Matin Première

Mort d'un journaliste français en Ukraine : drame humain et guerre contre l'information

L'œil sur le monde de Mehdi Khelfat

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Frédéric Leclerc-Imhoff travaillait pour la chaîne BFM-TV. Il a été tué hier en Ukraine et son collègue blessé, alors qu’ils accompagnaient des civils à bord d’un bus humanitaire. Cette mort porte à huit le nombre de reporters tués depuis le début de l’invasion russe. 100 jours de guerre, 8 journalistes tués.

Cette mort ne manque pas de susciter l’émotion chez nos voisins français et particulièrement chez BFM TV. Marc-Olivier Fogiel, le directeur général de la chaine est venu hier sur le plateau annoncer la terrible nouvelle aux téléspectateurs.

Évoquer la mort d’un confrère, du simple corporatisme?

Derrière le drame humain, ce fait recèle un sens important. Dans cette guerre plus que dans aucune autre, informer, témoigner de ce qu’il se passe concrètement sur le terrain est vital. Vital pour comprendre la manière dont cette guerre est conduite, vital pour analyser les enjeux et les forces en présence.

L'intérêt d'un des belligerrants, c'est que ce conflit ait lieu à huit-clos, que personne ne puisse rapporter la vérité des horreurs de Boutcha, des pilonnages quasi systématiques des convois humanitaires de Marioupol ou d'ailleurs. Ne pas respecter la presse, c'est à une plus grande échelle, ne pas respecter les civiles, ne pas respecter les humanitaires.

L’objectif : contrôler l’information

L'organisation Reporters sans frontières a recensé plus de 50 attaques, qualifiables de crimes de guerre, visant les journalistes et les médias depuis le début du conflit en Ukraine. Des crimes qui démontrent que l’armée russe mène sciemment une guerre contre l’information.

Une guerre où l’information et la vérité sont elles-mêmes des cibles, où les équipements de diffusion sont bombardés, où les journalistes sont non seulement visés en tant que tels, mais sont aussi enlevés, torturés, menacés, voire même exécutés. C'est notamment le cas de certains de nos confrères Ukrainiens.

 L’indécence s’ajoute au drame

La très officielle agence de presse Russe, l'agence Tass, a diffusé hier une hallucinante dépêche édifiante intitulée comme telle : " Un ressortissant français tué en république populaire de Lougansk n'était pas un journaliste mais un mercenaire, selon un officier de cette région autonomiste d'Ukraine ".

Selon Andrey Marochko, le ressortissant français pourrait être engagé dans la livraison d'armes et de munitions aux positions des unités armées ukrainiennes et il pense même qu'il s'agirait d'un mercenaire étranger.

Il persiste et signe : "Il est tout à fait clair qu'il était un complice de forces radicales d'extrême-droite. Nous avons vu que ces volontaires aident les troupes ukrainiennes - ils livrent des munitions qui sont utilisées pour tuer des civils ". Il n’en faut pas plus pour se rendre compte du peu de crédit à donner aux sources russes.

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