Les riches de plus en plus riches: est-ce forcément un problème?

Les 26 personnes les plus riches de la planète détiennent autant d'argent que la moitié de l'humanité.
21 janv. 2019 à 19:13 - mise à jour 21 janv. 2019 à 19:13Temps de lecture2 min
Par Lucie Hermant

Oxfam a présenté un rapport aujourd'hui, au forum économique de Davos, sur les inégalités dans le Monde. Et un chiffre interpellant en s'en dégage : les 26 personnes les plus riches de la planète détiennent autant d'argent que la moitié de l'humanité. Alors est-ce que la concentration des richesses se fait au détriment des plus pauvres ? Ou est-ce que ces grosses fortunes contribuent à la création de richesses qui profitent aussi aux plus pauvres? Arnaud Ruyssen a reçu dans Soir Première, pour en débattre, Corentin de Salle, directeur du centre d'études du MR, et Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD 11.11.11).

"La théorie du ruissellement" ou "l'effet aspirateur" ?

Pendant longtemps, l'idée a été défendue que, si les riches sont de plus en plus riches, tout le monde y gagne, tout le monde en bénéficie. C'est ce qu'on appelle la théorie du ruissellement. Mais pour Arnaud Zacharie, il faut plutôt parler d'un "effet aspirateur" : "Les richesses se concentrent de plus en plus et ne ruissellent pas du tout, ce qui pèse négativement sur la croissance économique. Les inégalités sociales sont inefficaces, à tous les niveaux." Mais Corentin de Salle prend le contre-pied. "Les chiffres d'Oxfam, c'est interpellant en soi, mais ce n'est pas un problème en tant que tel. La mondialisation libérale permet, non pas que les plus riches donnent directement de l'argent aux plus pauvres, mais de créer un capital qui peut être libéré pour créer de l'emploi. (...) La situation des plus pauvres est en train de s'améliorer, l'économie fait que les plus pauvres le sont moins. On a toujours une conception assez pessimiste de la réalité, mais il ne faut pas confondre pauvreté et inégalités." Corentin de Salle illustre ce constat avec un chiffre : "Si on regarde l'année 1990, par rapport à 1800, l'Européen moyen vit deux fois plus longtemps et il est sept fois plus riche. (...) Il y a une augmentation de l’égalité : on assiste à apparition d’une immense classe moyenne, et ça c’est plutôt rassurant !" L'augmentation des richesses de certains serait donc une manière de faire tourner un système qui fonctionne... 

Redistribuer les richesses

Selon Arnaud Zacharie, l'enrichissement des plus grosses fortunes devrait être synonyme d'une meilleure redistribution des richesses. Et il prend en exemple les Trentes Glorieuses, où les états ont décidé de coopérer pour stabiliser le système financier et monétaire international. "C'est dans ce contexte-là qu'on a pu développer les systèmes de protection sociale d'une part, et surtout la concertation sociale, pour avoir une connexion entre les évolutions des salaires et de la productivité. C'est ce qui a changé dans les années '80. La révolution conservatrice, ça a été la déconnexion de l'évolution des salaires avec les gains de productivité et avec la libéralisation et la déréglementation financières, qui ont permis la forte augmentation des rendements financiers. Donc on a eu, d'une part, les classes moyennes et ouvrières qui ont vu le revenu déconnecté des gains de productivité, alors que, au contraire, on a vu la part des revenus financiers augmenter. Ca explique notamment, la baisse de la part des salaires dans la richesse produite d'environ 10% au cours des années '80 et '90." Pour le secrétaire général du CNCD 11.11.11, la solution serait donc de miser sur la protection sociale pour les pauvres et la justice fiscale avec les mécanismes de redistribution par l'impôt.