Belgique

Les consultations à distance chez le médecin s’installent définitivement dans nos mœurs, mais les généralistes sont réticents

Nouvelles règles pour les consultations médicales à distance

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31 juil. 2022 à 05:00 - mise à jour 01 août 2022 à 04:26Temps de lecture3 min
Par Pascale Bollekens avec Olivia Grisard

La crise sanitaire a semble-t-il, poussé tous les acteurs de soins à être créatifs. Et elle a en tout cas, eu du bon comme les téléconsultations. La pratique a été mise en route dans l’urgence pendant la crise du Covid. Les médecins pouvaient consulter à distance par téléphone ou par vidéo. A partir du premier août, ces téléconsultations vont s’installer dans nos pratiques. Le ministre de la santé, Frank Vandenbroucke a décidé de prolonger cette possibilité de consultations en adaptant un peu les règles.

Les patients semblent contents. Une enquête des mutuelles, réalisée au cours de l’été 2020 auprès de 5000 affiliés, pour prendre la température sur ces téléconsultations, a montré que trois personnes interrogées sur quatre étaient satisfaites voire très satisfaites de la pratique. Ces patients ont apprécié la communication avec leur médecin de famille qui semblait prendre le temps de les écouter.

"Soyons clairs. Le but n’est pas que la consultation par vidéo devienne la norme et remplace la consultation traditionnelle. L’examen clinique constitue bien sûr une partie essentielle de la pose d’un diagnostic", nous assure le ministre de la santé.

Téléconsultations ? Une ubérisation de la médecine pour les généralistes

Mais la décision n’est pas du tout au goût des médecins. Thomas Orban est médecin généraliste et administrateur du syndicat médical des généralistes francophones le GBO (Groupement Belge des Omnipraticiens), il estime que c’est une ubérisation de la médecine et de prendre un exemple : "Un de mes patients m’appelle, avant-hier par téléphone, en me disant qu’il a une infection urinaire et que je lui envoie via sa carte d’identité une prescription pour un antibiotique. En gros, envoyez-moi le traitement au revoir et merci. Ma secrétaire lui répond que c’est une consultation et qu’il doit venir au cabinet pour se faire examiner. Il répond qu’il n’a pas le temps. Nous avons refusé. Je ne suis pas un bien consommable !"

Les patients devront y aller de leur poche, 1 ou 2 euros ... Inapplicable selon les praticiens

Ce qui va changer au 1er août, c’est d’abord un changement de code pour les consultations. Selon le généraliste, cela signifie que l’on pérennise ce type de consultations. Mais il y aura un changement financier. Les montants pour une consultation par téléphone ou par vidéo vont changer.

"Avant cela coûtait 20 euros à la société, la mutuelle nous reversait la somme, le tiers payant": explique le Docteur Orban, "Le patient, lui, ne payait rien, ce qu’il pouvait prendre pour une consultation gratuite. Peu de patients nous demandait après une consultation par téléphone combien il nous devait. Aujourd’hui, nous médecins, nous aurons en poche 10 euros et le patient devra payer un petit montant. Vous imaginez, lui demander de faire un versement avant de commencer. C’est inapplicable, les médecins ne le réclameront sans doute pas."

Le résultat pour les médecins, c’est qu’ils gagneront 10, 9 ou 8 euros, deux fois moins qu’avant.

La peur du détricotage du lien avec le patient : il faut des balises

Thomas Orban est furieux. Il rappelle que les généralistes ont été au front pendant deux ans en permanence. Le gouvernement casse un lien de confiance qu’il détricote depuis des années et les méprise. Pour lui, la téléconsultation est un engagement du médecin, une responsabilité médico-légale, le tout pour moins de 10 euros, "c’est du mépris pour notre travail".

Sur le plan médical, c’est le détricotage du lien avec son patient qui est compliqué. Une ubérisation de la médecine générale encore accélérée par la crise sanitaire. Alors va-t-on vers une désertion des cabinets médicaux ?

Ce généraliste se dit débordé par les SMS, Mails, appels vidéos, WhatsApp. Les gens rentrent par toutes les ouvertures dans la vie du praticien et décideraient eux-mêmes de la téléconsultation. Il répète que les généralistes l’ont accepté pendant la crise et le confinement mais qu’il est temps de privilégier à nouveau la consultation où l’on examine, on palpe et on parle de vive voix au patient.

C’est une bonne solution pour le patient, admet-il, mais on devrait vraiment mettre des balises.

En pratique ?

En pratique : ce sera 4 euros pour une consultation vidéo et 2 euros pour une consultation téléphonique. Elle sera facturée via le système du tiers payant.

Pour qu’une consultation à distance soit remboursée, il faudra que quatre conditions soient satisfaites :

  • Il devra s’agir d’une consultation auprès d’un médecin connu du patient, ou auprès d’un spécialiste vers lequel un autre médecin l’a orienté, ou encore auprès d’un service de garde de médecine générale.
  • Elle devra émaner d’une demande du patient et avoir l’accord du médecin.
  • Le médecin devra avoir accès au dossier du patient pendant la consultation.
  • La plateforme utilisée pour une consultation en vidéo devra être sécurisée.
Les généralistes ne sont pas d’accord avec les nouvelles consultations à distance
Les généralistes ne sont pas d’accord avec les nouvelles consultations à distance RTBF

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