Diables Rouges

Mousa Dembélé : la retraite prochaine d'une divine énigme

Mousa Dembele annonce qu'il arrêtera sa carrière dans un an, au terme de son contrat avec Guangzhou
08 févr. 2022 à 15:08Temps de lecture4 min
Par Manuel Jous

Il n'a pas encore tout à fait rangé ses crampons, mais bien officialisé sa volonté de le faire au terme de l'année de contrat qui lui reste à prester à Guanghzou. Comme une annonce de dernière tournée, quoique plus proche d'une résidence. Rien de plus normal pour un footballeur qui a toujours placé la dimension artistique sur le devant de la scène. 

Contrairement aux idées reçues, Mousa Dembélé n'appartient pas à cette catégorie de joueurs (très large au sein de la "génération dorée") à s'être exilés à l'étranger pour y apprendre et y découvrir les bases du professionnalisme. Avant de s'épanouir en Eredivisie néerlandaise (Willem II, AZ Alkmaar), puis en Premier League anglaise (Fulham, Tottenham), c'est bel et bien au sein de notre bonne vieille Jupiler Pro League (plus sobrement, et moins commercialement, appelée "division 1" à l'époque...) que le jeune Dembélé a vissé ses premiers studs, très logiquement au Beerschot, ou plus exactement au Germinal Beerschot Anvers (mieux connu sous son acronyme GBA). Un port d'attache qui coulait de source pour ce jeune belge d'origine malienne (par son père), né à Wilrijk et formé à Berchem Sport, à quelques encablures du Kiel...

Le 24 avril 2004, Mousa Dembélé effectuait ses débuts contre Charleroi. Et déjà comme un symbole de tout ce qui allait suivre, sa montée au jeu dans le dernier quart d'heure à la place de Daniel Cruz n'allait déboucher que sur...7 minutes de jeu, le temps de se blesser et de devoir céder sa place à Dirk Huysmans...

Au total, Mousa Dembélé aura disputé 23 matchs en Belgique (toutes compétitions confondues). Le temps de donner 3 assists et d'inscrire... 1 but (le 28 novembre 2004 à Mons). Peu pour un attaquant. Car, on aurait tendance à l'oublier, c'est bel et bien comme avant-centre que Dembele a été formé et utilisé durant la première partie de sa carrière. Cela, tant en club qu'en équipe nationale (remplaçant de Luigi Pieroni et de Stijn Huysegems lors de ses deux premiers matchs en 2006, en Slovaquie et contre la Turquie).

Ce n'est que plus tard, lors de son passage à l'AZ Alkmaar, que son coach de l'époque (un certain Louis Van Gaal), a pris le parti de le faire reculer dans le jeu, d'abord en "10", ensuite en "8". D'une part pour mieux pouvoir exploiter son formidable potentiel technique. Mais d'autre part aussi pour remédier à ce problème de finition qui a toujours caractérisé Mousa Dembélé (62 buts en 579 matchs en club, 5 buts en 82 matchs avec les Diables Rouges). 

La qualité, plutôt que la quantité. C'est ce qui vient à l'esprit quand on évoque les réalisations de Mousa Dembélé, et principalement celle contre... Willem II, sous le maillot de l'AZ, le 27 septembre 2008. Un but d'anthologie, de classe mondiale, sur lequel Dembélé a fait étalage de sa palette technique pour effacer (dégoûter ?) les défenseurs adverses.

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Ce but résume à lui seul toute la carrière de Mousa Dembélé, faite de (très) hauts et de bas. 10 ans plus tard, sous le maillot de Tottenham, c'est lors d'un match de Ligue des Champions contre la Juventus que l'Europe a soudainement semblé le (re)découvrir...

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A l'issue de ce match, le magazine spécialisé So Foot lui a même adressé la meilleure note, avec un 8,5/10, soulignant que "Si son homonyme a été rejeté par le PSG avant de s'envoler au Celtic, le Belge aurait, lui, toute sa place dans la capitale française où il pourrait régler le débat de la sentinelle. Des ballons grattés dans tous les sens et des passes dans les intervalles toujours vers l'avant. Le grand bonhomme en Moussa". 

Un débat sur la sentinelle également tranché par Eric Van Meir, à quelques mois de la Coupe du Monde.

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Or, la Coupe du Monde, justement parlons-en. Loin d'avoir symbolisé une consécration pour Dembélé, elle aura plutôt signifié une fin d'aventure noir-jaune-rouge en queue de poisson avec cette funeste demi-finale contre la France. Pour pallier la suspension de Thomas Meunier et le décalage dans le jeu de Nacer Chadli, c'est à Mousa Dembélé que Roberto Martinez décide de faire confiance. Un échec. Mais contrairement à ce que beaucoup ont dit ou écrit...après, pas un mauvais choix du sélectionneur. Car, par ses qualités de protection et de conservation de balle au-dessus de la moyenne, pour ne pas dire tout simplement exceptionnelles, Dembélé devait être l'homme de la situation. Malheureusement pour lui, il est passé à travers. Et c'est la dernière image qu'il a laissée au sein d'une sélection qu'il avait intégrée 10 ans plus tôt avec d'autres partenaires "olympiques" comme Vermaelen, Vertonghen, Fellaini ou encore Mirallas.

 

Jeux de contrastes

Mousa Dembélé laissera, quoi qu'il arrive, une image tout en contraste. Sa décontraction, son apparente nonchalance, son attitude "cool à l'aise" (qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Anthony Vanden Borre), font de lui un personnage sympathique, ouvert et disponible, mais qui, à l'inverse, donne l'impression (fausse en l'occurrence) de n'être que moyennement concerné par son activité de footballeur. D'autant plus que, à l'instar d'Eden Hazard, il a toujours placé le plaisir de jouer, l'amusement, au centre de ses préoccupations.

Contraste aussi entre des prestations en équipe nationale qui ont toujours fait de lui une énigme (on ne saura jamais quel était vraiment son meilleur poste, ni aux cotés de qui...), une solution de secours plus qu'un titulaire indéboulonnable. Alors qu'au même moment, les observateurs les plus assidus de la Premier League et des matchs de Tottenham criaient au génie...

Par rapport au monde extérieur (les supporters des Diables notamment), Dembélé n'a jamais eu l'aura ou le statut de cadors comme Courtois, Kompany, Hazard, De Bruyne ou Lukaku. Pourtant, quand on interrogeait ces derniers sur le plus grand talent de la "génération dorée", tous répondaient à l'unisson : Mousa Dembélé ! Dembélé, star du vestiaire, plus que des tribunes tricolores...

C'est tout le paradoxe d'un joueur dont le palmarès aura finalement été inversement proportionnel au talent : une Coupe de Belgique avec le GBA en 2005, un titre de champion des Pays-Bas et une Supercoupe des Pays-Bas dans la foulée en 2009, puis... plus rien. 

Rien sauf des interrogations, de l'espoir, des déceptions, des illuminations. Beaucoup de panache et un vaste panaché, saupoudré de trop nombreuses blessures, mais malgré tout servi avec le sourire par un homme qui aura vécu (de) sa passion pendant 18 ans. Sans jamais se départir de son romantisme.

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