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Les services publics fonctionnent à Donetsk, avec ou sans salaires

Tatiana Sichove et ses enfants attendent une distribution de nourriture dans un centre à Donetsk, le 18 novembre 2014 ville en déroute financière ou nombre d'employés ne reçoivent plus de salaires
18 nov. 2014 à 20:07 - mise à jour 19 nov. 2014 à 08:27Temps de lecture2 min
Par AFP

Elle discute avec trois collègues, sur une chaise d'écolier au milieu d'une classe vide, du décret publié samedi par le gouvernement ukrainien, qui va interrompre le financement des services publics dans les régions contrôlées par les prorusses. "Si on n'a pas de salaire, peut-être qu'on va mourir ? Peut-être que quelqu'un d'autre va payer ? On attend quelque chose, mais on ne sait pas trop quoi", résume-t-elle dans un anglais hésitant.

Depuis septembre, elle dit puiser dans ses économies pour vivre. A son âge, après 30 ans de métier, pas question de quitter son école, la numéro 9, pour retrouver un salaire ailleurs. "Presque tout le monde est encore là", murmure-t-elle, ponctuant son propos d'un sourire bienveillant qui froisse ses joues fatiguées.

A ses côtés, un cinquantenaire moustachu, qui semble être né avec sa veste en tweed parfaitement ajustée sur le dos, commence à grogner: "Si le gouvernement nous considère encore comme des Ukrainiens, il doit nous payer !"

Iouri Kholiavkine voit fondre ses économies lui aussi. Si les choses devaient "vraiment mal se passer", il a un plan, qu'il dévoile en fronçant les sourcils: "Je rejoindrai les rebelles. Avec uniforme militaire et kalachnikov."

La république autoproclamée de Donetsk (DNR) lui a donné un coup de pouce en octobre: 3.000 hryvnias (157 euros), un peu moins que son salaire mensuel.

Mais elle n'a pas les moyens de faire plus, ni, globalement, de garantir la rémunération des travailleurs jusqu'à présent payés par Kiev, qu'ils soient enseignants, policiers ou médecins. "On est en train de discuter de tout ça. C'est une question difficile", admet Ianika Stoudenikina, la porte-parole du ministère des Finances de la DNR, un épais bâtiment du centre-ville, pris d'assaut mardi matin par des dizaines d'employeurs venus enregistrer leur entreprise.

Travail pour l'honneur

Viktor Koutchkovoï, dont les rebelles de la DNR ont fait leur ministre de la Santé, concède lui aussi que son "Etat naissant" aura "des difficultés à payer les médecins et le personnel médical", faute pour le moment d'une "structure financière" organisée.

La majorité des travailleurs hospitaliers de Donetsk n'ont pas été payés depuis des mois. D'autres ont dû remplir des formulaires ukrainiens pour toucher enfin quelque chose.

Près du centre-ville, les médecins de l'hôpital Roudnitchni attendent leur salaire depuis juillet. La quinzaine de docteurs du service réanimation ont mis en place un pot commun où chacun peut piocher en cas de besoin. Les dettes se solderont plus tard. "Les collègues travaillent pour leur honneur", souligne leur chef de service, le Dr Andreï Kolesnikov, un quarantenaire chauve et affable en blouse blanche.

"Vous voyez ces infirmières ?", dit-il en pointant deux jeunes femmes coiffées de charlotte bleues ciel, qui pouffent timidement en détournant le regard. "Comme elles n'ont plus d'argent, elles doivent venir travailler à pied."

Le Dr Kolesnikov dit pouvoir "tenir un mois", pas plus, avec les réserves de médicaments à sa disposition.

Il pourrait travailler ailleurs "en France ou au Yémen". Mais "le capitaine quitte le navire en dernier", clame-t-il aussitôt.

Son directeur, qui ne souhaite pas donner son nom, estime que quinze médecins ont fui l'hôpital à cause de la guerre pour "rejoindre l'Ukraine" dont les habitants dans les territoires rebelles n'estiment plus faire partie. Lui se dit "trop vieux" pour ça. "Si vous êtes médecin, vous devez rester ici", affirme-t-il, en fixant une statuette écaillée sur son bureau: Asclépios, dieu grec de la médecine. "Mais franchement, je ne sais pas qui va payer !"


AFP

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