Regions Hainaut

Les services d'accueil face à des SDF de plus en plus jeunes

Des SDF de plus en plus jeunes
26 nov. 2015 à 17:39 - mise à jour 26 nov. 2015 à 17:39Temps de lecture3 min
Par Vincent Clérin, Stéphanie Vandreck

Le plan Grand Froid a été lancé le 1er novembre et les températures du week-end dernier ont rappelé son actualité. Sur le terrain, les différentes structures d’aide sont de plus en plus souvent face à de jeunes SDF. Ils constatent que non seulement être face à des sans-abri de 18-20 ans est un phénomène de moins en moins rare mais, pire encore, le fait de rencontrer des plus jeunes, des mineurs dans le dénuement le plus total, n’est plus une exception.

Des SDF de plus en plus jeunes

Dolores Declercq, coordinatrice du service d’Accueil de jour, l’Escale à Mons est directement confrontée à cette nouvelle donne " la réalité de terrain nous montre qu’il y a de plus en plus de mineurs qui s’adressent à nous et comme, jusqu’ici, nous n’en accueillions pas, pour éviter de confronter ces jeunes à des faits de violence ou à des personnes sous imprégnation alcoolique, nous sommes en réflexion pour élargir l’accueil à ce public plus jeune ".

Une approche différente

L’accueil de ces personnes plus jeunes demande une approche particulière " ils ont souvent un profil assez revendicateur, ils sont dans une période de leur vie particulière, parce que pas encore tout-à-fait adultes, et posent donc des problèmes comportementaux différents. Ils peuvent ainsi être très remuants, cela demande donc un encadrement spécifique comme l’organisation d’activités sportives. Ces jeunes sont aussi particulièrement attentifs à leur santé, ce qui pour nous peut constituer un point d’accroche à leur égard "

Intervenir avant l’ancrage en rue de ces jeunes

Même constatation et même discours du côté de Julie Richez qui coordonne l’abri de nuit qui avoue que "sans forcément accueillir de mineurs nous sommes confrontés à un public souvent tout juste majeur et il nous arrive régulièrement que des jeunes arrivent chez nous le jour même de leur 18ème anniversaire. C’est un public qui va jouer un petit peu plus avec les limites, qui va mettre un petit peu plus à mal les équipes éducatives et sociales. Ces jeunes sont également en général assez sûrs d’eux et s’estiment à l’abri des diverses dépendances. C’est là-dessus que l’on doit travailler en essayant de les aiguiller vers les maisons d’accueil spécialisée dans l’approche des problèmes de cette tranche d’âge, les 18-25 ans "

Illustration

Le déni de leurs problèmes

Un autre phénomène à gérer, c’est que ces jeunes se sentent étrangers aux problèmes rencontrés par les aînés. Ils ne se sentent dépendants ni à l’alcool, ni à la drogue et s’estiment différents de leurs aînés alors qu’ils sont exactement dans la même situation. Cette non-reconnaissance de leur état mène naturellement dans la rue à des conflits entre générations où ces jeunes précarisés traitent leurs aînés de toxicomanes ou d’alcooliques alors qu’ils connaissent les mêmes problèmes. Ce conflit des générations conduit souvent à de la violence verbale.

"À l’abri de nuit, nous ne pouvons accepter la violence physique, quand le ton monte l’équipe va donc tenter de mettre en place tous les moyens pour éviter l’extrémité de mettre dehors un fauteur de troubles. Le problème est que les gens qui sont ici ne sont pas des colocataires qui se sont choisis, ce sont des colocataires de fait".

Un travail d’insertion

Le problème avec le rajeunissement de la population précarisée, c’est que les équipes doivent adapter leur approche. Avec ceux qui sont arrivés dans la rue à un âge plus tardif, les équipes peuvent travailler sur ce qui a précédé la rue et tenter de réactiver leurs capacités, une opération impossible avec des jeunes qui non seulement n’ont connu avant la rue qu’une situation familiale complexe, souvent dénuée de repères. Il faut alors faire de l’insertion pure et simple.

Pour ces jeunes le travail ne s’effectuera plus forcément en résidentiel mais dans les bureaux où il seront aidés dans leurs démarches soit pour accéder à des maisons d’accueil soit pour accéder au CPAS ou pour toute autre démarche nécessitant un encadrement.

Articles recommandés pour vous