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Belgique

Les faits divers ou lorsque "C’est l’extraordinaire qui vient bousculer l’ordinaire". Rencontre avec Nicolas Lahaut (Wilfried)

Dossier de la rédaction

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09 août 2022 à 15:07Temps de lecture1 min
Par RTBF Info sur la base d'une interview de Geoffroy Fabré

Parfois moqués, souvent relayés à de la non-information, les faits divers sont pourtant dans bien des cas révélateurs de notre société. Et c’est précisément pour cette raison que le magazine Wilfried a décidé d’en faire son thème principal pour son numéro d’été. "En réalité, le fait divers, si on s’en empare intelligemment, si on l’exploite comme il faut, est en fait un matériau formidable", explique le journaliste Nicolas Lahaut, invité sur le plateau de La Première.

Et d’ajouter : "C’est l’extraordinaire qui vient bousculer l’ordinaire. Et il y a d’office toujours un contexte à ces faits divers. Ils ne surgissent jamais de nulle part, et ce contexte est historique, sociologique ou psychologique. C’est donc un angle hyper intéressant pour s’intéresser à des questions de société."

C’est donc le "lien intrinsèque entre ces événements extraordinaires et le quotidien" que la rédaction de Wilfried s’est attelée à explorer. Et parmi les sujets décortiqués dans ce nouveau numéro figurent notamment une fusillade au cross de Hannut en 1979, Nestor Pirotte, tueur en tenue d’aristocrate ou encore le prêtre à la baïonnette, ou celui qui a essayé d’assassiner le pape. Si ces faits divers ne sont pas les plus connus ni même les plus marquants en Belgique, ils permettent "à la fois d’expliquer et de comprendre un contexte, de comprendre un moment de société et qui permettent de se saisir d’un événement pour s’offrir une vue en coupe de la société".

Double féminicide à Gouvy

Dans les pages du magazine, Nicolas Lahaut revient également sur le double féminicide d’Ann-Lawrence Durviaux (professeure de droit très connue à Liège) et de Nathalie Maillet (directrice de Francorchamps) à Gouvy le 14 août 2021. Tombées amoureuses l’une de l’autre, les deux femmes ont prévenu leur conjoint respectif et vont être assassinées par le mari de Nathalie Maillet, refusant d’accepter la nouvelle situation.

Un fait divers choisi par le journaliste non seulement parce qu’il s’agit d’un phénomène de société, mais que "ce double féminicide-ci très précisément concernait deux personnalités publiques et que, dans la mesure où Wilfried est à l’origine un magazine qui vise à raconter la société, à raconter la politique, c’était très "wilfriedien" comme sujet".

Par ailleurs, ces deux personnalités fortes qui ont su s’imposer "dans des milieux naturellement dominés par les hommes, que ce soit dans la faculté de droit ou que ce soit dans le monde — encore plus — de l’automobile. Et donc, le tout faisait qu’il y avait différents angles de vue qui étaient très intéressants à exploiter et qui faisaient que ça valait la peine d’en parler", complète Nicolas Lahaut.

Le choix des termes

Une fois les faits rappelés, c’est la vie personnelle de ces deux femmes qui occupe l’article. Une démarche "qui consistait à faire des portraits croisés sans laisser toute la place au fait divers", particulièrement importante pour le journaliste. "Les personnes qui sont frappées par ces événements ne se définissent pas juste à travers leurs décès à travers cet événement. Il y a tout un contexte autour et c’est intéressant de l’exploiter", précise-t-il.

Plus encore, le journaliste dénonce l’utilisation des termes de certains de ses confrères, tels que "maîtresse", "drame familial", "coup de sang" ou encore "excès d’alcool". "[…] on se penche sur un sujet, on rentre en contact avec les personnes qui sont concernées directement par ce fait divers, on saisit la réalité et on voit comment ça a été traité. Et c’est extrêmement violent. C’est d’abord très violent pour les personnes concernées parce que quand, au lendemain d’un drame pareil, on peut lire en une d’un journal : " Drame passionnel, il tombe sur sa femme au lit avec sa maîtresse ", etc. Alors qu’en réalité, quand on connaît a posteriori les faits, on sait que ça ne s’est pas du tout passé comme ça", pointe Nicolas Lahaut. D’où l’intérêt de peser le poids des mots et les remettre en contexte.

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