Manque de profs: des élèves se tournent les pouces. Et ça va continuer

145 heures de cours perdues en un an. Et ça va continuer ?

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18 sept. 2018 à 16:50 - mise à jour 18 sept. 2018 à 17:25Temps de lecture2 min
Par Julien Vlassenbroek pour VEWS

Luc Tambeur est un père qui s'inquiète pour sa fille. Dans l'absolu, tous les pères sont inquiets pour leur progéniture, certes, mais lui l'est particulièrement et ce pour une raison bien précise.

C'est que sa fille cadette vient d'entrer en deuxième secondaire, une année importante avec le fameux CE1D en vue. Et elle a commencé son année avec 16 heures "d'étude" sur sa première semaine de cours.

"Elle a commencé le lundi, avec quatre heures d'étude sur sept heures de cours. Mardi elle avait sept heures d'étude sur un programme qui prévoyait 8 heures de cours. Donc elle a eu une heure de cours", nous explique Luc Tambleur. "Le mercredi sur les cinq heures de cours, il y a eu à nouveau trois heures d'étude", poursuit-il.

Et lorsqu'on dit "étude", on devrait plutôt dire garderie pour ados.

En effet lorsqu'ils sont à l'étude, "les élèves sont réunis dans une grande salle et ils sont tenus de s'occuper par eux-mêmes. Rien ne leur est demandé si ce n’est de se taire, de faire silence et de s’occuper", nous informe Luc Tambeur. En ce qui concerne le travail pédagogique, ces heures sont donc largement des heures perdues.

Une situation qui a poussé Luc Tambeur à publier un petit coup de gueule sur Facebook.

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145 heures d'études rien que l'année dernière

Et Luc Tambeur est d'autant plus inquiet que l'année dernière, de nombreuses heures de cours avaient déjà été perdues dans la classe de sa fille : "Sur sa première année secondaire, elle arrive à un total assez affolant de 145h d’étude". "145 heures à ne rien faire dans une salle, à se taire c’est interpellant. Je ne sais pas qui a envie de vivre ça".

"J’ai fait le calcul, c’est un peu plus de quatre semaines de cours perdus, c’est un mois en fait, il faut imaginer une année scolaire où on supprime le mois d’octobre ou le mois de mars", interpelle ce père de famille qui exerce lui-même dans l'enseignement en tant qu'instituteur primaire.

Le préfet de l'établissement a accepté de nous recevoir et de répondre à nos questions. Avec beaucoup de transparence, il reconnaît le problème, sans se défiler. Et nous explique avec honnêteté que le problème ne pourra pas être solutionner en l'état. 

"Pour le nombre d'heures précis, je ne sais pas mais, oui, il y a des heures d'étude générées. Simplement parce que dans certaines matières, il n'y a pas de prof", déclare Michaël Pasquarelli, préfet des études à Uccle II.

On ne sait pas faire grand-chose en fait, s'il n'y a simplement pas de professeur

Mais puisque le problème est identifié, il va être solutionné, non?

"Ce n'est pas sûr", concède le jeune préfet, même si l'on s'affaire beaucoup du côté de la direction pour compléter le cadre. Mais à l'impossible nul n'est tenu et s'il devait manquer des professeurs cette année, Michaël Pasquarelli reconnaît que l'on "ne sait pas faire grand-chose en fait, s'il n'y a simplement pas de professeurs. Tant que cette pénurie en est à ce point-là, des solutions structurelles, il n'y en aura pas. On peut mettre en place toute une série de petites mesures palliatives mais le vrai problème demeure la pénurie des profs, point".

Et dès lors, l'Athénée ucclois n'est évidemment pas le seul concerné. D'autres parents d'élèves, dans d'autres établissements, nous ont fait part de problèmes similaires. Le manque de profs frappe partout. Et du côté des directions d'écoles, on ne semble pas disposer de solutions.

Du coup, la question existentielle fondamentale posée par Benny B en 1990 demeure pleine et entière en ce qui concerne l'enseignement secondaire belge francophone: "Et qu'est-ce qu'on fait maintenant?"

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