Les centres de vaccination attirent les infirmiers, qui font pourtant défaut dans les hôpitaux

06 janv. 2022 à 17:00Temps de lecture2 min
Par Daphné Van Ossel avec François Corbiau

"Pour la première fois depuis 18 ans, j’ai pu fêter et Noël et nouvel an en famille" : voilà qui illustre bien le changement de vie qu’a connu Thomas Persoons, infirmier, depuis qu’il a décidé de quitter l’hôpital pour travailler dans un centre de vaccination. Il a passé le pas il y a un an, après 18 ans à exercer aux urgences et aux soins intensifs.

"Le travail est plus cool, moins stressant physiquement, intellectuellement, et émotionnellement. Oui, c’est plus répétitif, mais on vit moins de situations dramatiques. J’étais usé. Ici, j’ai retrouvé un équilibre", explique-t-il tout en préparant les seringues pour les troisièmes doses au centre de vaccination de la Gare Centrale, à Bruxelles.


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Thomas Persoons n’est pas le seul à avoir fait cette démarche, mais il précise : "La plupart des membres du personnel soignant ne fuient pas les hôpitaux pour aller vers la vaccination parce que la vaccination n’aura qu’un temps, mais, par contre, ça leur permet de réduire leur temps de travail à l’hôpital tout en faisant quelque chose de moins fatigant, de moins stressant, sans avoir une perte de salaire importante."

Les centres de vaccination attirent les infirmiers, qui font pourtant défaut dans les hôpitaux (reportage 06/01/2022)

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Vanessa RodriguezPerez observe aussi cette tendance. Elle travaille pour Express Medical Bruxelles, une agence intérim active dans le secteur médical. "On ressent une demande des intérimaires pour aller dans les centres de vaccination parce que les conditions de travail sont différentes, explique-t-elle. Ça leur permet de souffler un peu, sans que ça n’ait une incidence financière. A part certaines primes dans les services aigus, il n’y a pas vraiment d’avantage financier à travailler dans un hôpital plutôt que dans un centre de vaccination."

Pour 99% des collègues, le choix est vite fait

Du côté des hôpitaux, on préférerait évidemment éviter ce genre de "transferts". Danny De Clercq, directeurs des soins des hôpitaux Iris Sud, peste contre cette situation : "Ce n’est qu’une des raisons pour lesquelles on a du mal à trouver du personnel (il y a des malades, des personnes en quarantaine, des gens qui ont quitté leur boulot parce qu’ils en avaient ras le bol…), mais c’en est une. Or, il y a d’autres solutions pour les centres de vaccination que d’employer des infirmiers qui sont déjà en pénurie."


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Pour Danny De Clercq, les centres de vaccination entrent clairement en concurrence avec les hôpitaux. "Si on demande à une infirmière si elle préfère travailler toute une matinée dans un centre de vaccination ou dans un service hospitalier du type soins intensifs, médecine interne ou unités Covid, le choix sera vite fait pour 99% des collègues. C’est une pure concurrence."

Comme alternative, il évoque l’idée de confier la vaccination à des étudiants en soins infirmiers de 3e ou 4e année. Une proposition qui ne permettrait pas de résoudre le problème de fond : le besoin de souffler d’un personnel infirmier épuisé.

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