Belgique

Menace de recours au Conseil d'Etat contre le plan de recrutement de policiers

La ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet est très étonnée
31 août 2012 à 19:49Temps de lecture3 min
Par Alain Lechien

Le texte de ce plan est, aux yeux du syndicat libéral policier, peu satisfaisant et crée une inégalité de traitement entre les futurs policiers. Le SLFP s'oppose notamment au dispositif de mobilité des agents mis en place par la ministre de l'Intérieur. "Nous sommes les seuls à nous positionner contre ce texte. En effet, si le plan permettait initialement une mobilité du personnel et de remplir les zones de police déficitaires, il a depuis été amendé et y interviennent maintenant de possibles choix partisans des chefs de corps des zones de police", explique Vincent Gilles, président du SLFP Police.

Le nouveau plan prévoit également la possibilité pour des zones de police de s'inscrire sur une liste prioritaire qui sera présentée aux aspirants inspecteurs prêts à travailler pendant minimum cinq ans dans ces zones. Ceux-ci entreront alors en formation par priorité et intégreront l'académie de police la plus proche de la zone choisie. "Cette disposition, qui vise surtout Bruxelles et sa pénurie de policiers, n'est pas une solution. Elle risque surtout d'instaurer une différence de traitement entre les candidats", fait remarquer Vincent Gilles.

Le SLFP s'oppose en outre à la stratégie d'accompagnement et de formation interne mise en place avec les villes et communes afin de permettre aux gardiens de la paix d'accéder à la formation d'agent de police.

Enfin, le syndicat explique l'important taux d'échec aux examens par les étapes du profil psychologique et de la commission d'évaluation. "De 14 000 candidats, on en arrive à environ 1300 qui deviennent effectivement policiers. Ces deux étapes consomment énormément de candidats et de manière incontrôlée. C'est là que se pose, à nos yeux, le problème du recrutement", conclut le président du syndicat policier.

Joëlle Milquet "très étonnée"

La ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet a déclaré être "très étonnée" de la réaction du SLFP au nouveau plan de recrutement et de formation de la police. Elle rappelle que "le projet correspond aux demandes des zones de police et à celles des bourgmestres des grandes villes et qu'il avait été négocié avec tous les syndicats. Seul le SLFP s'y était opposé sans pour autant faire état d'une vision aussi tranchée".

La ministre de l'Intérieur ajoute que différentes adaptations à ce texte seront possibles afin de répondre aux demandes syndicales. Quant à la menace du SLFP de se porter devant le Conseil d'Etat contre les dispositions actuelles du plan, Joëlle Milquet rétorque qu'elle "ne voit pas ce qui est attaquable dans ce projet".

Enfin, la ministre de l'Intérieur tient à préciser que les dispositions concernant la possibilité pour les gardiens de la paix d'accéder à la formation d'agent de police "n'ont rien à voir avec ce nouveau plan de recrutement de la police. Il s'agit d'une autre réforme."

Le texte de ce plan, déjà présenté en kern avant la trêve estivale, a fait l'objet de discussions en groupe de travail au gouvernement durant l'été et sera à nouveau soumis au kern durant le mois de septembre. 

Le Sypol "très favorable" au nouveau plan

Le syndicat policier neutre Sypol s'est déclaré "très favorable" au nouveau plan de recrutement et de formation de la police dévoilé dans la presse vendredi. Eddy Lebon, secrétaire général du syndicat, se félicite du recrutement futur de 1450 policiers au lieu des 1000 initialement prévus: "Néanmoins, avec ces recrutements, on ne va pas combler le manque actuel de main d'oeuvre, mais juste remplacer les départs à la pension. Il faudrait 2000 nouveaux policiers, mais le gouvernement n'en a pas les moyens budgétaires".

Le Sypol met en évidence la longueur du processus de recrutement, long de 12 mois à l'heure actuelle. "Si l'on veut réellement réduire cette durée à 6 ou 9 mois et ainsi éviter de lasser les candidats, il faudra d'abord étoffer l'effectif de recrutement, notamment au niveau des psychologues", souligne ainsi Eddy Lebon.

En effet, durant le processus de sélection, un profil psychologique des aspirants policiers est établi et ceux-ci sont soumis à une commission d'évaluation. "Malgré ces deux étapes, certains arrivent à passer au travers des mailles du filet. Heureusement que nous avons la possibilité de faire un tri. On doit prendre les meilleurs", ajoute le secrétaire général du Sypol.

Eddy Lebon rappelle que le système des zones prioritaires que propose la ministre de l'Intérieur n'est pas nouveau. Ce système prévoit notamment que le futur policier peut choisir de travailler durant minimum cinq ans dans une zone et y entrer en formation par priorité. "Cela permettra aux aspirants policiers d'aller travailler dans une zone prioritaire de leur choix pour y occuper une fonction qu'ils souhaitent réellement exercer, plutôt que de se voir imposer une affectation".

Enfin, le syndicat policier regrette que le salaire des futurs aspirants, actuellement d'environ 1400 euros net, soit baissé de 70 euros net par mois. "Certes, cette mesure permet une plus grande marge budgétaire et un recrutement plus conséquent, mais elle risque aussi de rendre moins attirante la fonction de policier et son salaire", conclut Eddy Lebon.

Avec Belga

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