Libye: les combats meurtriers autour de Tripoli font craindre un nouveau chaos

Des dégâts suite à un tir de mortier, le 30 août 2018, dans un quartier de Tripoli
03 sept. 2018 à 10:49 - mise à jour 03 sept. 2018 à 15:05Temps de lecture4 min
Par RTBF avec agences

Depuis huit jours, des groupes armés s'opposent violemment à Tripoli, la capitale de la Libye, notamment dans le quartier de Wadi al-Rabii, au sud-est de la capitale.  Les combats de ce lundi portent à au moins 47 le nombre de personnes tuées dans ces affrontements, selon des chiffres communiqués par le Ministère libyen de la Santé. Au moins 129 personnes ont aussi été blessées, dont beaucoup de civils. Un porte-parole des services de secours, Oussama Ali, précise à l'AFP que des familles sont coincées au milieu des combats. Certaines n'ont pas pu être évacuées. "Les groupes armés ferment les routes menant à leurs positions, du coup, ils bloquent l'accès à l'aide et aux secours", a-t-il déclaré. 

Des dégâts au coeur de la capitale

"Aujourd'hui, nous avons encore été victimes d'un bombardement aléatoire, une roquette a frappé notre bâtiment explique Aws Al-Zahaf, le propriétaire d'une maison touchées dans une rue du centre de Tripoli, à quelques centaines de mètres de l'ambassade d'Italie. Il n'y a heureusement que des dégâts matériels. Mais nos familles sont traumatisées. Il y a ici plusieurs personnes âgées, qui sont très affectées. Ces bombardements ne font qu'aggraver leur état psychologique". 

Combats autour de Tripoli le 28 août 2018

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L'ONU appelle à "un dialogue urgent" 

Après l'échec d'un accord de cessez-le-feu annoncé vendredi, la mission de l'ONU en Libye (Manul) a invité les "différentes parties concernées" à une "réunion élargie" mardi pour un "dialogue urgent sur la situation sécuritaire" à Tripoli.

Dégâts dans une rue du centre ville de Tripoli le 1er septembre 2018

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Prison de Tripoli: 400 détenus s'évadent 

Dimanche, c'est la prison Ain Zara, dans la banlieue sud de Tripoli qui était le théâtre de troubles. 400 détenus sont parvenus à s'évader suite à un émeute. La plupart des personnes emprisonnées là-bas sont des détenus de droit commun ou d'anciens partisans du régime de l'ex-dictateur Mouammar Kadhafi qui ont été condamnés notamment pour meurtre au moment du soulèvement de 2011. Un responsable du ministère libyen de la Justice a précisé à l'AFP que les prisonniers s'étaient évadés de l'aile A, une section réservée aux détenus de droit commun.

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Un "état d'urgence" symbolique ? 

Le gouvernement d'union nationale (GNA) présidé par Fayez Al-Sarraj a décrété dimanche l'état d'urgence dans la capitale et sa périphérie. Ce gouvernement est le fruit d'un accord conclu fin 2015 sous l'égide des Nations unies pour tenter de stabiliser le pays. Il est soutenu par la communauté internationale mais pas par l'ensemble des partis politiques et des milices en Libye. En clair, l'autorité du GNA est rejetée par certains groupes, notamment ceux rangés dans le camp du général Khalifa Haftar, homme fort de l'est du pays, à la tête de l'"Armée nationale libyenne", un groupe autoproclamé. Dans ce contexte-là, l'état d'urgence risque bien de rester plus symbolique que pratique. 

Tripoli: l'hôtel Al Waddan et des maisons touchées par des tirs de mortier

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Chronologie: de la mort de Kadhafi à la guerre des milices 


En février 2011, dans le sillage du Printemps arabe, une contestation violemment réprimée par le régime  Kadhafi débute à Benghazi, avant de s'étendre. En mars, une coalition emmenée par Washington, Paris et Londres, lance une offensive après un feu vert de l'ONU. 

Le 20 octobre 2011, le "Guide" libyen, en fuite depuis août et la prise de son QG à Tripoli par les rebelles, est tué dans le dernier assaut contre sa région d'origine, Syrte, à l'est de la capitale.

Le 23 octobre 2011, le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, proclame la "libération totale" du pays.

En août 2012, le CNT remet ses pouvoirs au Congrès général national (CGN, Parlement), élu un mois plus tôt.

Le 11 septembre 2012, quatre Américains, dont l'ambassadeur Christopher Stevens, sont tués dans une attaque contre leur consulat à Benghazi. Un groupe jihadiste lié à Al-Qaïda est accusé d'être derrière l'attaque.

Le 23 avril 2013, un attentat à la voiture piégée vise l'ambassade de France à Tripoli, blessant deux gardes français. La plupart des ambassades étrangères ferment.

Le 16 mai 2014, le général Haftar, proche de l'Egypte et des Emirats arabes unis, lance une opération contre les groupes jihadistes à Benghazi. Plusieurs officiers de la région orientale rallient sa force paramilitaire, l'ANL.

Le 25 juin 2014, après de nouvelles élections, le CGN est remplacé par un Parlement dominé par les anti-islamistes.

Fin août 2014, après des semaines de combats meurtriers, une coalition de milices, "Fajr Libya", s'empare de Tripoli et réinstalle le CGN. Un gouvernement est mis en place.

Le gouvernement d'Abdallah al-Theni et le Parlement élu en juin s'exilent à l'est. Le pays se retrouve avec deux gouvernements et deux Parlements.

En décembre 2015, après des mois de négociations, des représentants de la société civile et des députés signent à Skhirat (Maroc) un accord parrainé par l'ONU. Un gouvernement d'union nationale (GNA) est proclamé.

En mars 2016, son chef Fayez al-Sarraj arrive à Tripoli.

Le 15 janvier 2018, au moins 20 personnes sont tuées lors de combats entre des forces de sécurité et un groupe armé qui lance une attaque contre l'aéroport international près de Tripoli. Le 23, un double attentat à la voiture piégée fait près de 40 morts à Benghazi.

Le 2 mai 2018, deux kamikazes du groupe Etat islamique (EI) attaquent le siège de la Commission électorale à Tripoli (14 morts).

Le 29 mai 2018, Fayez al-Sarraj, Khalifa Haftar ainsi que les présidents de la Chambre des représentants et du Conseil d'Etat, réunis à Paris, s'engagent à travailler ensemble pour que des élections législatives et présidentielle se tiennent le 10 décembre 2018.

Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar s'étaient déjà rencontrés en France en 2017.

Le 14 juin 2018, des groupes armés attaquent deux sites dans le nord-est par lesquels le pétrole libyen est acheminé vers l'étranger.

Le 25 juin 2018, l'ANL annonce avoir pris le "contrôle total" de cette région pétrolifère surnommée le "Croissant pétrolier". Le maréchal Haftar, qui réclame une part plus grande des revenus du pétrole pour l'est du pays, confie la gestion de plusieurs sites aux autorités parallèles, avant de faire marche arrière. 

Le 28 juin 2018, ses forces s'emparent de Derna, bastion des islamistes radicaux et seule ville de la région orientale qui échappait à son contrôle.

Le 27 août 2018, des combats à l'arme lourde éclatent entre milices rivales dans la banlieue sud de Tripoli.