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Liège, procès d'assises : Abdelmajid Karrar nie avoir électrocuté ses enfants

Abdelmajid Karrar jugé pour l'assassinat de ses deux enfants à la Cour d'assises de Liège
30 nov. 2015 à 17:29Temps de lecture3 min
Par sai

Le procès d'Abdelmajid Karrar s'est ouvert ce lundi 30 novembre 2015 aux assises de Liège. Il est accusé de l'assassinat de ses deux enfants âgés de cinq et trois ans. Il les aurait électrocutés à l'aide d'un sèche-cheveux plongé dans la baignoire. Malgré les nombreuses preuves à sa charge, l'accusé nie formellement l'acte criminel.

Les faits se sont déroulés à Chênée, le 2 août 2013. En rentrant chez elle, la mère a découvert les corps de ses deux enfants dans la baignoire. Elle a déclaré avoir "ressenti une décharge en les sortant de l'eau". Elle a immédiatement appelé les secours, qui, après trente minutes de réanimation, n'ont pu que constater le décès des deux enfants.

Les éléments repris sur la lettre d'accusation sont accablants

D'après les différents rapports médico-légaux, les enfants sont morts électrocutés, très certainement par un sèche-cheveux plongé dans la baignoire. L'appareil était raccordé à une prise sans terre située dans la cuisine, grâce à une rallonge. Les enfants avaient également ingéré du Lorazépam, un anxiolytique connu pour ses propriétés anesthésiantes. Sur les murs du salon, l'accusé a écrit "tu voulais que je parte, je pars avec eux", "les enfants n'ont pas souffert". Il aurait ensuite tenté de mettre fin à ses jours.

Contre tous ces éléments, l'accusé soutient qu'il n'a pas tué ses enfants mais qu'ils se sont noyés pendant un moment d'inattention. "Il faisait très chaud. Le plus grand jouait dans la baignoire avec un peu d'eau. Le plus jeune regardait un DVD. Je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, je les ai vu flotter dans la baignoire. L'eau coulait, elle était au niveau maximum. Ils se sont noyés". L'accusé n'a pas appelé les secours, mais aurait tenté de les réanimer. Constatant leur décès, il a voulu mettre fin à ses jours, d'abord en se tailladant les veines, puis en essayant de se pendre, puis de s'électrocuter et finalement en ingérant des médicaments.

De nombreuses contradictions

Durant l'interrogatoire de l'accusé, le président du jury a relevé de nombreuses incohérences entre les déclarations d'Abdelmajid Karrar et les constatations des experts.

D'après les expertises, la noyade comme cause de décès est formellement écartée. Le décès a été causé par un arrêt cardiaque par électrocution. Les enfants avaient ingérés des médicaments. Pour l'accusé, les enfants ont dû trouver des cachets qui trainaient. Le président a soulevé comme interrogation "Comment est-il possible que deux enfants d'âges différents décident d'ingérer la même quantité d'un même produit en même temps ?", question à laquelle l'accusé n'a pas su répondre. L'armoire à médicaments était hors de portée des enfants.

L'accusé a reçu deux coups de téléphone de la mère des victimes demandant des nouvelles des enfants. Il ne l'a pas prévenue qu'un drame venait de se dérouler. Le président demande "Vous ne lui avez pas dit que les enfants étaient décédés ? Qu'ils venaient de se noyer ?". "Elle ne m'en a pas laissé le temps, on s'est disputé parce que je l'avais appelé ma chérie" répond l'accusé. "C'est quand même une dispute très secondaire par rapport à ce qui venait de se passer" lui a fait remarquer le président de la cour. Pour les écrits sur les murs du salon, l'accusé explique que c'était sous le coup de la colère après le coup de téléphone. "Malgré ce que j'ai écrit, jamais je n'aurais tué mes enfants pour me venger de ma compagne". La défense fera appel à différents experts pour tenter d'apporter d'autres hypothèses sur la cause du décès.

Pour la mère, le procès permettra de lever tout doute sur une possible noyade. "Ma cliente croit en la thèse criminelle. Elle ne veut surtout pas qu'on puisse penser que ses enfants aient pu se noyer" déclare Me Renaud Destexhe. Le couple connaissait de vives tensions et était en cours de séparation. La jalousie serait un mobile possible, la femme voyait quelqu'un d'autre.

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