première ligne, la crise que traverse le Nicaragua. Une répression qui a fait au moins 320 morts selon les ONG. 

Samedi, c'est le propriétaire de la chaîne, Miguel Mora, qui avait déjà été inculpé pour "conspiration" et "terrorisme". Après sa comparution devant la justice nicaraguayenne, l'homme a directement été conduit en prison vêtu de l’uniforme bleu réservé aux prisonniers. 

Miguel Mora déjà "harcelé" et "surveillé" 

Début décembre, l'association Reporters sans frontière (RSF) a publié un article dénonçant déjà les nombreuses pressions dont avaient été victimes les journalistes dans le courant du mois de novembre au Nicaragua, notament le directeur de 100 % Noticias. "Miguel Mora ainsi que son épouse Verónica Chávez, présentatrice du programme "Ellas lo dicen", étaient menacés de mort par des agents de police indiquait RSF. Depuis de longues semaines, Miguel Mora est harcelé par les forces de l'ordre et surveillé par des individus devant sa radio et son domicile. Le 25 novembre, un drone a survolé sa résidence et le jardin de sa maison pendant plusieurs heures. Le 30 novembre, il était embarqué de force par une patrouille de police qui l'ont frappé et proféré de menaces de mort mentionnant les membres de sa famille. Miguel Mora a été arrêté 6 fois par la police depuis le 24 novembre".

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