Les jours blancs, cet intermède entre examens et vacances où les jeunes ne savent que faire

25 juin 2021 à 15:51Temps de lecture3 min
Par Eric Boever

Nous sommes en plein dans les jours blancs, cette période de l’année scolaire où les enseignants sont en délibération et où les jeunes sont souvent livrés à eux-mêmes, pas encore en vacances mais plus tout à fait à l’école. Une situation synonyme de désœuvrement et qui débouche parfois sur des épisodes problématiques où écoles et parents se renvoient la responsabilité d’éventuels débordements dus à un manque d’encadrement. Il existe pourtant des alternatives. Dans le Brabant wallon par exemple, l’opération "Délibère-toi" propose des centaines de stages ou d’ateliers. Nous sommes allés en découvrir quelques-uns.

Les graffitis plutôt que la console et le canapé

Nous sommes à Chaumont-Gistoux, en Brabant wallon. Ça ressemble à un cours, quelques élèves sont penchés sur un cahier, un crayon à la main, mais à y regarder de plus près, on se rend vite compte que leurs dessins n’ont rien à voir avec une matière scolaire. D’ailleurs, Léon, 14 ans nous explique: "on est inscrit à un atelier de graffiti et on est en train de faire le croquis de la fresque qu’on va réaliser tous ensemble sur le parking." Quelques instants plus tard, le groupe sort et reçoit les consignes de Kay, graffeur lui-même et éducateur de jeunes à Chaumont-Gistoux. "Attention en utilisant les bombes de couleur, elles sont très sensibles, ça part vite, vérifiez toujours que le jet part vers l’extérieur sinon vous risquez de l’avoir dans les yeux et ça craint."

Octave et Cyprien se connaissent à peine, ils viennent d’écoles différentes mais ils sont impatients de bomber. "C’est mieux que rester chez moi, j’aurais passé mon temps sur ma Playstation alors qu’ici je rencontre des gens cool tout en faisant des graphes." Et son nouveau copain d’acquiescer. "Si je n’étais pas venu, je serais allé glander à Louvain-la-Neuve, ce que je fais tout le temps… Et puis, je préfère mille fois ça à l’école, on s’amuse et c’est fun."

Kay a l’habitude de ce genre d’animation. "Je fais partie d’un collectif bruxellois de graffeurs, Propaganza, et j’encadre régulièrement des groupes de jeunes. Je leur apprends l’usage des bombes mais je les sensibilise aussi aux dangers et aux dérives à éviter. En leur fournissant un endroit pour s’exprimer, on évite en tout cas qu’ils aillent le faire illégalement sur d’autres bâtiments."

 

« Si l’agresseur vous prend à la gorge, il faut viser ses yeux d’une main et se libérer de l’autre ».

A Wavre, dans la cour de l’Institut provincial secondaire, une vingtaine de jeunes, principalement des filles, suivent un atelier de self-défense. Elodie apprend comment éviter un coup. "C’est intéressant de savoir se défendre face à une agression, ça peut nous arriver dans la rue, même si j’espère que non." Tout en décochant des coups de genoux dans le ventre d’un adversaire imaginaire, sa voisine approuve : "l’école ne nous apprend pas ça, pourtant c’est utile. Ce n’est pas agressif, c’est juste défensif. Le moniteur nous a bien expliqué qu’il ne fallait utiliser la violence qu’en dernier recours, mais moi ça me rassure de savoir comment me défendre."

L’animateur est un professionnel, il insiste bien sur les mesures à prendre pour éviter l’affrontement : "il vaut toujours mieux anticiper pour éviter les endroits, les situations ou les personnes susceptibles de poser problème. Ensuite, si on se retrouve en face, il ne faut pas avoir honte de s’écarter voire de fuir. Si c’est impossible, il faut garder une distance de sécurité, un peu comme si vous aviez une bulle autour de vous. Si l’agresseur pénètre cette bulle et s’approche trop de vous, il faut alors réagir, par la parole et parfois par des actes, c’est cela que nous allons apprendre."

Audiovisuel, premiers soins, danse ou coiffure, Délibère-toi propose des centaines d’ateliers

Le point commun entre ces deux ateliers, c’est qu’ils font partie du catalogue d’animations proposées par l’opération Délibère-Toi. Camille Van Der Bruggen en est la coordinatrice. "Délibère-toi a été lancée il y a onze ans par La Chaloupe, un service d’aide à la jeunesse d’Ottignies, à la suite de débordements autour du lac de Louvain-la-Neuve où de nombreux élèves du secondaire et étudiants de l’unif se rassemblaient pendant les jours blancs. Avec d’autres associations, nous avons mis sur pied un ensemble de stages, d’animations et d’ateliers avec la collaboration de nombreuses écoles et communes du Brabant wallon. Aujourd’hui, nous proposons 3.000 heures d’alternatives aux jours blancs."

Et quand on lui demande si la crise du Covid n’a pas modifié le programme, elle soupire : "Bien sûr, c’est compliqué, certains partenaires ont des exigences parfois exagérées ou mettent des restrictions qui rendent l’atelier quasi impossible mais dans l’ensemble, ça va, ça se passe bien, et c’est d’autant plus aisé quand il fait beau et qu’on peut se réunir dehors, mais dès qu’il pleut, c’est le casse-tête. Mais bon, on va vers un mieux, non ? " Et surtout on se dirige vers les vacances, et là les jours blancs prendront progressivement une teinte plus bronzée.

 

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