Sports d'hiver

Martin Fourcade, les adieux de rêve du géant qui a fait changer le biathlon de dimension

Martin Fourcade, les adieux de rêves du géant qui a fait changer le biathlon de dimension
15 mars 2020 à 15:15Temps de lecture2 min
Par Martin Weynants

Martin Fourcade a disputé la dernière course de sa carrière ce samedi dans l’ambiance feutrée de Kontiolathi, une bourgade de l’est de la Finlande. Pour marquer le coup, le Français s’est imposé. Point final d’un "voyage" jalonné de succès, de son "rêve d’or et de neige" (titre de son autobiographie).

Fourcade, c’est d’abord un palmarès et des records : cinq titres olympiques, onze couronnes mondiales individuelles, sept Gros Globes de Cristal, 83 succès en Coupe du monde. Les chiffres qui donnent le tournis. Ils ne suffisent pas à résumer l’impact du sportif. Champion d’un sport peu médiatisé, il a participé à l’essor de sa discipline. Star en Russie, en Norvège ou en Allemagne, il a conquis les cœurs de l’Hexagone à coups de victoires.

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Le Catalan, exilé dans le Vercors pour assouvir sa passion, a éclos sur les pistes olympiques de Whistler en 2010. Là où tout le monde attendait son frère Simon, son modèle, c’est le frangin qui va cueillir l’argent en mass-start. La cicatrice de l’aîné a mis du temps à se refermer. Elle a fini par se transformer en fierté.

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Un jeune loup rapidement indomptable

Fourcade n’a pas 22 ans. Il s’invite déjà parmi les meilleurs. Sur sa lancée canadienne, il termine l’hiver avec ses trois premières victoires en Coupe du Monde. Devancé dans la course au Gros Globe par le duo Norvégien Tarjei Boe-Emil Svendsen, le gamin de Céret a rendez-vous avec son destin. Dès la saison suivante il entame un règne sans partage de sept ans. La légende Ole Einar Bjoerndalen, Emil Svendsen, Tarjei Boe, l’Allemand Simon Schempp ou le Russe Anton Shipulin, tous ont dû s’avouer vaincu. L’armoire à trophée se garnit à un rythme effréné. Entre 2011 et 2018, il monte sur 21 des 32 podiums individuels des championnats du monde ou des JO. 14 fois sur la première marche.

Les week-ends de courses se succèdent, les formats changent, les scenarii aussi, le nom du vainqueur rarement. Intenable sur la piste, il sait adapter son tir aux circonstances. Tantôt gestionnaire, tantôt Lucky Luke, il affiche un taux de réussite écœurant derrière la carabine. Entre 2012 et 2018, il oscille entre 88 et 90% de cibles blanchies.

Une saison en enfer avant la renaissance

Au sommet de son sport et de sa popularité après les Jeux de Pyeongchang, Fourcade décide de continuer. Parce qu’il a envie, tout simplement. Cette envie est dévorante, peut-être trop. Face à l’émergence du phénomène Johannes Boe, il pousse son corps dans ses retranchements durant l’été. L’hiver venu, les sensations ne suivent pas. Les résultats non plus. Le corps est usé, le moral finit par lâcher. Il bâche la fin de saison après des Mondiaux sans médaille, une première depuis 2009.

Orgueilleux, le quintuple champion olympique repart en campagne. En retrait en décembre, il revit en janvier débarrassé de l’ombre encombrante de Johannes Boe. A Antholz, dans le Tyrol italien, il gagne l’or planétaire de l’individuel avant de décrocher un sacre symbolique avec le relais français. Un titre collectif, remporté avec des gamins qu’il a fait rêver, la boucle est bouclée. Le témoin transmis. L’émotion est à la hauteur de la souffrance ressentie douze mois plus tôt.

A grands coups de victoires, de prises de position fortes (sur le dopage notamment), de buzz, Fourcade s’est installé dans le paysage médiatique et s’est ouvert les portes des grandes instances. Il a transformé un sport d’initiés, en discipline populaire. Signe de son impact sur le monde sportif, lui le montagnard, l'homme de l'hiver a été élu à la tête de la commission des athlètes des JO… d’été de Paris 2024. Son après-carrière semble toute tracée.

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