Maltraitance des personnes âgées : quand les soins déraillent

Maltraitance des personnes âgées : quand les soins déraillent
10 nov. 2020 à 06:02Temps de lecture2 min
Par Sylvia Falcinelli

Dans son dernier rapport, le KCE, Centre fédéral d’expertise des soins de santé, se penche sur la maltraitance des personnes âgées, une maltraitance qui prend parfois un tour inattendu, méconnu : le "derailed care". Ce terme désigne toutes ces situations où les soins "déraillent", où ceux qui sont censés aider deviennent, à leur insu parfois, ceux qui malmènent ou maltraitent.

"Au départ, l’intention est d’être bienveillant, d’être aidant, mais c’est la situation qui dérape progressivement", explique Céline Ricour, gériatre responsable de l’étude pour le KCE. "Cette maltraitance peut prendre toutes les formes : ça peut être psychologique comme des cris, ça peut être physique comme des attitudes qui peuvent être douloureuses pour la personne parce qu’on ne sait pas comment s’y prendre pour la transporter, la retourner par exemple, ça peut aussi être de la négligence : ne pas prendre suffisamment de temps – parce qu’on ne l’a pas parfois — pour nourrir suffisamment et convenablement une personne âgée à son rythme…"

Ce "glissement" peut survenir en institution, avec des professionnels, tout comme à domicile, avec ceux qu’on appelle les aidants proches. En cause : un manque de temps, de formation, de connaissances, des manquements fonctionnels au sein de l’institution ou encore le surmenage. Un engrenage qui reste tabou et méconnu chez nous.

Et ce sont rarement les personnes âgées qui tirent la sonnette d’alarme pointe le rapport du KCE : "(….) les personnes âgées victimes de maltraitance ont souvent honte de leur situation et sont réticentes à porter plainte. Il se peut également que certaines personnes âgées n’aient pas conscience que la situation qu’elles endurent correspond à de la maltraitance, qu’elles ignorent l’existence de possibilités d’aide (organisations spécialisées, services d’aide aux victimes, missions d’aide de la police, etc.) ou qu’elles soient incapables physiquement ou mentalement de demander de l’aide. Beaucoup de personnes âgées maltraitées ne font pas confiance aux services d’aide et aux services judiciaires, et craignent de perdre le contrôle de leur plainte."

Bien des seniors gardent donc le silence, alors que la solution passe – aussi – par la levée du tabou. "Dans ces cas-là, la solution c’est d’en parler parce qu’en parler permet d’instaurer des solutions de supports des aidants", poursuit Céline Ricour. "Ça fait effet boule de neige : en aidant l’aidant, on prévient la maltraitance et le derailed care".

A noter qu’il existe des lignes d’écoute pour toute personne concernée de façon directe ou indirecte. Du côté francophone, il s’agit de Respect Senior (en Wallonie) au 0800/30.330 et Ecoute Senior (à Bruxelles) au 02/219.56.88.

Dans son étude (lien complet ici), le KCE a rédigé des conseils pratiques à l’intention des professionnels de première ligne pour leur permettre de mieux réagir ainsi qu’une série de recommandations plus générales pour mieux lutter contre cette forme de maltraitance involontaire et toutes les autres. Des recommandations qui concernent aussi bien le secteur de la santé, que ceux de l’aide sociale, de la justice, ou encore de la police.

 

 

 

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