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L’historien liégeois Jean-Pierre Rorive explore en détail la jeunesse du roi de France Louis XIII

« Louis XIII, Genèse rocambolesque d’un roi de l’ombre », le nouvel ouvrage de l’historien Jean-Pierre Rorive.

Le nouvel ouvrage de l’historien liégeois Jean-Pierre Rorive s’intéresse à la jeunesse de Louis XIII qui régna sur la France de 1610 à 1643. Il est paru aux Editions Jourdan. Il s’inscrit dans une trilogie. Suivront des volumes consacrés aux jeunesses de Louis XIV puis Louis XV.

Son livre, Jean-Pierre Rorive l’a intitulé "Louis XIII, Genèse rocambolesque d’un roi de l’ombre". L’ombre est celle que lui ont faite, dans l’Histoire de France, son père Henri IV et son fils Louis XIV. La jeunesse de Louis XIII n’est pas vraiment la période de sa vie à laquelle les historiens se sont le plus intéressés. Jean-Pierre Rorive explique en effet : "La chronique la plus extraordinaire qu’il puisse y avoir sur la jeunesse des rois de France, c’est celle sur Louis XIII qui n’a jamais été bien exploitée. Son médecin, Héroard, a tenu un journal pendant les 28 premières années de la vie de Louis XIII. Tout y est, le moindre détail et il y a 12.000 folios. C’était sans doute trop dissuasif. Mais je me suis bien amusé et j’ai même beaucoup ri. C’est plein d’anecdotes !".

Une santé fragile

"J’ai compté le nombre de fois qu’il a pris des bains dans sa vie ! L’eau était quand même réservée aux mains. Au moins, à la fin du repas, on lui avait appris à se laver les mains. Mais, ce petit gosse, son plus grand plaisir c’était de prendre la loque toute mouillée dans le bassin, de la "toupilloner", comme il disait, et d’asperger tout le monde.", raconte ainsi, par exemple Jean-Pierre Rorive.

Dès sa naissance, Louis XIII se montre de santé fragile précise aussi l’historien : "Il est mal né, si j’ose dire. Il avait la mauvaise habitude de grignoter les tétons de toutes ses nourrices. Il en a eu six ou sept. Les médecins prétendaient qu’il ne vivrait pas un an. C’est un homme qui avait une santé extrêmement fragile mais c’était un costaud. Le premier marqueur de sa vie, c’est avant sa naissance. Il y a un poison dans les gènes. On ne le connaissait pas du tout à l’époque. Il avait la maladie de Crohn.".

Eduqué à la dure

Jean-Pierre Rorive explique aussi : " Le drame de son existence, c’est l’éducation qu’il a eue. C’est le fils d’Henri IV. Henri IV, on a toujours dit que c’était le " bon roi " mais ça, c’est la légende posthume. Il a été d’une dureté incroyable. Il a commencé à fouetter son fils à deux ans, pour la moindre chose. C’était un garçon qui était foncièrement agressif mais tout ça est dû à son malaise de vivre et à la dureté de son éducation. C’était un binaire. Quand on lit le journal d’Héroard, ça pullule de " C’est un enfant tendre, attachant, gentil comme tout. ". Et c’était un hypersensible. C’était un grand artiste. Il était musicien, peintre, danseur… Bref, je ne connais pas de roi de France qui soit aussi poly doué que lui. Et tous les métiers qu’il a pratiqués ! C’était un surdoué. Mais qu’est-ce qu’on a pu le traiter d’imbécile !".

"L’éducation de Louis XIII a commencé par l’éducation sexuelle.", indique l’historien, "A 10 ans, il savait plus que tout autre adulte. Pourquoi est-ce qu’on s’y prenait aussi précocement ? Parce qu’on attendait de ces rois qu’ils fassent des héritiers ! Son éducation sexuelle tournait autour de sa "guillery". Parfois, il disait : "Hé, il y a ma "guillery" qui fait le pont ! Voilà le pont-levis, le voilà baissé, le voilà levé !"

Né pour la guerre

Jean-Pierre Rorive poursuit : "La guerre, c’était son obsession. Son père disait : "Il est né pour la guerre.". Il n’y a que ça qui l’intéresse et tout ce qui va avec la guerre, ses jouets… Il était fier de son père qui gagnait des batailles et il voulait faire comme lui. De temps en temps, ils jouaient ensemble à la guerre. Son père, c’était son modèle en tout. A se demander s’il n’était pas frappé par le syndrome de Stockholm !".

"Il y a aussi un handicap terrible qui le condamnait à ne jamais devenir un très grand roi : il a bégayé toute sa vie. Je vais vraiment à fond dans le détail pour essayer d’expliquer la vie d’un enfant pas comme les autres, qui n’a pas une vie normale et mal éduqué. Il n’a pas eu la destinée qu’il aurait méritée à cause son éducation, de toutes ses souffrances, de ses problèmes de santé. Mais si la France de Louis XIV a été celle-là, c’est parce que Louis XIII lui a préparé le terrain. J’ai voulu donner une dimension humaine, essayer de comprendre les marqueurs de toute sa jeunesse qui ont influencé le règne."

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